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Les ex-otages en Syrie accusent les rebelles d’atrocités

lundi, 9 septembre, 2013 - 16:24

Enlevé en avril dernier en Syrie par l’armée syrienne libre, le journaliste italien Domenico Quirico a été libéré dimanche soir, en compagnie d'un autre otage belge. Ils décrivent la face sombre d'une rébellion sanguinaire, bien éloignée de l'esprit révolutionnaire des débuts. Récit.

Enlevé en Syrie le 8 avril dernier, le journaliste italien Domenico Quirico a été libéré dimanche soir en  même temps que l’enseignant belge Pierre Piccinin, auteur d’un documentaire sur la bataille d’Alep. Selon l’ex-otage belge, les deux hommes ont été arrêtés par l’armée syrienne libre et immédiatement livré la brigade Abu Ammar, une faction de rebelles endoctrinée par le mouvement islamiste Al Farouk.

Le gaz sarin employé par les rebelles?

Ce matin, le journaliste italien a été entendu par le parquet de Rome qui a ouvert une enquête sur les conditions de son enlèvement et de sa détention. L’ex-otage belge en revanche a immédiatement été rapatrié à Bruxelles.

Dès son arrivée, Pierre Piccinin a lancé un pavé dans la mare des discussions en cours sur l’utilisation du gaz sarin par le régime syrien:

Le dire est un devoir moral: ce n’est pas le gouvernement de Bashar al-Assad qui a utilisé le gaz sarin ou un autre type de gaz dans la banlieue de Damas. J’en suis certain car nous avons surpris une conversation entre les rebelles".

 

Une version différente de celle du journaliste Domenico Quirico, beaucoup plus prudent, qui raconte cependant d'où viennent les soupçons:

Il faut être fou pour dire que ce n’est pas Assad qui a utilisé les gaz. Nous ne savions rien sur ce qui se passait en Syrie durant notre détention et nous ne savions rien par conséquent sur l’utilisation des gaz à Damas. Toutefois, nous avons entendu une conversation entre nos ravisseurs. La porte n’était pas complètement fermée, trois personnes parlaient en anglais sur Skype. L’un d’entre s’était présenté quelques jours auparavant comme un général de l’armée syrienne libre. Je ne connais pas les deux autres hommes",

Les vrais visages de l'armée syrienne libre

Durant cette conversation, les trois hommes auraient déclaré que du gaz sarin a été utilisé par les rebelles dans deux quartiers de Damas, "à titre de  provocation, pour pousser l’occident à intervenir et qu’ils estimaient que le nombre de victimes était trop élevé".

Je ne sais pas si tout cela est vrai, je n’ai aucun élément. Je ne sais pas si ces personnes sont fiables. Je ne sais pas si cette conversation est basée sur des faits réels ou s’il s’agit de commérages. Il faut tenir compte de nos conditions de détention. Nous écoutions à travers les portes. Je n’ai pas eu la possibilité de vérifier cette information",

a ajouté Domenico Quirico.

Avant de rentrer dans le bureau du procureur en charge du dossier et de rencontrer le président du Conseil italien, Domenico Quirico a résumé son voyage au bout de l’enfer en une phrase assassine pour l’armée syrienne libre:

L’esprit de la révolution syrienne a été trahi. J’ai l’impression d’avoir passé cinq mois sur Mars et j’ai découvert que les Martiens sont extrêmement dangereux".

L’ex otage belge a été nettement plus bavard:

Ces gens sont complètement dingues, ce sont plus des bandits que des islamistes. J’ai longtemps plaidé pour que l’on soutienne l’armée syrienne libre composée au départ d’officiers sérieux qui avaient déserté pour encadrer la révolution et lui donner un élan laïc et démocratique. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Elle est noyauté par des factions islamistes soutenues par les monarchies du Golfe".

Une tentative d'évasion sévèrement punie

Transférés d’un endroit à l’autre durant toute leur détention, humiliés, punis après avoir tenté de s’enfuir à deux reprises, les deux hommes auraient aussi été torturés. "Un jour, ils étaient en train de prier. Nous leur avons volé deux Kalachnikov et nous nous sommes cachés dans la campagne. Deux jours après, ils nous ont retrouvé et nous ont puni très sévèrement", a ainsi confié Pierre Piccinin.

Récemment, les deux hommes avaient été déplacés dans un lieu proche de la frontière libanaise.

Ils nous ont fait traverser la Syrie. Nous marchions de jour comme de nuit. Parfois, ils ne nous donnaient rien à manger. Ils nous humiliaient physiquement et moralement"

a confié Pierre Piccinin. A deux reprises, les ravisseurs auraient simulé l’exécution du journaliste italien. L’objectif était de lui faire peur en lui braquant un pistolet contre la tempe.

Tout a été très difficile pour Domenico. Il connaît la Syrie, il sait que la situation est en train de se radicaliser, que tout est en train de devenir autre chose, que ce n’est plus la révolution d’il y a deux ans",

conclut Mario Calabrese, directeur du quotidien La Stampa, l'employeur du journaliste tout juste libéré.




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