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Chaîne humaine catalane, la « voie » d’un peuple vers l’indépendance

jeudi, 12 septembre, 2013 - 10:19

Une chaîne humaine de 400 kilomètres, et une nouvelle démonstration de force du peuple catalan: plus d’un million et demi de catalans étaient unis mercredi, main dans la main, pour réclamer l'indépendance à l’occasion de la Diada, jour de la Catalogne. Reportage.

"Independència", le message est clair. Et il est envoyé non seulement au gouvernement central espagnol, à Madrid, mais aussi au monde entier, en témoignent les versions anglophones qui ornent les tee-shirts et pancartes: "Catalonia is not Spain", "Towards independence". Les centaines de milliers de catalans mobilisés hier ont voulu démontrer à tous leur détermination, dans une ambiance familiale et bon enfant.

17h14, l’heure de la Catalogne

À 17h14, heure symbolisant le 11 septembre 1714, jour de la chute de Barcelone durant la guerre de succession espagnole, les catalans se sont pris par la main avec émotion: leur façon de réclamer aux politiques l’organisation d’un référendum d’autodétermination de la Catalogne en 2014.


(Paco Serinelli/AP/SIPA)

La mobilisation est le reflet d’un sentiment largement partagé: selon les derniers sondages, plus de 80% des catalans veulent avoir "le droit à décider de leur futur". Dans l'isoloir, 52 % sont sûrs de voter à faveur de l’indépendance et 24 % sont encore indécis.

C’est une occasion unique de donner de la visibilité à ce qui se vit en Catalogne. Unir tout le territoire catalan pour qu’ils nous laissent exprimer notre volonté de manière démocratique",

confie Saray Garcia Alvarez, 30 ans, pour qui participer à cette chaîne humaine était tout simplement "logique".

Convoquée par l’organisation ANC, l’Assemblée Nationale Catalane, cette chaîne humaine s’est inspirée de celle réalisée en 1989 par les citoyens d’Estonie, Lettonie et Lituanie. Longue de 600 km, elle avait été organisée pour réclamer l’indépendance des trois pays baltes de l’URSS.

Pour la jeune organisation catalane, fondée en avril 2011, c'est un véritable défi logistique.

L’expérience de la Diada d’aujourd’hui a été impressionnante. Les gens se sont fortement mobilisés et ils l’ont fait comme nous l’espérions : pacifiquement et avec joie. Il y avait des personnes de tout âge, des bébés de moins d’un an aux grands-parents de 90 ans qui sont venus en fauteuils roulants",

s'emballe Francesc Estanyol, 33 ans, membre de l’ANC et coordinateur de la chaîne humaine à Masnou, à une vingtaine de kilomètres de Barcelone.


La chaîne humaine dans les rues de Barcelone (Joan Manuel Baliellas/AP/SIPA)

Pour Francesc, cette mobilisation aura encore plus d’impact au niveau international que celle de l’année passée (une manifestation à Barcelone qui a réuni plus d’un million de personnes, ndlr) car "elle a été un grand défi d’organisation, obligeant à mobiliser beaucoup de monde sur tout le territoire, couper des routes et réaliser tous les actes de manière coordonnée sur plus de 400 km" et elle leur permettra d’obtenir la convocation de ce référendum tant attendu.

La balle dans le camp madrilène

Oui mais voilà, le président de la Catalogne, Artur Mas, n’a pas légalement le droit de proposer un référendum à son peuple sans demander l’autorisation préalable au gouvernement central de Mariano Rajoy. Et Madrid n'est pas prête à céder aux cris indépendantistes.

En effet, dans une conférence de presse donnée aux médias étrangers pour la Diada, Artur Mas a reconnu s’être entretenu le 29 août dernier avec le chef du gouvernement Mariano Rajoy. Une réunion censée rester secrète, révélée par le journal catalan Ara, à propos de laquelle le président catalan a avoué ne pas avoir constaté "une volonté politique de Madrid de répondre aux demandes de la Catalogne".


Un portrait du roi Juan Carlos, hier à Barcelone (Joan Manuel Baliellas/AP/SIPA)

En conflit depuis un an avec Madrid, depuis que la capitale espagnole a refusé à la Catalogne un "pacte fiscal" qui lui aurait octroyé une plus grande autonomie en la matière, Artur Mas a su surfé sur la vague indépendantiste pour assurer sa réélection, quelques mois plus tard, en novembre 2012.

Le vent a cependant tourné, et il est désormais en difficulté. Les Catalans perdent confiance en ce président qui peine finalement à assumer ses positions face au gouvernement madrilène. Les indépendantistes en particulier lui reprochent de vouloir s'approprier le mouvement populaire. Pour regagner leur confiance, Artur Mas s’est hier montré plus déterminé devant la presse lors des différents actes officiels de la matinée. Il a réitéré son appel au dialogue avec le gouvernement Rajoy et rappelé l'objectif  d'un référendum d’autodétermination l’année prochaine.

Demande de soutien international

Conscients des risques que peut supposer leur sécession d'avec l’Espagne, les indépendantistes catalans tentent de séduire l’Europe et se cherchent des alliés. A l’image de l’Écosse, à laquelle ils s’identifient volontiers dans son processus d’indépendance. Après avoir publié un article pour le New York Times la veille de la Diada, Artus Mas a d'ailleurs lancé un nouvel appel au soutien international dans son discours suivant l’acte institutionnel de la matinée:

De nombreux pays sont en train de nous observer à la loupe. Nous pouvons éveiller leur curiosité et les impressionner en leur démontrant que nous sommes un pays en marche, et qu'une grande majorité du peuple se mobilise pour son futur".

Pour la présidente de l’ANC, Carme Forcadell, la chaîne humaine est un succès: "elle a démontré au monde que nous voulons un Etat auquel nous avons droit".

Émue devant les chiffres de participation à cette Via Catalana, la Voie Catalane, Carme Forcadell a provoqué l’ovation populaire… la même qui manque cruellement au président Mas.




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