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L’Europe ouvre timidement ses portes aux réfugiés syriens

jeudi, 12 septembre, 2013 - 12:13

L'Allemagne s'est dite prête à accueillir 5.000 réfugiés Syriens. Un chiffre dérisoire au regard des 2 millions d'exilés. C'est pourtant l'un des pays d'Europe les plus engagés avec la Suède. La France et le Royaume-Uni sont encore moins solidaires.

Accueillir 5.000 réfugiés syriens. C'est l'engagement pris par l'Allemagne face à l'exode massif des Syriens fuyant le conflit dans leur pays. Hier, un premier convoi de 107 personnes atterrissait à l'aéroport d'Hanovre. Un événement largement médiatisé: le Ministre Fédéral de l'intérieur, Hans-Peter Friedrich en personne était là. Mais au regard de l'ampleur du drame humain, les leaders des autres partis allemands s'insurgent. A leurs yeux, l'Allemagne, comme les autres pays européens, doivent ouvrir davantage leurs frontières.

"L'Allemagne montre la voie"… timidement

Le gouvernement fédéral a déjà prévu de faire séjourner les réfugiés dans un camp de Friedland, aux environs de Göttingen, du moins pour les deux semaines à venir. Par la suite, ils seront répartis dans les différents länder. Pour le ministre fédéral de l'Intérieur "l'Allemagne montre la voie", mais seule une "réponse européenne" pour accueillir les réfugiés peut permettre d'être à la hauteur de ce défi humanitaire.

A Friedland, les enfants seront accueillis dans des écoles et les parents recevront des cours de langue, "de civilisation allemande et des conseils pour la vie de tous les jours", rapporte le Süddeutsche Zeitung. Pour les 5.000 réfugiés, pas besoin de demande d'asile. "Ils recevront directement un permis de travail, le droit aux aides sociales et aux soins", indique le quotidien allemand. Le permis de séjour délivré est valable 2 ans, renouvelable en fonction de l'évolution des événements.

Ces premiers réfugiés acheminés par l'Allemagne patientaient jusqu'à présent dans un camp au Liban. Rien de surprenant, dans la mesure où les 2 millions de Syriens qui ont fui le pays trouvent refuge en priorité dans les pays voisins. Selon les données de la UNHCR (l'agence des Nations Unies pour les réfugiés), 716.000 réfugiés ont fui au Liban, 515.000 en Jordanie et 460.000 en Turquie. Preuve du désastre humain qui a lieu en Syrie, plus de 100.000 Syriens se sont également exilés en Egypte, pays pourtant instable politiquement.

"Rien de plus qu'un petit geste"

Au regard de ces chiffres, l'engagement de l'Allemagne semble ridicule. Les premières critiques fusent de la part de personnalités issues de tous bords politiques. Jürgen Trittin, candidate des Verts aux élections législatives de la fin du mois déclarait au Rheinischen Post:

L'Allemagne doit autoriser les Syriens vivant sur son sol à faire venir les membres de leurs familles. On pourrait ainsi accueillir 50.000 personnes. En tant que plus grand pays de l'Union européenne, c'est nous qui sommes tenus d'accueillir le plus de réfugiés".

De leur côté, Volker Krauder, président du parti chrétien-démocrate (CDU) au Bundestag ainsi que Guido Westerwelle du parti libéral (FDP) invitent tous deux le gouvernement à davantage de solidarité. Le principal rival de la Chancelière, Peer Steinbrück déclarait pour sa part:

Face à de tels chiffres, se plaindre d'une trop grande sollicitation de l'Allemagne est parfaitement inapproprié".

Enfin, pour Günter Burkhardt, le responsable de l'organisation "Pro Asyl", l'engagement allemand n'est "rien de plus qu'un petit geste". "Si l'on veut soulager la région, ce sont des chiffres bien plus importants que doit avancer l'Allemagne", poursuit-il avant de rappeler:

Pendant la guerre au Kosovo, le pays avait accueilli 15.000 à 20.000 réfugiés. Pendant la guerre en Bosnie, ce chiffre s'élevait même à 300.000 personnes."

L'Europe ouvre difficilement ses portes

Malgré sa timide proposition, l'Allemagne tente de se vendre comme un exemple à suivre en Europe. Il est d'ailleurs notable en effet que les autres pays d'Europe sont encore plus frileux. Le Süddeutsche Zeitung rappelle notamment que le Royaume-Uni et la France auraient respectivement accueilli 2.000 réfugiés. De son côté, l'Autriche a proposé d'accueillir 500 réfugiés. Une goutte d'eau dans l'océan!

On comprend dès lors qu'Antonio Guterrès, commissaire à l'ONU, ait considéré la République Fédérale comme un exemple à suivre. Pour le Süddeutsche Zeitung, les images médiatisées du convoi d'Hanovre doivent agir comme un électrochoc sur les autres pays européens. D'ailleurs ce jeudi, au micro de RTL, Laurent Fabius se disait favorable à l'accueil d'un plus grand nombre de réfugiés.

Les européens les plus solidaires sont les Suédois. Jusqu'à présent, l'Etat suédois a autorisé 8.000 réfugiés à s'installer dans le pays de manière permanente, et à rapatrier leur famille. Le chef du service d'immigration suédois se justifie: "le conflit en Syrie s'est aggravé de manière significative, et c'est un euphémisme. Nous partons du principe que cela n'est pas prêt de s'arrêter". Des propos qui, espère le Süddeutsche Zeitung, seront "la claque" qui réveillera l'Europe.




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