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Elections en Allemagne: le parti des pirates prend l’eau

lundi, 16 septembre, 2013 - 10:43

En 2011 et 2012 le parti allemand des Pirates multipliait les succès électoraux, notamment à Berlin et en Sarre. Après cette entrée en fanfare sur la scène politique régionale, le soufflé est retombé. La prise à l'abordage du Bundestag dimanche prochain est compromise. Rencontre avec ses militants.

Deux épais gâteaux fourrés de crème, un bar à bière, un Dj et quelques spots orange attendaient mardi dernier une quarantaine de militants du parti des Pirates de Berlin. Réunis dans leur principal local de campagne situé dans un quartier excentré et populaire de l’est de la ville, les militants avaient voulu faire simple pour célébrer le 7ème anniversaire de leur formation.

Pas de chichi donc, mais une ambiance jeune et bon enfant pour une formation née, sur internet, en 2006 sur le modèle du parti pirate suédois et alors composés de geeks et autres mordus d’informatique. Cinq ans plus tard, ils  créaient la surprise en réussissant à faire élire 43 de leurs candidats dans 4 parlements régionaux (dont 15 à Berlin). "Notre parti se développe très bien" lance Anita Möllering, militante chargée des relations avec la presse.

Nous n’étions qu’une poignée de personnes en 2006, nous voilà plus de 30000 dans toute l’Allemagne. Il y a un solide sentiment de communauté. Et nous avons remporté des succès, entrer dans 4 parlements régionaux, ce n’est pas rien. Nous avons de quoi fêter ce soir!"

Une bière à la main, Fabio Reinhardt, se veut lui aussi optimiste. Elu en 2011 député au parlement berlinois, il estime que son parti apprend de manière efficace les rouages du pouvoir.

A Berlin nous sommes 15 élus, plus une vingtaine de salariés et cela suffit à peine ce que nous sommes sensés faire, c'est-à-dire contrôler le gouvernement régional, faire des propositions sur le budget et sur de nouvelles lois."

Pour ce jeune élu de 33 ans, son parti a aussi réussi à élargir son programme.

Il y a trois ans, notre programme était centré sur les questions de protection des données numériques et sur internet. Maintenant, nous parlons d’économie, de logement, d’environnement, de transport… "

Pour ce petit parti libertaire et très marqué à gauche, élargir son programme était un défi indispensable à relever pour pouvoir espérer entrer au Bundestag lors des élections du 22 septembre prochain.

Gratuité d'internet, des transports…et de la pilule

Aujourd’hui en plus de la protection des données informatiques, de l’abrogation de la surveillance sur les lieux de travail et dans les espaces publics, les pirates allemands militent pour la gratuité des connections internet, des transports en commun et de la pilule contraceptive. Et s’ils prônent l’instauration d’une allocation universelle qui serait versée à tous quelque soit l’âge, ils souhaitent aussi instaurer un revenu minimum généralisé de 9,02 euros de l’heure. 

En pleine phase de professionnalisation, les pirates allemands n’ont toutefois plus le vent en poupe en cette année électorale pourtant cruciale pour leur avenir. Les doutes étaient ainsi perceptibles lors de la petite fête d’anniversaire du parti.

Sur le terrain, nous n’avons pas la possibilité d’influencer les décisions des gouvernements régionaux" constate Wolfgang Priess, lui-même élu à Berlin.

Nos électeurs avaient de très forts espoirs que nous n’avons pas pu tous réaliser. Je pense que bon nombre d’entre eux sont déçus et se disent que nous ne sommes pas la solution à leur problème …"

Pessimiste, cet élu d’une quarantaine d’années aux cheveux courts, physicien de formation, l’est aussi pour les élections du 22 septembre. "C’est évident qu’il sera très difficile pour les pirates d’entrer au Bundestag. C’est très difficile pour un petit parti de franchir le seuil électoral national des 5%." (seuil nécessaire pouvoir avoir des élus au parlement fédéral, Ndlr).

Et il est vrai que les sondages ne donnent pas le moral. Les pirates ne sont crédités que de 2,5 % d’intentions de votes au niveau national et hier laux élections en Bavière, ils n'ont recueilli que 2%. Trop peu pour espérer faire entrer l’un des leurs au Bundestag.

Snowden va-t-il éviter la déroute?

Pourtant, les révélations cet été de l’agent américain Edward Snowden sur le programme de surveillance de la NSA semblaient  représenter une occasion en or pour les Pirates. "Ces révélations confirment ce que nous ne cessions de dire auparavant, à savoir qu’il existe un système de surveillance de masse" confirme Wolfgang Priess, assis derrière un portait de Snowden posé sur une table haute. 

Mais de là à ce que ce scandale influence le vote des allemands, rien n’est moins sur. Les gens pensent que la surveillance généralisée est un problème mais moins important que les questions des retraites ou de logement."

Plus optimiste, Fabio Reinhardt estime qu’Edward Snowden peut changer la donne. "Il est possible que nous franchissions la barre des 5% justement grâce à lui. Et même si ce n’est pas le cas, il nous aura donné un bon bol d’énergie et aura insufflé un vrai sentiment de communauté au sein du parti. Et cela est indispensable pour la suite".
Anita Möllering confirme.

Grace aux révélations de Snowden, nous avons trouvé un large écho dans la population. Nous avons organisé des manifestations pour expliquer aux gens comment protéger leurs emails. Nous sommes indubitablement perçus en Allemagne comme le parti le plus compétent sur le sujet".

Les autres formations politiques ont, elles aussi, pris au sérieux les messages distillés par les pirates sur le thème de la protection des données informatiques. Toutes possèdent désormais des sections spécialisées sur les questions et la plupart -Verts, sociaux démocrates, die Linke- ont participé le 8 septembre à une large manifestation sur le sujet à Berlin.  "Cela aussi c'est une victoire" estime Anita Möllering. "Si les autres partis reprennent nos thèmes et peuvent résoudre les problèmes, alors tant mieux !".




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