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Le Pen – Wilders: front commun nationaliste contre l’Europe

lundi, 16 septembre, 2013 - 13:47

Marine Le Pen veut faire campagne avec le populiste néerlandais Geert Wilders. Quel est leur parcours? Qu'est-ce qui les rassemble? Et pourquoi leur popularité est-elle en hausse alors que des échéances électorales décisives approchent? Le point sur deux héritages politiques convergents.

La nouvelle a été relayée par tous les médias néerlandais dès samedi soir: Marine Le Pen veut faire campagne avec Geert Wilders, le fondateur du très populiste Parti pour la Liberté. 
Du NRC Handelblad au Telegraaf en passant par le Volkskrant, tous ont titré sur le voeu de la dirigeante du FN. Seul le site du PVV, le parti de Wilders, tire la couverture vers son chef: "Wilders veut faire campagne avec Marine Le Pen". On ne se refait pas !

Ce n'est pas vraiment une surprise pour les observateurs du populisme en Europe. En avril dernier, déjà, les deux leaders s'étaient rencontrés à Paris. A son habitude, Wilders tweettait l'événement :

Je viens juste de déjeuner avec Marine Le Pen à Paris. Femme impressionnante.  L'ai invitée à venir aux Pays-Bas"

Un enthousiasme loin d'être partagé par tout le monde. Pour le PvdA (travailliste) "le dernier masque du PVV (parti de Wilders) est tombé".

A quoi Wilders rétorquait :

Je me sens bien plus en accord avec Madame Le Pen qu'avec beaucoup de politiciens, ici, au Parlement.  Depuis son arrivée, le Front National n'a plus rien à voir avec le racisme ou la discrimination".

Mais quel est le parcours de ces deux leaders populistes? Et qu'est-ce qui les rassemble vraiment?

Le Pen et Wilders, des héritiers aux antipodes

Marine Le Pen et Geert Wilders sont deux héritiers. Mais deux héritiers aux antipodes.

La Française Marine Le Pen est la fille de Jean-Marie Le Pen, leader historique et président d'honneur parfois encombrant d'une formation d'extrême-droite. Ses dérapages nauséabonds – comme le jeu de mots plus que douteux sur "Durafour crématoire" et autres "détails"… – sont encore dans toutes les mémoires. 

Et avant d'hériter du richissime Hubert Lambert – un château ainsi qu'une somme de 30 millions de francs français de 1976 – Jean-Marie Le Pen, fils de pêcheur breton, gagnait sa vie en publiant des albums de chants nationaux, entre deux séances parlementaires, ayant été le plus jeune élu à l'Assemblée Nationale…

Rien ne destinait a priori la benjamine des trois filles Le Pen à prendre la relève de son père. Elle vit très mal le divorce de ce dernier avec sa mère, Pierrette Lalanne. Cette circonstance la rapprochera de son avocat, Gilbert Collart, devenu depuis un soutien très médiatique du Front National.

Elle succède à son père à la présidence du FN en 2011. Elle veut faire de ce parti aux sulfureux relents extrêmistes un mouvement moderne, "dédiabolisé", un de ces partis populistes européens dont rien ne semble freiner l'ascension.

Le Néerlandais Geert Wilders a un parcours radicalement différent. Fils d'un déporté néerlandais en Allemagne et d'une mère d'origine néerlando-indonésienne, il rejoint les rangs du VVD, le parti ultra-libéral dirigé alors par Frits Bolkenstein, dont il devient le bras droit. Son chemin semble tout tracé au sein du parti, lorsque, après les élections législatives de 1998, Bolkenstein annonce son départ pour la Commission Européenne.  Son successeur amorce un virage au centre et Wilders est effondré.

En 2004, il quitte le VVD sur un de ces coups d'éclats dont il est coutumier et publie un livre qui deviendra son programme : Kies voor Vrijheid ("Choisissez la liberté").

Il fonde dans la foulée un mouvement, le Groupe Wilders qui deviendra ensuite le PVV, le Parti pour la Liberté. Associé au gouvernement libéral-démocrate chrétien minoritaire de Mark Rutte, à partir de  2010, il rompt en avril 2012 et provoque les élections anticipées de septembre 2012.

A présent dans l'opposition, il est crédité par de nombreux sondages, d'une majorité de voix au Parlement, devenant ainsi virtuellement le premier parti des Pays-Bas si l'on devait voter aujourd'hui dans ce pays.

Un rejet viscéral des "élites"

Mais, si l'héritage les éloigne, leurs programmes et leurs ambitions pour leurs "nations" respectives rapprochent singulièrement les deux leaders.

D'abord, il y a le rejet des élites. Dans son ouvrage "Pour que vive la France", Marine Le Pen n'a pas de mots assez durs pour fustiger l'affairisme et la corruption des élites. Le "système UMPS" – mot-valise pour UMP et PS – reconduit des politiques déplorables pour la Nation France et il n'y a plus de distinction entre la gauche et la droite : tous s'engagent en politique non pour servir le "peuple", mais pour faire carrière, se remplir les poches avant de sévir sous d'autres cieux, comme Nicolas Sarkozy ou DSK.

Pour Wilders, la "clique de La Haye", qui se goberge dans "les fauteuils en peluche" pompe toutes les ressources du pays aux dépens de Henk et Ingrid, deux personnages imaginaires créés par le populiste pour incarner le Néerlandais lambda.

L'ancien libéral incarne désormais une doctrine sociale proche de celle d'un autre parti populiste européen, le Parti du Peuple, mouvement danois dont l'égérie, Pia Kjaersgaard est l'une des inspiratrices de Geert Wilders.

L'Europe coupable de tous les maux

Un autre cheval de bataille des populistes européens, un véritable Cheval de Troyes pour ces obsédés de la nation : l'Europe.

Pour Marine Le Pen, l'Union européenne a détruit les nations, l'euro achève de démanteler nos économies.  La construction européenne ne sert que les élites économiques : les entreprises du CAC 40 devenues synonymes de la prédation des riches à l'égard du "peuple".

Pour Geert Wilders, il faut revenir d'urgence aux monnaies nationales : il a même demandé à un  cabinet anglais indépendant de calculer le coût réel d'un retour au florin, la monnaie néerlandaise.

Ironie du sort, c'est Frits Bolkenstein, le mentor de Wilders, qui a signé la célèbre directive européenne permettant aux entreprises d'engager des travailleurs en provenance d'un autre état-membres aux conditions dont ils bénéficieraient dans leur propre pays.  Une directive qui a créé un appel irrésistible des travailleurs de l'Europe de l'Est dans des secteurs comme la construction ou l'agriculture.

L'Islam comme "autre" absolu et irréductible

Malgré les récentes déclarations de Marine Le Pen, elle fait preuve d'une belle constance à l'égard de l'islam et des musulmans.  Son assimilation des prières de rue à l'occupation de la France par les Allemands est révélatrice à cet égard.

Mais dans ce domaine, il est difficile de "faire mieux" que Geert Wilders : il nourrit une haine quasi-pathologique à l'égard de cette "religion fasciste" comme il se plaît à l'appeler.  Si certains biographes attribuent cette haine à une agression qu'il aurait vécue dans le passé, cette théorie a été publiquement démentie par son frère Paul.

Par contre, en la matière, Wilders se montre le digne héritier de Pim Fortuyn, le leader populiste assassiné par un activiste de la cause animale en 2002.  Ce dernier avait bâti une bonne partie de son argumentaire sur l'incompatibilité de l'islam avec la civilisation occidentale et les valeurs démocratiques.

Homosexuel flamboyant, Fortuyn condamnait aussi l'intolérance de l'islam à l'égard de l'homosexualité. Un poncif repris par l'ensemble des partis populistes européens depuis lors.

Avec les années, le discours de Wilders à cet égard s'est radicalisé, alors que sa position sociale s'est affirmée comme plus soucieuse des pauvres ou des personnes âgées. 

Une association de valeurs traditionnellement de gauche avec des idée programmatiques de droite qui caractérise de plus en plus de partis populistes sur le vieux continent.

Une popularité irrésistible ?

C'est sans doute ce discours de rupture, ce rejet des élites et des travailleurs immigrés, associé à des préoccupations sociales affirmées qui assure le succès croissant de ces mouvements "à droite de la droite".

A leur décharge, il faut bien avouer qu'une partie de la classe politique européenne renvoie une image d'affairisme, d'électoralisme et de mépris des classes populaires : il n'y a pas de populisme sans causes.   Les récentes guéguerres électoralistes à l'UMP, les espoirs déçus de la gauche après l'élection de François Hollande n'y sont-ils pas pour quelque chose ?  La politique ultra-libérale reconduite par l'alliance libérale-travailliste ne menace-t-elle pas des décennies de "modèle néerlandais" ?

Le style direct, imagé, des populistes passe mieux dans les médias que les explications parfois alambiquées des partis traditionnels.  Leur vision binaire du monde – nous contre tous les autres – correspond bien au format des médias comme la télévision, où tout doit être dit en deux minutes.  Et peut-être plus encore à celui de Youtube, où les clips  montrent jusqu'à la nausée que "X a atomisé Y" ou que "W a clashé Z" !

Mais le meilleur allié des populistes pour les années à venir, c'est sans aucun doute la coupure entre la majorité des partis en place et leur base électorale populaire.  Environ un tiers des travailleurs français sont des ouvriers.  Beaucoup sont au chômage ou vivent des conditions de travail de plus en plus difficile.

Mais en regardant la télévision ou en écoutant la radio, le spectateur a souvent l'impression qu'ils ont disparu de la planète.L'électeur aussi… Il devrait s'en souvenir lors des prochaines échéances électorales…




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