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Le roi des Pays-Bas fait l’éloge funèbre de l’Etat providence

mercredi, 18 septembre, 2013 - 14:53

Le nouveau roi des Pays-Bas, Willem Alexander, a enterré l'Etat providence néerlandais au profit d'un hypothétique "Etat participatif". Un programme ultra-libéral qui déchaîne la colère de l'opposition, de l'armée, des syndicats mais aussi des citoyens. Réactions, après ce virage radical.

Il y a quelques mois, à l'occasion du couronnement du nouveau roi, nous écrivions:

Aujourd'hui, les Néerlandais font la fête et célèbrent leur nouveau souverain dans une sorte d'amnésie nationale. Demain, ils pourraient bien se réveiller avec une terrible gueule de bois: si la croissance ne décolle pas, ils devront se serrer la ceinture pour trouver 4,2 milliards d'économies en 2014! Vive le roi!"

Nous ne croyions pas si bien dire!

L'Etat providence devient l'Etat par​ticipatif

Traditionnellement aux Pays-Bas, le troisième mardi de septembre est appelé le Prinsjesdag, le "Jour du Petit Prince". Ce qui sonne à l'oreille comme le début d'un conte de fée a résonné à celle des Néerlandais comme un coup de tonnerre, ce mardi 17 septembre 2013. Le nouveau roi des Pays-Bas, Willem Alexander, prononçait pour la première fois le traditionnel discours de rentrée. Et il a fait très fort.

Le roi a carrément annoncé aux Néerlandais la disparition d'une vache sacrée: leur Etat providence.

S'il a débuté son discours en évoquant la crise dont les Néerlandais "souffrent depuis cinq ans", les "signes timides de la fin de la crise mondiale" ou "la dette publique et celle des ménages", ce fut pour mieux déclarer la "fin de l'Etat providence au profit d'un Etat participatif".

Cet Etat participatif, c'est, de toute évidence, la vision libérale d'un Etat minimum qui laisse à l'initiative individuelle le soin de pallier les aléas de la vie.

La Note du Million : un Etat ultralibéral

La note du gouvernement, présentée par le Premier Ministre Mark Rutte, ne laisse aucun doute sur la substance de cet Etat participatif : de nouvelles coupes budgétaires, surtout dans les prestations sociales, une baisse des budgets des administrations et de l'armée, etc. On y trouve pêle-mêle :

  • baisse des pensions de retraite et des allocations familiales,
  • augmentation des accises sur l'alcool et le diesel,
  • prime d'assurance-santé proportionnelle aux revenus du ménage (7,5% du salaire brut + la prime de base),
  • limitation des avantages fiscaux liés aux emprunts hypothécaires,
  • baisse de la garantie nationale pour les emprunts hypothécaires à 265.000€,
  • les détenus paieront désormais 12,50€ par jour de détention avec un maximum de 6 mois (personne n'est oublié…),
  • pénalisation du séjour illégal sur le sol néerlandais,
  • augmentation des droits de greffe de 15%,
  • fermeture de plusieurs casernes et réduction du budget de l'armée,
  • limitation des budgets pour les infrastructures routières,
  • etc.

La liste est encore longue des domaines où le gouvernement gratte jusqu'au dernier centime disponible. Les membres du gouvernement, composé du parti libéral VVD et du travailliste PvdA, estiment qu'ils ont fait du bon travail… Mark Rutte, le premier ministre, se dit confiant d'obtenir une majorité au Parlement sur ces propositions.

L'opposition très critique à l'égard de la note

Ce n'est pas l'avis de l'opposition, Geert Wilders en tête. Si nombreux sont ceux qui s'accordent sur la forme agréable du discours du roi, son caractère éminemment personnel contrastant avec l'aspect souvent guindé de sa mère -la reine Beatrix-, ils sont tout autant nombreux à dénoncer l'impact désastreux de ce programme sur l'économie néerlandaise.

Si pour les démocrates chrétiens de Christen Unie, "avec plus de taxes, on pourra soutenir moins d'emplois", pour Geert Wilders, leader populiste du PVV, la note du gouvernement est un "récit terrifiant". Selon lui, les Pays-Bas sont déjà à terre et le gouvernement Rutte lui donne le coup de grâce.

Le parti socialiste, lui, ne "s'attendait pas à un discours aussi unilatéral de la part du roi", tandis que les chrétiens déplorent le manque d'attention aux chômeurs et aux familles. Le parti des retraités -VijftigPlus- souligne le fait que le roi n'a pas prononcé une seule fois le mot "personnes âgées" alors qu'elles constituent l'un des groupes les plus touchés par ce programme. Marianne Thieme, du Parti des Animaux, vêtue en chasseresse (sic) pour l'occasion, s'émerveille quant à elle du style du roi tout en regrettant son manque d'investissement pour l'emploi…

Bref, une fois de plus, Mark Rutte parvient à unir l'opposition contre lui. Les débats à la chambre risquent d'être chauds.

Les syndicats et l'armée promettent des conséquences graves

Les syndicats regrettent eux aussi le peu d'investissement dans la promotion de l'emploi. La centrale FNV a souligné le manque d'intérêt de ce gouvernement pour les conditions de travail de plus en plus difficiles. Ou pour le nombre croissant de chômeurs, qui n'arrivent plus à joindre les deux bouts, et dont la confiance dans l'économie néerlandaise s'est effondrée. Pour la CNV, "ces mesures vont beaucoup trop loin!"

L'armée n'est pas en reste. L'annonce de la fermeture de plusieurs casernes a suscité une intense colère chez les militaires. La fermeture de celle des mariniers de Rotterdam suscite par exemple l'appréhension du maire, Ahmed Aboutaleb: avec toute les industries chimiques concentrées autour du port, la ville aurait bien besoin de l'aide de cette force en cas de catastrophe…

Les municipalités où se trouvent ces casernes s'alarment aussi du manque à gagner. Le départ des militaires signifie aussi la perte d'emplois annexes et de taxes locales.

La TNL -Transport en Logiestiek Nederland- craint, elle, l'impact des coupes budgétaires sur l'état des routes. L'augmentation des accises sur le diesel mettra en outre les entreprises néerlandaises de transport en difficulté.

Des citoyens inquiets et en colère

La forme était géniale, très personnelle, mais le contenu était effrayant",

déclare ce jeune homme après avoir religieusement écouté le discours du roi. C'est sans doute ce qui résume le mieux la position générale des Néerlandais, encore sonnés par cette annonce royale.

Un policier me confiait ce matin: "nous avions l'un des meilleurs systèmes de sécurité sociale du monde. Il en reste encore quelque chose, mais pour combien de temps". Et de conclure:

Etat participatif, c'est un beau mot, mais quelle réalité se cache derrière?"

Un huissier de justice s'inquiète lui aussi de la progression des procès et des saisies. Alors que le Néerlandais est traditionnellement bon payeur, les sociétés de recouvrement connaissent de réelles difficultés. Elles ne parviennent plus à encaisser les indus.

Pour Hub, jeune indépendant qui n'arrive même pas à gagner l'équivalent du salaire minimum, "il est temps de quitter ce pays". Un sentiment partagé par des milliers de jeunes Néerlandais qui, chaque année, sont plus nombreux à tenter leur chance en Allemagne ou au Royaume Uni.

Dans un tel contexte, les élections municipales de 2014 risquent d'être du pain béni pour le parti populiste de Geert Wilders, le PVV, qui continue à caracoler en tête des sondages.




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