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Angela Merkel: les clés d’une victoire

mercredi, 18 septembre, 2013 - 15:13

Avec 41,% des suffrages pour le CSU, Angela Merkel écrase son adversaire de la CDU, Peer Steinbrük. Les paradoxes du succès de la chancelière. 

Angela Merkel dirige l’Allemagne depuis huit années sans qu’aucun signe grave de fatigue du pouvoir n’apparaisse à l’horizon. Au contraire, rien ni personne ne puviat l’empêcher de remporter dimanche prochain un troisième mandat.

Certes, sa coalition sortant avec les libéraux du FDP ne pourra pas être reconduite, son allié n'ayant pas obtenu les 5% des voix nécessaire pour avoir des élus au Bundestag, mais peu importe, elle est en position de force pour négocier une alliance avec les sociaux démocrates du SPD ou les Verts. Des alliés qui ne péseront pas vraiment lourd dans cette coalition alors qu'il ne manque que deux sièges pour cette majorité absolue.

Un bilan économique positif mais contrasté

L’une des principales raisons de son succès réside évidemment dans son bilan économique. Face à la crise financière de 2008, l’Allemagne a réussi là où les autres pays européens ont failli, à savoir résister à la vague. "L’économie va plutôt bien" écrit l’hebdomadaire de centre gauche die Zeit dans un article pointant cinq bonnes raisons de voter pour la chancelière.

Le chômage est au plus bas, la dette recule, la zone euro n’est pas fragilisée, les entreprises allemandes célèbrent leurs incessants succès à l’export. Pourquoi vouloir changer cela?

écrit die Zeit en rappelant néanmoins que "le fossé social s’est agrandi", que "les salaires et les retraites n’ont pas augmenté" et que "les riches sont devenus plus riches". Certes la hausse des inégalités et la précarisation accrue du marché du travail allemand pèsent en la défaveur de la chancelière, mais celle-ci rappelle que la tendance a été amorcée par la politique de son prédécesseur social démocrate, Gerhard Schröder.

Une politique qu’elle n’a pas hésité à faire en partie sienne.

La phase active de la politique de Mme Merkel se situe entre 2005 et 2009 quand elle a gouverné avec les sociaux démocrates du SPD"

constate Nils Diederich, professeur à l’université libre de Berlin, qui rappelle que l’agenda 2010 du chancelier Gerhard Schröder a été "la base du travail législatif du gouvernement". Conséquence : "l’Allemagne se trouvait dans une bonne situation pour affronter la crise de 2008".

Du côté des Allemands, la satisfaction est là, comme le montrent les enquêtes, qui se suivent et se ressemblent. Une grande majorité de la population se dit satisfaite de sa situation économique actuelle et ne constate aucune dégradation. Pour Nils Diederich, pas de doute,

La satisfaction entraîne toujours la stabilité politique".

Puissante, populaire ou détestée

L’autre gros atout d’Angela Merkel réside dans sa personnalité, à la fois nouvelle Grande Catherine comme la dépeint le magazine Der Spiegel et "Mutti" (Maman en allemand) qui vous prendrait volontiers sur ses genoux. Vue de l’extérieur, cette physicienne de formation est à la fois la femme la plus puissante au monde -titre décerné à trois reprises par le magazine américain Forbes- le leader d’une Allemagne dominant la scène européenne, mais aussi une personnalité quasiment détestée dans le sud de l’Europe pour son intransigeance dans sa gestion de la crise de la zone euro.

Les raisons pour lesquelles est n’est pas aimée à l’étranger la rendent encore plus sympathique en Allemagne. C’est un paradoxe",

constate Nils Diederich. Dans le cas de  la crise de la zone euro, "les Allemands se sont sentis protégés et défendus par Mme Merkel." Pour le quotidien conservateur die Welt, Angela Merkel et son parti possèdent tout simplement quelque chose que les autres partis allemands n’ont pas: "une autorité dans la conduite des affaires".

Leader d’une Allemagne plutôt bien dans ses baskets, Angela Merkel plaît aussi dans son pays pour un certain profil bas qui tranche avec les excentricités de son adversaire social démocrate Peer Steinbruck. Sympathique, préférant rassurer au lieu de polémiquer, elle jouit d’une popularité inédite dans son pays. Jugée intransigeante par les Grecs et les Espagnols, Angela Merkel est en réalité une pragmatique, dépeinte même par l’hebdomadaire die Zeit comme "une indécise".

Elle hésite longtemps avant de prendre une décision qui au final correspond au point de vue de la majorité".

​Nucléaire, salaire minimum, ingérence: la voie du pragmatisme

Pour Niels Diederich, "Angela Merkel n’est pas une Margaret Thatcher mais une femme de pouvoir sans caractère propre. Elle n’agit pas par idéalisme politique mais en pensant à ce qui est bon pour elle, pour son parti et pour l’Allemagne. C’est une certaine forme de populisme". Pour ce spécialiste de la politique allemande, cela s’explique peut être par sa formation et sa carrière de physicienne.

Elle essaie, observe et regarde les résultats. Quand cela ne marche pas, elle s’adapte"

Angela Merkel brille ainsi par sa capacité à piocher les meilleures idées des autres partis politiques pour les reprendre à son compte. Une stratégie qui pourrait se révéler sans pitié pour les partis en question: 

Vous avez dit pragmatique? 

Angela Merkel pourrait être en tout cas de nouveau appelée à démontrer ses capacités en la matière à l’issue du scrutin de dimanche si, comme le laissent penser les sondages, la formation CDU-CSU de la chancelière ne parvient pas à former une coalition avec son allié libéral du FDP. En effet, si une majorité d'allemands plébiscitent leur actuelle chancelière, ils sont aussi plus nombreux à préférer une coalition entre la CDU-CSU et le SPD (34% selon un sondage Forsa rendu public hier mercredi) à une coalition avec les libéraux du FDP (19%)…


Article initalement publié le 19 septembre et actualisé avec le résultat des élections le 23 septembre à 12h20.




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