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Les Polonais à la rescousse des Allemands de l’est

jeudi, 19 septembre, 2013 - 12:18

Le petit village allemand de Löcknitz à 10 minutes de la frontière de l'Oder-Neisse a trouvé le salut grâce aux Polonais. Aujourd'hui, le bourg vit à l'heure européenne et fait un pied de nez aux extrémistes du parti nationaliste allemand.

Löcknitz, petit village allemand perdu à l'extrême nord du pays, renaît peu à peu de ses cendres. Durant des dizaines d'années, le village reclus aux confins de l'Union européenne perdait des habitants. En 2004, avec l'entrée de 10 nouveaux pays membres, dont la Pologne, Löcknitz se retrouve soudain au cœur d'une nouvelle dynamique. Entre rejet et apprivoisement du voisin, c'est par la coopération transfrontalière que le bourg se réinvente aujourd'hui.

"L'Allemagne, une Terre promise"

Actuellement, le village renoue avec une certaine densité de population. D'après die Zeit, pas moins de 3.200 habitants seraient venus s'y installer depuis 2005. Un revirement des plus heureux dû en particulier à l'arrivée des Polonais qui achètent des terres, s'installent et fondent leur propre firme. Pour le maire, "dès 2004, c'était parti!". Les Polonais représentent aujourd'hui 8% de la population.

L'évolution de la population de Löcknitz d'après die Zeit.

Ces nouveaux arrivants apportent ici leur esprit d'entreprise. Ils gagnent en Allemagne plus que dans leur pays d'origine, même après avoir payé les taxes. De leur côté, les maires allemands tentent d'attirer ces populations grâce à des spots publicitaires diffusés sur les télévisions polonaises. Un terrain constructible, la perspective des aides d'Etat: autant d'arguments déterminants.

A titre d'exemple, les parents perçoivent en Pologne 115 zloty (30 euros) par enfant en guise d'allocations familiales. En Allemagne, ces aides atteignent 184 euros pour le premier enfant, 190 euros dès le troisième enfant et jusqu'à 215 euros à partir du quatrième. Comme l'explique Andrzej Dryjański au quotidien allemand, on comprend dans ces conditions que:

l'Allemagne soit encore considérée comme une Terre promise".

Le mythe de "l'invasion polonaise"

Comme partout en Europe, l'harmonie qui règne aujourd'hui à Löcknitz a dû faire face au scepticisme des populations. La peur du plombier polonais qui viendrait voler les emplois à coups de dumping social était d'autant plus palpable ici que les deux pays sont frontaliers. De leur côté, les Polonais craignaient une spéculation et le rachat des terres à bas prix par les Allemands. A Löcknitz, il en a été tout à fait autrement.

Face à l'ouverture des frontières, le parti national démocrate allemand (NPD) a multiplié les initiatives, dénonçant "l'invasion polonaise" et l'ouverture du pays aux "étrangers criminels". Dès le départ, le NPD a organisé une propagande vigoureuse.

Au quotidien, les extrémistes ne sont pas aussi présent que leur propagande. Les habitants ne se sont jamais sentis menacés",

nuance le journaliste. Sur les 14 membres du conseil municipal, seulement 2 sont encartés au fameux parti.

Pourtant, Maklerin Horn, une polonaise qui habite désormais en Allemagne raconte qu'elle ne voulait pas passer la frontière à l'origine. 

J'avais surtout peur des skinheads". 

Lorsque le village a fêté son 800ème anniversaire en 2012, 50 membres du NPD sont sortis dans la rue avec des drapeaux noirs pour protester contre la "polognisation". Les clichés ont parfois la vie dure. Ingmar Dette, du centre régional pour une culture démocratique du Mecklembourg-Poméranie, en témoigne:

Pour beaucoup d'Allemands, le Polonais reste une personne bruyante, mal-organisée, voire un criminel",

souligne-t-elle.

Le bilinguisme comme fer de lance

Pour mettre fin à ces dérives et vivre en bonne intelligence, les habitants de Löcknitz ont tout misé sur la coopération transfrontalière et la cohabitation des cultures. Pour le moment, il reste des choses à améliorer. Le chômage est élevé des deux côtés de la frontière. L'ouverture à l'UE n'a pas encore apporté le renouveau économique attendu dans ces villages frontaliers. Cependant, avec le développement d'une euro-région, ceux-ci reçoivent désormais des aides non négligeables de Bruxelles.

D'ailleurs, pour le maire, de nombreuses innovations ont été rendues possible. Löcknitz dispose depuis deux ans d'un jardin d'enfant germano-polonais. La coopération locale a aussi permis d'ouvrir un lycée bilingue. "Nous sommes un village avec des caractéristiques de ville", se plaît-on à rappeler. Pour le journaliste,

Il n'y a pas d'alternative à ce nouveau mode vie bilingue pour les jeunes".

Pour Alfons Heimer, maire d'un village au nord de Löcknitz, l'arrivée des Polonais a également sauvé le bourg de la misère et l'a empêché de mourir à petit feu. Il l'avoue, c'est là encore par un rapprochement des cultures qu'il a pu tisser des liens avec les nouveaux arrivants. Lui-même parle couramment polonais depuis qu'il a fait partie des troupes de l'OTAN dans le pays voisin. Actuellement, le village compte 10% de Polonais, "que des gens biens", raconte-t-il.




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