Connexion

Syndicate content

Elections allemandes: « rigueur « et « austérité », mots tabous

vendredi, 20 septembre, 2013 - 11:46

Revue du web "Austérité"? Un affreux néologisme venu de l'anglais! Et la "rigueur", le dictionnaire ne connait pas. La chancelière allemande parle plus volontiers de "consolidation des finances publiques". Tout au long de la campagne électorale, les candidats ont évité les mots qui fâchent.

L'utilisation de l'anglais dans la campagne des législatives allemandes, cool ou has-been? Si l'on en juge par les discours des candidats, les anglicismes sont à proscrire. Pourtant la langue de Goethe est depuis longtemps parsemée d'expressions empruntées à celle de Shakespeare. 

"Rigueur" non, "politique d'épargne" oui 

Lors du duel télévisé qui a réuni 17 millions de téléspectateurs allemands, Angela Merkel et Peer Steinbrück ont évité les écarts de langages. Ils ont certes évoqué la mesure d'"Ehegatten-Splitting" qui correspond à la "déclaration séparée des revenus" française, mais ce fût tout. En effet, les anglicismes présents dans la langue allemande irritent les électeurs. Du moins certains d'entre eux.

Preuve en est, l'association langue allemande (VDS) a décerné au début du mois le "prix du fraudeur de la langue allemande 2013" au dictionnaire Duden. On reproche à cet ouvrage de référence, équivalent de notre Robert national, d'utiliser trop d'"anglicismes ridicules".

En juin dernier, Angela Merkel surfait sur la vague et moquait ouvertement le mot "austérité" (de l'anglais "austerity"): 

On n'entendait pas ce terme il y a trois ou quatre ans. Auparavant, on parlait de "consolidation des finances publiques" ou de 'finances solides'. Le terme d'austérité donne l'impression d'avoir affaire à un énorme monstre".

Dans ce cas, le retour aux termes allemands permettrait d'adoucir le discours. Lorsqu'il s'agit de parler des choses qui fâchent, les périphrases et euphémismes sont toujours les bienvenues. A mots couverts, Merkel s'attaque donc à la fois à la propagation de l'anglais dans la langue nationale, tout en enjolivant ses propos. Une stratégie de campagne on ne peut plus efficace.

D'ailleurs, d'une langue à l'autre, les euphémismes sont souvent de mise. C'est le cas pour le terme "politique de rigueur" que l'on utilise régulièrement en français. Il n'est pas transposable directement en allemand où la traduction correspond mot à mot à "politique d'épargne" ("Sparpolitik"). Une expression à la connotation plus positive.

Steinbrück, le "luser"

Mais les anglicismes n'ont pas que des inconvénients. Il s'agit de les utiliser à bon escient et de façon ciblée. Si les retraités restent attachés à la pureté de leur langue, les jeunes, eux, ne sont pas aussi catégoriques. L'anglais demeure une langue utilisée dans le monde entier, une façon pour eux de rester dans le coup. En témoigne la campagne menée par les jeunes du parti chrétien démocrate (CDU): "Rester cool et voter pour la chancelière".

Pour présenter leur projet, ces jeunes ne lésinent pas sur les moyens, ponctuant leurs phrases d'anglicismes ronflants. Comprenne qui pourra.

Nous offrons un programme contrasté à ce bad-campaining sans contenu",

explique l'un d'eux. 

Contrairement au SPD, nous n'avons pas besoin d'un grand show avec un candidat "1 Hour" qui ne va même pas prendre le temps de parler aux citoyens",

renchérit un autre.

Le parti de la chancelière n'a pas hésité non plus à recourir à l'anglais lorsqu'il s'agissait de tourner le candidat social-démocrate (SPD) en ridicule. Aussi, lorsque Steinbrück a fait un détour par la montagne bavaroise de Lusen (prononcez lousen) au cours de sa campagne, ses détracteurs ont très vite rebaptisé l'homme politique "le luser" en référence à "looser".

Moralité: recourir à l'anglais, oui, mais avec parcimonie et savoir-faire. Un mot de travers et c'est le bide. Le ministre des finances allemand, Wolfgang Schöble en a fait la douloureuse expérience. Il a plusieurs fois confondu les termes "hostility" et "hospitality" au cours de ses voyages, avant de s'excuser platement: " Je suis désolé pour tous ceux qui ont à subir mon anglais."




Pays