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Confidences d’un chasseur de têtes polonais

lundi, 23 septembre, 2013 - 10:07

Shell, HSBC, IBM ou Electrolux: plus de 50 entreprises externalisent leurs activités à Cracovie, capitale de l'outsourcing. Tamas Veres, chasseur de têtes, déniche pour ces multinationales les meilleurs candidats. Notre correspondant en Pologne l'a rencontré. Récit.

Je rencontre Tamas Veres chez lui, dans un appartement qu'il occupe depuis deux ans avec sa femme Agnieszka. Polonaise, elle a poursuivi ses études à Budapest et parle hongrois. L’intérieur est moderne, design, lumineux. Tamas est depuis plusieurs années chasseur de têtes. Autour d'un verre de vin, il partage sa passion et les ficelles du métier.

J'ai 33 ans. Je comprends ce métier parce que j’ai longtemps travaillé, en temps que salarié, pour des entreprises pour lesquelles je cherche maintenant des candidats.

Tamas est né à Miskolc, une ville du nord de la Hongrie. Je suis venu en Pologne par amour, confie-t-il. Il y a quelques années, il quitte son pays natal pour rejoindre sa femme à Cracovie. Il y occupe plusieurs postes. D'abord dans un centre d’appel -le hongrois est rare et difficile et ceux qui le connaissent sont les bienvenus. Les débuts sont durs: il gagne 2000 zlotys par mois [500 euros] pour un travail qui est loin de le passionner. 

Suivent des expériences diverses dans des agences d'intérim. Ironie de l'histoire, c'est finalement l'une d'entre elles qui l'initiera à son métier actuel: chasseur de têtes. Ses ex-employeurs deviennent alors ses clients.

Cracovie, Silicon Valley de l’outsourcing

Cracovie figure parmi les nouvelles "capitales" de l’outsourcing (externalisation d’une partie des activités d’une entreprise vers un prestataire, ndlr). Un moteur de croissance non négligeable pour la deuxième ville du pays.

Ce secteur y emploierait plus de 26.000 personnes. Supports financiers, ressources humaines ou encore services informatiques, les domaines concernés sont variés. Si la routine corporatiste, très présente, est peu favorable à la créativité, les postes donnent accès à des mutuelles santé et à des emplois stables qui, avec l'ancienneté, deviennent relativement bien payés. 

Les atouts de la cité polonaise: sa bonne qualité de vie, son coût du travail modéré, mais surtout ses universités qui offrent chaque année aux employeurs des centaines de candidats bien formés et souvent polyglottes. Des jeunes gens curieux du monde, ambitieux… et pas trop gourmants.

"Avoir la niaque"

Pour les multinationales en quête de nouveaux salariés, Tamas essaye de dénicher les meilleurs. La discrétion, l’une des règles d’or de la profession, complique la mission.

Il y a plusieurs manières de chercher de bons candidats: nos propres bases de données, les sites internet payants ou gratuits, mais avant tout, les médias sociaux, tels que Linkedin et Facebook",

explique Tamas avec passion.

Le problème, c’ est que bien souvent, les meilleurs candidats ne cherchent pas de nouveau travail. Ils n’en ont pas besoin! Il faut aller les chercher chez la concurrence. Et là, il faut être créatif. Cela se passe par téléphone: il faut avoir une bonne histoire pour bluffer la secrétaire… Mais ce n'est pas le plus difficile! 

Il faut être sûr de soi, avoir la niaque. Tu ne peux pas te permettre de faire une faute: si ta voix tremble et que tu es percé à jour, la personne que tu cherches à débaucher risque de perdre son travail…"

Les entretiens téléphonique sont un premier filtre, poursuit Tamas, pour connaître le niveau d'anglais du candidat, ses disponibilités, ses attentes en matière de salaire, ses compétences et ses motivations. Vient ensuite l'entretien d'embauche. 

Je donne du temps aux gens pour qu’ils se détendent, et évite les questions pseudo-psychologiques du genre –qui serais-tu si tu étais un animal? Après c’est au futur employeur de décider! 

Cet été, Tamas a passé de nombreux entretiens d’embauche- pour sa propre carrière, cette fois-ci. "J’avais fait le tour de la question, j'étais depuis trois ans dans ma boîte. J’ai eu envie d’une évolution". Il travaille maintenant à Barona, l’un des leadeurs du marché en Pologne et en Europe, en tant que manager de recrutement pour tout le territoire polonais. Une promotion.

J’aime le style de management de cette entreprise finlandaise, les Scandinaves ont une approche très directe des affaires et ça me convient parfaitement."

Tamas est un hyperactif qui parvient à conserver une calme apparence. La soirée déjà bien entamée, et une bouteille de vin plus tard, il lance, mi-rieur mi-sérieux: 

Si quelqu’un en France est intéressé, il peut me contacter sur Linkedin. C'est vrai, tu gagnes 1500 euros, mais ici, cela te permet de vivre très bien!" 

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