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Ángela Ruiz, inventrice du premier e-book en…1949

mardi, 24 septembre, 2013 - 11:31

Revue du web Première inventrice espagnole officiellement reconnue, elle imagina l'ancêtre de l'e-book. Portrait d'Ángela Ruiz Robles, une visionnaire bidouilleuse récemment sortie de l'oubli. 

Quelle reconnaissance un pays accorde-t-il à ses meilleurs cerveaux? En Espagne, le gouvernement vient de sortir de l'oubli une figure méconnue du siècle dernier: Ángela Ruiz Robles, première femme espagnole à avoir déposé un brevet. Sa trouvaille la plus significative? Une "encyclopédie mécanique", ingénieux ancêtre du livre électronique. 

En janvier dernier, sur un blog d'El Pais, les scientifiques Daniel González et Juan José Moreno Navarro* s'enflammaient:

Son imagination n'est inférieure qu'à l'ignorance dans laquelle sont restées ses inventions". 

Même Wikipedia, relevaient-ils, la boudait jusqu'à tout récemment.

Le premier e-book fût donc… espagnol. Le ministère de l'économie et de la productivité a pris très au sérieux cette pièce manquante du patrimoine national, et vient de publier une monographie qui salue la mémoire de l'inventrice.

Femme de tête à l'époque franquiste

Enseignante, entrepreneuse et inventrice, Angela est née en 1895, à Villamanín (province de León), au sein d'une famille aisée (un père pharmacien et une mère au foyer). A 22 ans, après des études à l'école normale et un diplôme d'institutrice, elle est nommée directrice et professeur de l'école de Gordon (León), puis d'une académie pour adultes.

En 1938, à 43 ans, elle commence à publier ses œuvres techniques. A son actif: seize ouvrages de grammaire, sténographie et orthographe, mais surtout deux brevets, un en 1949 et un en 1962 (les premiers à avoir été déposés par une femme en Espagne) relatifs à des livres et "encyclopédies mécaniques".

Bien que l'invention soit autorisée par le Ministère de l'éducation et des sciences en un temps record, le projet n'aboutit pas, faute d'investisseurs. Doña Ángela aurait bien reçu une offre de la part d'Américains ("los americanos"), mais elle l'aurait refusé, fidèle à l'idée d'une commercialisation dans son pays natal. Ses compatriotes et voisins européens ont cependant, en leur temps, salué cette figure singulière: en témoignent la collection de prix et médailles qu'elle remporte lors des expositions de Bruxelles (1957, 1958 et 1963), mais aussi au niveau national, à Zaragosse, Séville ou Genève.

Une reconnaissance qui ne va pas de soi, dans l'Espagne franquiste des années cinquante qui confine la majorité des femmes à la maison, ("ama de casa", femme au foyer), hors de la sphère publique. 

Refonder l'éducation

Pédagogue hors pair et passionnée, Ángela Ruiz Robles a une conviction: la nécessité de transformer l'éducation traditionnelle basée sur la mémorisation en un apprentissage interactif, s'appuyant sur la compréhension. D'où l'idée de créer un outil adapté à ce renouveau éducatif: ce sera l'encyclopédie mécanique. Le premier des e-book poursuit trois objectifs concrets: alléger le poids des cartables des enfants, rendre plus attractif l'apprentissage et adapter les enseignements au niveau de chaque étudiant. 

Une première version est construite en cuivre. Une deuxième version en plastique, poids-plume (environ 40 grammes), est designée par une entreprise italienne, mais elle ne verra jamais le jour.

Le prototype, aujourd'hui exposé au musée national de science et technologie de la Corogne, comporte deux parties. D'un côté les connaissances basiques: lecture, écriture, calcul. En appuyant sur l'alphabet et les chiffres, on peut former des syllabes, des mots et des phrases. La seconde fonctionne avec des bobines, chacune dédiée à une matière. Des boutons, des lumières, des lentilles permettent un dispositif didactique, intuitif, favorisant la mise en relation d'idées. L'outil peut être lu à l'horizontale ou à la verticale, comme un iPad, pour une meilleure ergonomie. Des anticipations techniques, mais surtout pédagogiques, annonciatricse de la recherche et de l'exigence d'intéractivité et d'adaptabilité des contenus. 

Une manipulation très facile et un poids insignifiant",

vantait l'inventrice.

Mais aujourd'hui encore, son idéal reste encore à mettre en oeuvre: 

Les enfants vont à l'école chargés de lourds sacs à dos, il n'y a pas de manuels électroniques pour remplacer complètement le papier et on ne peut toujours pas écrire un e-book personnalisé, avec un contenu et une présentation adaptée à chaque enfant",

regrettent Daniel González et Juan José Moreno Navarro*. Non sans s'interroger: "Quel serait le scénario actuel si, il y a près de 65 ans, l'invention du livre mécanique espagnol avait rencontré les investissements nécessaires?" Ángela Ruiz Robles aurait peut-être la réponse.


(*) Daniel González de la Rivera Grandal, petit-fils d'Ángela Ruiz Robles et sous-directeur du département "Transfert de la technologie" du ministère de l'Economie et de la compétitivité. Juan José Moreno Navarro est professeur de l'Université Polytechnique de Madrid.




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