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Le top 5 des préjugés sur les Roms

mercredi, 25 septembre, 2013 - 10:12

Préjugés et escalade verbale: à 6 mois des municipales, la campagne électorale est lancée. Premières victimes -du moins symboliques-: les Roms. Myeurop revient sur 5 contre-vérités trop souvent entendues.

Les Roms sont devenus la nouvelle phobie de la droite et d'une partie de la gauche française. C'est la surrenchère dans la stigmatisation des 15 000 à 20 000 Roms vivant en France dans des camps de fortune. Ils seraient une menace pour la France qu'ils s'apprêteraient à envahir le 1er janvier prochain. Il y avait eu le plombier Polonais, voleur d'emplois au printemps 2005, voici venu le temps des Roms, voleurs de poules et de cuivre.

"Le dossier des Roms au cœur de la campagne municipale" titre le Figaro en mettant en avant les dérapages d'Anne Hidalgo. En réponse à Nathalie Kosciusko-Morizet –"J'ai l'impression que les Roms harcèlent beaucoup les Parisiens"-, la candidate socialiste avait répondu: "Paris ne peut pas être un campement géant".

Quant au ministre de l'Intérieur, il veut "dire la vérité aux Français":

C'est illusoire de penser qu'on réglera le problème des populations roms à travers uniquement l'insertion" qui ne peut "concerner que quelques familles (…) Ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation".

Cette mauvaise polémique risque de durer jusqu'aux élections municipales et européennes. Myeurop tente de distinguer le vrai du faux en 5 points.
 

"Tous les roms viennent en France"

Qui sont-ils?

Le terme Rom renvoie à plusieurs réalités:

  1. Les Roms ("homme" en langue romani) font référence selon le Conseil de l'Europe à "divers groupes d'individus qui se décrivent eux-mêmes comme Roms, Gitans, Gens du voyage, Manouches, Ashkalis, Sintis, etc". Ils sont issus de la plus grande et plus pauvre minorité ethnique d'Europe. L'appellation de "rom" a été choisi par l’Union Romani Internationale en 1971, puis adoptée par le Conseil de l'Europe et l’Union européenne.
  2. Pour les autorités françaises et les associations de défense des droits des Roms comme Romeurope, le terme fait référence aux personnes venant essentiellement des pays d’Europe centrale et orientale (Roumanie, Bulgarie, pays d’ex-Yougoslavie), vivant pour la plupart d’entre elles dans des campements illicites ou des squats, qu’elles se reconnaissent elles-mêmes en tant que Roms ou bien qu’elles soient assignées à cette origine par les autres (riverains, forces de police, associations, pouvoirs publics).

La polysémie du terme et l'approximation des définitions sont à elles seules un indice de la difficulté à traiter d' UNE thématique rom.

Les chiffres:

Difficile d'avoir des chiffres précis: les statistiques ethniques sont interdites en France. Une chose est sûre: la France n'habrite pas tous les roms d'Europe.

Les Roms au sens premier (cf 1 ci-dessus) formeraient un groupe d'entre 10 et 12 millions de personnes en Europe et seraient présents dans la quasi totalité des Etats membres du Conseil de l'Europe, selon l'institution. En France, les Roms issus de l'Europe de l'Est (cf 2 ci-dessus) seraient environ 20.000, selon le ministère de l'Intérieur et plusieurs associations (notamment Romeurope). Ce sont ces 20.000 personnes là qui font aujourd'hui l'objet de polémique, et dons nous évoquons ici la situation.

La proportion d’émigrés parmi les roms de roumanie est tout à fait comparable au taux d’émigration nationale des roumains qui est de 10%",

affirme l'ethnologue Martin Olivera (Roms en (bidon) villes). Un argument de plus contre la supposée "déferlante" rom.

"Ils profitent des subventions"

Ce que dit le droit:

  • Egalité de droits en matière de prestations sociales entre les ressortissants communautaires, quelque soit leur nationalité.
  • Conditions à cette égalité: résider en France depuis plus de trois mois + être en situation régulière

Tout citoyen doit résider en France depuis plus de trois mois pour prétendre aux aides sociales. 
Par ailleurs, depuis 2007 et l'entrée dans l'Union Européenne la France et la Bulgarie, de nombreuses prestations sociales (CAF, CMU) sont soumises à la condition de séjour régulier. Les critères, pour les Roumains et Bulgares: détenir un emploi, être étudiant ou encore de disposer d’une assurance maladie et de ressources suffisantes. 

En pratique:

  • Les Roms aujourd'hui en France n'ont pas accès à la plupart des aides sociales.

La plupart d'entre eux sont sans emploi légal (ils n'ont accès qu'à une liste restrictive de métiers et doivent obtenir une autorisation de travail impliquant des démarches de la part des employeurs) et vivent dans des logements non légaux (bidonvilles et squats notamment).

Difficile de faire la preuve d'une présence de plus de trois mois en l’absence d’hébergement légal, d’emploi déclaré ou encore de recours à des services.

Comme tout citoyen européen, primo-arrivant en France, disposant de faibles ressources, ne travaillant pas et n’étant pas rattaché à un membre de famille ayant droit au séjour, ils n'ont "aucune chance de se voir accorder des prestations soumises à la condition de séjour régulier", conclut le collectif RomEurope.

Quant aux aides sociales non soumises à la condition d'un séjour régulier (notamment délivrées par les collectivités territoriales), elles ne sont pas toujours demandées, par méconnaissance ou difficultés adminstratives.

'Ils ne mettent pas leurs enfants à l'école'

Ce que dit le droit:

  • En France, la scolarisation des enfants est obligatoire, quelque soit la situation administrative des parents.
  • En septembre 2012, trois circulaires ministérielles tentent d'améliorer la scolarité des enfants roms 

En pratique:

  • Malgré des progrès, la scolarisation des enfants roms reste défaillante. Les familles se heurtent à de nombreux obstacles pour l'inscription de leurs enfants.

Des obstacles de nature administrative sont constatés en pratique tels que le refus d'inscription scolaire de la part de certaines municipalités en raison d'une arrivée récente et mal établie sur la commune; la non fourniture de justificatifs qui retardent les démarches d'inscription scolaire",

observait la ministre déléguée chargée de la réussite éducative, George Pau-Langevin, le 10 juillet 2013.

Certaines municipalités exigent une domiciliation des familles sur la commune avant d'inscrire leurs enfants à l'école, même temporairement, ce qui est contraire aux circulaires, a relevé la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI).

  • Les évacuations répétées des lieux de vie entraînent un décrochage des enfants enfin inscrits.
  • La pauvreté que subissent beaucoup de roms complique l'accès aux transports scolaires, cantine, habillement, souvent nécessaires à une scolarisation.

"Ce sont des nomades"

Les Roms ne sont pas des "gens du voyage". Si certains n'ont pas de domicile fixe, ce n'est pas le résultat d'un choix de vie mais d'un manque de moyens. Les Roms sont sédentaires dans leurs principaux pays d'origine, en Roumanie et Bulgarie. Ils vivent dans des villages ou quartiers à la périphérie des grandes villes.

En France, c'est la misère et l'absence de revenus fixes qui les contraignent à s'installer dans des bidonvilles ou des campements illégaux. Ils se regroupent afin de permettre une solidarité entre les familles souvent venues du même quartier ou village dans leur pays.

Comme l'explique au quotidien L'Opinion l'anthropologue Marc Bordigoni, à l’Institut d'Ethnologie méditerranéenne: 

Nombre de Roms roumains ou bulgares occupent des emplois, légalement ou au noir, et dans ces cas deviennent 'invisibles', pouvant échapper aux bidonvilles. Les 20.000 dont on parle beaucoup sont donc ceux qui sont particulièrement visibles car dans la précarité la plus forte".

"Le 1er janvier 2014, ils vont nous envahir"

En 2007, la Roumanie et la Bulgarie ont intégré l'Union européenne. Les Roumains et Bulgares, quelque soient leurs origines, sont donc citoyens européens. Ils bénéficient à ce titre du même droit de libre circulation et de séjour dans les autres pays de l'UE que les autres Européens. Ils peuvent donc venir en France et s'y installer pendant trois mois. Au delà de ces trois mois, ils doivent avoir des "ressources suffisantes" pour pouvoir rester. (Voir ci-dessus).

Les Roms quittent généralement leur pays pour fuir la pauvreté, et arrivent démunis en France ou ailleurs en Europe. Soumis à une autorisation pour travailler (voir ci dessus), il leur est très difficile, pour rester plus de trois mois, de rester dans la légalité.

Lors de l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie en 2007 des accords transitoires ont imposé ces limitations de travail pour une durée maximum sept ans. Elles seront donc automatiquement levées à partir du 1er janvier prochain.

Par ailleurs la Roumanie et la Bulgarie pourraient alors intégrer Schengen, espace européen de libre déplacement et établissement (dont ne font pas partie, outre la Roumanie et la Bulgarie, le Royaume Uni et l'Irlande, mais qui comprend la Suisse et la Norvège, notamment). Les pays membres de cet espace européen n'appliquent pas, sauf cas exceptionnels, de contrôle automatique à leurs frontières internes. Les pays de l'Union européenne membres de l'espace Schengen doivent se prononcer prochainement sur son élargissement à la Roumanie et à la Bulgarie.

Mais pour Manuel Valls, "si les conditions ne sont pas réunies, on ne peut pas le faire. Actuellement, non, on ne peut pas".




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