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Espagne: la fin du jetlag ?

jeudi, 26 septembre, 2013 - 12:33

¿Qué hora es? De l'autre côté des Pyrénées, la question est sensible. Un décalage horaire hérité de Franco condamne les Espagnols à un jet lag permanent. Basta! Le Congrès doit se prononcer sur sa disparition. La sieste nationale en réchappera-t-elle?

L'heure officielle, enjeu politique, économique, sanitaire…? C'est donner beaucoup d'importance à quelques minutes mises bout à bout. Et pourtant: en Espagne, le rapport d'une commission réclame une refonte des horaires nationaux. Le projet de réforme est présenté ce jeudi aux parlementaires. Objectif: mettre fin au jet lag permanent du pays, et augmenter du même coup la productivité nationale.

Après deux ans de récession, toutes les idées sont bonnes à prendre. Surtout celles qui, comme celles-ci, ne devraient pas coûter une peseta au gouvernement. 

De l'amitié franco-hitlérienne

Commençons par un peu d'histoire horaire: 

En 1884, à Washington, une conférence internationale décide de mettre de l'ordre dans les cadrans mondiaux: le méridien de Greenwich devient la référence de 24 fuseaux horaires. En toute logique, l'Espagne, comme le Portugal, le Royaume-Uni et la France, se trouvent placés dans le fuseau de l'Europe occidentale.

Mais la deuxième guerre mondiale redistribue les cartes sagemment réparties: l'Allemagne impose à la France conquise l'heure germanique; le Royaume-Uni, pour éviter d'éventuelles confusions avec ses alliés, avance ses pendules d'une heure. L'Espagne franquiste fait de même, dans un geste d'amitié avec l'Allemagne nazie, nous explique El País. L'Europe bat alors à l'unisson…

Peu après la fin de la guerre, le Royaume-Uni rétablit son horaire initial. Mais ni l'Espagne ni l'Hexagone ne suivent son exemple. En France, des raisons géographiques l'emportent: une grande partie du territoire est situé dans le fuseau horaire de l'Europe orientale. Mais en Espagne, Franco reste longtemps. Dernière révérence envers la mémoire d'Hitler ou amour des dîners tardifs, il décide de ne rien changer. Son pays est pourtant, pour la majeure partie de son territoire, plus à l'ouest que le Royaume-Uni.

Menace sur la "pause déj"

Une grande erreur historique qui explique en partie pourquoi, dans ce pays, on déjeune et on dîne plus tard que dans le reste de l'Europe",

explique Nuria Chinchilla, directrice du Centre International du travail et de la famille de l'école de commerce IESE, co-signataire du rapport.

Selon l'heure officielle, nous mangeons à 14h et à 21h, mais selon l'heure solaire, nous le faisons à 13h et 20h, comme le reste des Européens"

précise-t-elle, soucieuse de normaliser une spécificité nationale symbole d'un esprit festif…mais pas des plus sérieux.

Un décalage d'une ou même deux heures peut sembler anodin; il donne pourtant aux Espagnols un rythme de vie qui serait non seulement peu productif, mais qui rognerait aussi sur leur temps libre. Ainsi, selon l'INE (Institut National de la Statistique), seulement 50% de la population est chez elle à 20h, et il faut attendre 22h pour que 80% des espagnols aient enfin rejoint leurs domiciles. En cause, une vie sociale enviable, mais aussi des horaires de travail plus tardifs. 

Pour dîner et se coucher plus tard, les Espagnols n'en commencent pas moins leurs journées aussi tôt que leurs voisins. Résultat: des matinées interminables, et des pauses grignotages indispensables pour faire taire les borborygmes de l'estomac. Cette perte de temps en début de journée serait rattrapée, selon Nuria Chinchilla, par des après midis plus longues. Lesquelles suivent parfois -ou souvent, selon les dires- une bonne sieste. Au final, des journées longues mais entrecoupées, pour un résultat médiocre -du moins si l'on en croit les statistiques de l'OCDE sur la productivité par heure travaillée.

Sieste versus avantage fiscal

Revenir à l'horaire occidental ne suffirait pas à lui seul à doper la productivité nationale. Plusieurs préconisations sont proposées: passer à la journée de travail continu avec une pause déjeuner réduite, être plus ponctuel, ou encore augmenter la flexibilité horaire. La manoeuvre, loin de réduire le temps du "farniente" espagnol, permettrait au contraire de consacrer 1h30 quotidienne supplémentaire à la vie privée, rassurent les auteurs du rapport.

Et pour rendre moins amer le souvenir de la sieste, une batterie de mesures pourrait être mise en place, suggère Lourdes Ciuró, députée de CIU (fédération de partis politiques catalans de centre-droit), comme des avantages fiscaux pour les entreprises bonnes élèves et une intervention sur les emplois du temps scolaires. 

La bataille n'est pas nouvelle: depuis 10 ans, la commission pour la rationalisation des horaires espagnols planche sur la question. Mais aujourd'hui, "nous sommes plus proches que jamais d'un résultat", commente son président

Amateurs de siestes, tremblez.




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