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Air-France, Telefónica, Alitalia: des mariages de canards boiteux

jeudi, 26 septembre, 2013 - 15:37

Déjà criblés de dettes, le groupe Air-France et l’opérateur espagnol Telefónica veulent s’offrir deux autres canards boiteux: Telecom Italia et Alitalia. Une opération a priori incompréhensible. 

C’est l’histoire d'un marché entre canards boiteux. Endetté à hauteur de 51 milliards d’euros, l’opérateur espagnol Telefónica veut déposer dans son chariot son homologue transalpin Telecom Italia. A première vue, l'affaire ne semble pas vraiment judicieuse: l'an dernier, la dette nette ajustée de l'Italien était de l’ordre de 36 milliards et sa capitalisation boursière est estimée à quelque 8 milliards d’euros.

Dans le transport aérien, le scénario est quasi-identique: Air France souhaite s'emparer de la moitié du capital de son allié Alitalia. Les comptes d’Air France KLM ont pourtant viré au rouge l'année dernière avec un endettement estimé à 1,19 milliard d'euros. Pour redresser la barre, le groupe prépare de nouvelles séries de licenciements et un plan d’économie serré. Quant à Alitalia, privatisé en 2008 par le gouvernement Berlusconi, il est, lui aussi, criblé de dettes. Elles atteignent 1,1 milliards d’euros. 

Fuite en avant ?

Les multinationales auraient-elles perdu le sens des bonnes affaires? Dans un contexte de crise économique, comment expliquer ces deux opérations qui ont soulevé un torrent de lamentations et d’interrogations parlementaires à Rome?

Aujourd’hui, Telefónica détient 46,8% du capital social de Telco, le consortium composé aussi de banquiers et d’assureurs qui contrôle à son tour 22,4% du capital social de l’opérateur. Pour s’emparer de 70% du consortium, les Espagnols ont offert un chèque de 860 millions d’euros. Mais l’opérateur le plus endetté de toute l’Europe va devoir se débarrasser d’une partie de ses activités notamment en Amérique Latine pour trouver un peu d’argent frais. Quel intéerêt peut avoir une entreprise criblé de dettes à acheter un autre canard boiteux?

s’interroge Benedetto della Vedova. Cet économiste centriste qui siège au parlement n’est pourtant pas opposé aux fusions.

Si la fusion entre deux groupes différents d’un point de vu stratégique est accompagnée par des projets industriels musclés et des injections de capitaux réels et non pas virtuels comme c’est le cas de Telefónica et d’Air France, je dis oui. Dans le dossier Telecom Italia, par exemple, l’Espagne et l’Italie confient leur sort à des entreprises faibles d’un point de vu financier",

détaille-t-il.

Un marché italien puissant

Son de cloche est identique du coté de Marco Fortis, économiste et vice-président du groupe Edison:

Les fusions peuvent être favorables au développement des entreprises sur les nouveaux marchés notamment. D’autant qu’en Italie, nous n’avons pas de grands groupes du calibre de LVMH ou Kering (ex PPR, Ndlr). Mais j’ai du mal à comprendre la logique des dossiers Air France et Telefónica qui ont des comptes plombés et sont déjà très occupés avec la restructuration de leur propre endettement".

Il ajoute cependant que le marché italien est important malgré la crise, notamment dans le secteur des communications et de l’aviation.

Appel au patriotisme des banques

Pour échapper aux tentacules françaises et espagnoles, Rome réfléchit à une contre-offensive. Le comité parlementaire pour la sécurité de la République (Copasir), qui contrôle les services secrets, a évoqué les problèmes de sécurité nationale liés au rachat de Telecom Italia.

Toutes les communications même les plus secrètes passent par les antennes de l’opérateur",

ont déclaré hier les membres de Copasir. Avant le week-end, le gouvernement d’unité nationale devrait adopter un décret prévoyant l’application du système de golden-share. Il s'agit d'introduire un droit de véto sur l’ensemble du capital, sur les infrastructures dites "sensibles". C'est le cas de Telecom Italia dont le réseau est utilisé par l’Etat et notamment les services secrets.

Parallélement, pour freiner les ambitions d’Air-France sur Alitalia, son conseil d’administration a demandé à ses principaux actionnaires d’injecter d'urgence 150 millions d’euros pour augmenter le capital social. Puis, il a saisi le ministère du développement économique. L’idée est de demander aux banques italiennes de faire preuve d’un peu de générosité pour "sauver l'italianité de la compagnie". L’argument n’est pas nouveau et n’a jamais convaincu les banquiers.




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