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Interdiction des « mini-Miss »: la France ouvre la voie

vendredi, 27 septembre, 2013 - 15:02

L'Assemblée vient de voter, sans débats, l'interdiction des concours de "mini-miss" aux moins de 13 ans. En Europe, plusieurs pays envisagent également de légiférer.

Les défilés de jeunes "princesses" les dimanches après-midi devraient disparaître prochainement. Au dernier jour de l'examen du projet de loi sur l'égalité femmes-hommes, les députés ont tranché. Pour lutter contre l'hypersexualisation des enfants, ils ont approuvé sans débat le texte interdisant les concours de mini-miss pour les moins de 13 ans. 

Ce projet de loi-cadre sera soumis au vote solennel de l'Assemblée nationale ce mardi, avant de repartir devant le Sénat. S'il est définitivement adopté, les contrevenants s'exposeront à une amende de 1.500 euros et, en cas de récidive, de 3.000 euros. 

En septembre dernier, Chantal Jouanno, sénatrice UDI, avait déjà déposé une proposition de loi en ce sens, visant à faire interdire les concours de mini-Miss aux enfants mineurs de moins de 16 ans.

La France est ainsi le premier pays de l'Union européenne à condamner ce type d’événement, provoquant la colère de certains parents, tels que Michel Le Parmentier. Ce père de famille a importé des États-Unis, dans les années 90, le concept des mini-Miss. Une version édulcorée de ce qui peut se faire en Amérique. Il y a deux ans, une mère de San Francisco, un peu trop soucieuse de la beauté de sa fille, avait été jusqu'à injecter du botox dans les joues son enfant.

                

En France, le concours des mini-miss était encadré par un cahier des charges à l'échelle nationale limitant théoriquement les débordements, comme le révélait déjà un rapport parlementaire de Chantal Jouanno, en mars 2012:

[Le concours mini-Miss] se défend de toute hypersexualisation des petites filles grâce à un cahier des charges garantissant son caractère bon enfant. L’interdiction du sponsoring, du maquillage et des tenues érotisées est mise en avant. Les petites filles 'jouent à la princesse' et le jury doit apprécier le charisme et le discours. Par cette charte, l’interdiction de tenues provocantes et de maquillage, l’organisateur de ces concours officiels se défend de toute dérive."

Mais cela n'empêche pas les dérives de certains parents :

On observe cependant une demande croissante des parents pour maquiller et habiller de manière  "sexy" leur fille. Le jury des concours des 'mini-Miss' souligne également la multiplication des demandes de participation au point d’envisager la création de concours régionaux."

                                                

Hypersexualité

Les mises en garde de Chantal Jouanno n'ont pas suffit: depuis plus d'un an, les concours se sont multipliés, principalement dans le nord de la France. Organisés sans contrôle et sans se soucier de le charte en vigueur. Ils favorisent ainsi, selon le le texte de loi, la montée de "l'hypersexualisation" des jeunes enfants. Postures, vêtements, accessoires, tout converge à donner une image sexualisée des 3-13 ans. Or, ces derniers n'ont bien souvent pas conscience des signaux sexuels qu'ils envoient.

Une première polémique avait d'ailleurs éclaté à ce sujet après que le magazine Vogue ait diffusé des photos d'une enfant maquillée et vêtue de façon "provocante".

                              

Le titre s'était piteusement défendu en déclarant qu'il voulait simplement montrer l'image d'une petite fille qui s'habillait comme sa mère.

Plusieurs marques n'ont pas hésité à surfer sur la vague avant d'être réprimandées. On pouvait, par exemple, trouver sur le site de la Redoute des strings pour enfants rapporte le site Topito.

D'où la volonté du Parlement de réguler ce phénomène social. Ainsi l'article 3 de la proposition de loi visant à protéger les enfants de l'hypersexualisation prévoit d'interdire:

l’organisation de concours de beauté pour les enfants âgés de moins de 16 ans. L’infraction au présent article est punie de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende."

                        

La Belgique dans les pas de la France

Après le vote du projet de la loi par le Sénat français fin 2013, les organisateurs des concours mini-Miss ont annoncé le déplacement de leurs activités en Belgique. La plupart des cérémonies sont organisées dans le Nord-Pas-de-Calais, tout près de nos voisins Belges. La nouvelle n'a pas plu à Jean-Marc Nollet, ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles en charge de l’Enfance qui déclare au journal 7sur7:

"Il faut pouvoir mettre un stop net, mais il faut trouver le chemin juridique",

et ajoute avoir déjà pris contact avec un cabinet de juristes pour travailler sur le sujet.

Il existe, en Belgique, un vide juridique sur l'encadrement de ces concours. Ils sont régis par les articles 7.1 à 7.14 de la loi du 16 mars 1971 sur le travail des enfants. Chaque compétition nécessite une dérogation spéciale, donnée au cas par cas. Or, il n'existe, à ce jour, aucune directive concrète sur laquelle un inspecteur du travail puisse s'appuyer pour délivrer ces dérogations.

Le groupe socialiste au Sénat belge s'était déjà inquiété de ce travers en 2012. Trois sénatrices avaient demandé au gouvernement de réaliser une étude sur le sujet afin d'envisager l'interdiction des concours de mini-Miss. La proposition devrait enfin être examinée prochainement.

La plupart des concours en Belgique se tiennent en marge de ceux pour les adultes et sont très populaire. Et les parents peuvent gagner gros sur la tête de leur progéniture. Le conseil communal d'Hennuyer (Wallonie-Bruxelles) a ainsi remis 3000 euros à la gagnante d'un prix de beauté pour enfants.

Les Anglais et Irlandais plus réticents

Le Royaume-uni tente lui aussi d'éradiquer la multiplication des concours de mini-Miss. Mais le gouvernement de David Cameron peine à couper court à une tradition typiquement anglo-saxonne.

Le premier ministre britannique a récemment apporté son soutien à Reg Bailey, le président de Mothers' Union. Ce dernier a remis un rapport au gouvernement appelant à "laisser les enfants être des enfants" et interdire les concours. 

La décision de la France a également inspiré l'Irlande. Des membres du Parlement comme Jillian Van Turnhout seraient en discussion avec des sénateurs français afin de mettre au point un texte de loi similaire.

Une réaction qui survient quelques semaines après qu'un concours de mini-miss ait été organisé dans un bar de Co Monaghan. L'hôtel dans lequel la cérémonie devait se tenir s'est désisté au dernier moment prétextant qu'il n'avait pas été tenu au courant de la nature de l’événement.

Les organisateurs ont toutefois promis de faire leur come back cette année.


Article publié le 27 septembre 2013 mis à jour le 27 janvier 2014.




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