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Réfugiés syriens: la Suède sauve l’honneur des Européens

mardi, 1 octobre, 2013 - 12:48

La contre-offensive de l'armée de Bachar el-Assad depuis l'été a amplifié l'afflux de réfugiés. Ils s'entassent dans des camps dans des conditions souvent déplorables à la porte de l'Europe. Mais seule la Suède ouvre grand ses portes. Analyse et témoignages.

En quatre mois, le nombre de réfugiés syriens qui a passé les frontières et de déplacés dans leur propre pays a considérablement augmenté à la suite de la contre-offensive de l’armée de Bachar el-Assad. Avec le matériel de guerre russe, des conseillers russes et iraniens et les milices amies du Hezbollah libanais et des Açiciler turcs alaouites, voire de Pasdarans iraniens, l'armée syrienne regagne du terrain.

Début juin, selon le HCR (Haut commissariat aux réfugiés), il y avait environ 1,4 million de réfugiés, dont 500.000 enfants et 2 millions de déplacés sur une population totale de 22 millions d’habitants.

La Suède accueille sans compter les régugiés

Trois mois et demie plus tard, à la mi-septembre, toujours selon le HCR, le nombre de réfugiés hors de Syrie a dépassé la barre des 2 millions alors que le nombre des déplacés en Syrie s'élèverait à 4 millions.

Ils sont désormais 720.000 au Liban, 500.000 en Jordanie, 350.000 en Turquie, 150.000 en Irak, 70 à 80.000 en Egypte, 12.000 en Algérie, 11.000 en Allemagne, 9.000 en Arménie, près de 4.000 en Italie, plus de 2.000 en Belgique, plus de 2.000 en Bulgarie, et seulement 1.800 en France qui exerça pourtant sa tutelle sur le pays de 1918 à 1941.

La Suède est le seul pays européen à accueillir désormais sans compter les réfugiés syriens. Début septembre, Stockholm accorde l'asile à tous les demandeurs syriens.

Tous les demandeurs d'asile syriens qui font une demande en Suède se la verront accorder"

confirme la porte-parole de l'Agence suédoise des migrations, Annie Hörnblad.

La Suède accordait jusqu'à présent un asile temporaire de trois ans, après évaluation des situations individuelles des demandeurs. Ainsi depuis 2012, le pays a accueilli quelque 14.700 demandeurs d'asile syriens et près de la moitié d'entre eux ont obtenu ce permis provisoire.

En Grèce le nombre des réfugiés est également relativement important, mais il est difficile d'en évaluer le nombre exact car ils se sont intégrés à l’importante et ancienne communauté libano-syro-égyptienne installée à Athènes et au Pirée depuis la fin des années 70.

Les autres pays européens sont beaucoup plus frileux. A la mi-septembre, l’Allemagne a annoncé pour sa part qu’elle était prête à accueillir 5.000 Syriens de plus, l’Autriche 500, Chypre 200… Quand à Laurent Fabius, il s'est contenté d'affirmer que la France allait faire un effort sans préciser le nombre.

Les Israéliens agissent dans la discrétion

Plus près de la Syrie, les Israéliens ne sont pas indifférents au drame syrien. Des centaines d’enfants blessés sont soignés discrètement dans les hôpitaux du nord d’Israël. Des parents syriens désespérés déposent leurs enfants dans le no man’s land syro-israélien du plateau du Golan, au risque de sauter sur une mine. Certains gardes-frontière émus traversent ce no man’s land pour prendre les plus petits dans leurs bras sous la protection des snippers de Tsahal. L’armée de Bachar très présente dans la région n’ose pas prendre le risque de provoquer les soldats israéliens qui ont fortement renforcé leur frontière avec des tanks, des pièces d’artillerie et des missiles de toutes sortes.

Des ONG israéliennes commencent aussi à se mobiliser pour aider les réfugiés syriens de Jordanie qui vivent dans des camps. La principale est "Main dans la main". Elle fait passer en Jordanie en mai 2013 5.000 anoraks en prévision de l’hiver, 1.000 paires de chaussures et des jouets pour les enfants.

Une des bénévoles de cette ONG de Tel Aviv, expliquait récemment :

Nous ne savions pas au début si nous allions engendrer une solidarité de la part des Israéliens pour les Syriens. Mais tout le monde a été touché, Juifs comme Arabes".

Et pour le docteur Boms, un des dirigeants de "Main dans la main" :

Ce que nous faisons est de notre devoir en tant que Juif ".

Dans les pays frontaliers de la Syrie, les réfugiés vivent dans des conditions inhumaines sous des camps de toile boueux, froids en hiver, brûlants en été, avec très peu d’hygiène et une nourriture aléatoire fournie par la Croix rouge, l’ONU et les ONG. Les enfants sont particulièrement touchés par les maladies et les épidémies. L’armée française a installé depuis un an un hôpital de campagne au nord de la Jordanie, à une encablure de la frontière syrienne. Les médecins français soignent 60 à 80 patients par jour, dont une majorité d’enfants et de femmes enceintes.

Pestiférés en Egypte

Au Liban, l’arrivée massive de réfugiés a ravivé les conflits intercommunautaires. Les sunnites et druzes libanais soutiennent les rebelles, les chiites et alaouites étant pro-Bachar. Cela s’est traduit par des combats violents et réguliers dans la capitale du nord, Tripoli, et des attentats dans tout le pays.

La situation des Syriens en Egypte n’est guère meilleure. La police accuse les réfugiés de soutenir les Frères musulmans. La police multiplie les arrestations et les comités de quartiers nés de la révolte anti-Morsi de juin dernier les harcèlent.

Certains Egyptiens pour se venger ou je ne sais quoi, font retomber le problème sur nous en nous accusant d’aider les Frères musulmans"

témoigne Abou Mahmoud, réfugié syrien au Caire. Et d’ajouter : "Ma femme est rentré un jour très apeurée, le visage blême. Elle m’a dit qu’elle ne quitterait plus la maison car elle avait été agressée avec notre fille dans un bus. Les passagers égyptiens avaient reconnu leur accent syrien".

Mais au moins en Egypte ils sont libres. Ce n'est pas le cas à Chypre, en Grèce, en Bulgarie, où ils sont le plus souvent enfermés dans des camps de rétention pendant des mois.

Entre 500 et 1700 euros pour entrer dans l'UE

Pour rejoindre Chypre depuis le Liban, les réfugiés doivent payer aux passeurs libanais entre 1.400 et 1.700 euros. C'est moins cher pour les îles grecques de la mer Egée en venant de turquie: les passeurs demandent environ 1.000 euros. Mais pour entrer dans l'Union européenne via la Bulgarie, les passeurs prennent "seulement" 500 euros par adulte et 250 par enfants. Il faut pour cela éviter le principal poste frontière turco-bulgare de Kapitan Andréevo aujourd’hui sévèrement contrôlé par les armées des deux pays et doté de moyens de surveillance sophistiqués financé par Bruxelles.

Les passeurs turcs les font donc transiter par les zones boisées et froides au niveau des villages d’Elhovo, de Boliarovo et Goliam Dervet. L’hiver dernier, les gardes-frontière bulgares ont retrouvé un jeune couple de syrien mort de froid.

Depuis le début des troubles en Syrie, plus de 2.000 réfugiés sont ainsi arrivés en Bulgarie. Certains sont entassés dans trois camps de rétention aux frontières bulgaro-turco-grecque. D'autres sont enfermés dans le camp de Busmantsi dans la banlieue de Sofia. Ces centres de rétention sont gardés par la police et l’armée, avec barreaux aux fenêtres des dortoirs où ils sont entassés. Ils se plaignent de ne pouvoir sortir et pour la plupart quitter le pays pour tenter de rejoindre la Suède, nouvelle terre promise.

Le 16 septembre dernier, le gouvernement bulgare a tiré la sonnette d’alarme en expliquant que le pays ne pouvait plus assurer l’accueil des Syriens et a demandé l’aide financière de l’UE.

Quant aux réfugiés en Grèce, s’ils sortent des camps de rétention, ils risquent aussi de tomber sur les nervis du parti néo nazi Aube dorée qui se sont spécialisés dans la chasse et l’assassinat d’immigrés.




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