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Lisbonne fait un triomphe électoral à son « Gandhi »

mercredi, 2 octobre, 2013 - 08:49

Le socialiste Antonio Costa vient d’être réélu à la tête de la capitale portugaise. Portrait d'un politique ambitieux qui a su gagner le surnom de "Gandhi de Lisbonne".

Dynamique et chaleureux, Antonio Costa, 52 ans, a été reconduit ce dimanche à la tête de Lisbonne, pour un troisième mandat consécutif. Un scrutin remporté haut la main -50,9% des voix, contre 22,4% pour son challenger- par celui qu'on appele "le Gandhi de Lisbonne". Le parti Socialiste, parti d'opposition, consolide ainsi son influence au sein de la première municipalité portugaise, à l'image de la marée rose qu'ont amenée les élections municipales dans tout le pays.

Visiblement heureux le soir de l’élection, le dimanche 29 septembre -il était largement favori- Antonio Costa a une fois de plus mis les Lisboètes de son côté. Sa jovialité, son humour piquant, son contact facile avec ses administrés expliquent en partie son surnom de "Gandhi de Lisbonne".

Ses origines, qui remontent à Goa, un ancien comptoir colonial portugais aux Indes, n'y sont sans doute pas étrangères non plus. Mais c'est sutout son implication dans la rénovation des quartiers populaires du centre de la capitale portugaise que le maire a pu être comparé au pacifiste Indien. "C’est flatteur, forcément", sourit-il quand on l'interroge sur ce sobriquet. "Mais des Gandhi, il y en a beaucoup, pas vrai?" ajoute-t-il, goguenard. 

Défenseur des minorités

Les options multiculturelles et multiethniques retenues pour les interventions dans les quartiers sont un véritable engagement idéologique. L’exemple de la Mouraria, un quartier stigmatisé du fait de ses problèmes de drogue, de prostitution et plus largement de misère, est flagrant. Le quartier avait bénéficié des programmes d’aides européens, mais leurs effets étaient jugés peu visibles et peu durables.

En 2011, Antonio Costa, à la surprise générale, décide alors de déménager ses bureaux sur la Place "Intendente", l’une des plus mal famées de la capitale. Et il le fait savoir. Son audace et son sens médiatique se révèlent payants. La population, les partenaires économiques, les associations, tous commencent à croire que le changement est possible. Aujourd’hui, la Mouraria est redevenue fréquentable, même si tous les problèmes sociaux sont loin d’être réglés.


Antonio Costa dans le quartier de la Mouraria. Crédit: Marie-Line Darcy

C’est l’un de nos objectifs: obtenir les fonds pour consolider ce qui a été fait. Et faire en sorte que la population si diversifiée du quartier puisse continuer à y vivre. Pas moins de trente nationalités différentes sont présentes dans la Mouraria"

dit fièrement le maire, se posant en défenseur des minorités. Il a promis d’étendre à d’autres quartiers cette politique de rénovation et d'intégration. Son ambition pour sa ville est connue de tous; il souhaite la transformer en pôle touristique important.


Antonio Costa. Crédit: Marie-Line Darcy

Un animal politique

La simplicité de Costa, sa discrétion -ce n’est ni un jet setteur ni un afocionado de la vie nocturne- ainsi que le plaisir qu’il a à côtoyer ses administrés ne doivent pas faire oublier sa nature politique…très politique. Par le passé, il a été plusieurs fois ministre, eurodéputé, et secrétaire général de son parti. Son engagement politique chez les socialistes remonte à sa jeunesse.

Stratège déterminé, il collectionne les succès. Son affabilité cache un tempérament parfois colérique. Ses détracteurs affirment qu’il n’ira pas jusqu’au bout de son mandat municipal de quatre ans. Il briguerait un poste bien plus important, celui de secrétaire général du PS, dans le but de mener ce parti à la victoire des législatives en 2015… Et devenir ainsi Premier Ministre.

Antonio Costa botte en touche quand on le questionne sur ses ambitions nationales: "En principe, un mandat, c’est quatre ans", assène-t-il en digne descendant de La Palisse. Mais dans le contexte politique et économique perturbé que vit le Portugal, tout semble possible.

Vote protestataire

Le premier ministre Pedro Passos Coelho a essuyé un terrible revers électoral. Son parti, le parti social démocrate, a été laminé par le scrutin des municipales de dimanche 29 septembre. Un désaveu de sa politique d’austérité. Pourtant, le chef du gouvernement, tout en reconnaissant sa défaite, a déclaré qu’il continuerait la politique des sacrifices. A ses yeux, c'est la seule capable de mener son pays à la fin du programme d’ajustement.

Le Portugal a reçu une aide de 78 milliards d’euros pour redresser son économie et redevenir crédible pour les investisseurs privés. En principe, les souffrances causées par le plan d’austérité exigé en contrepartie du soutien financier s’arrêteront en juin 2014. Passos Coelho veut tenir jusque là.

Quant à Antonio Costa, il attend sans doute son heure. D'autant que les socialistes ont signé le programme d’ajustement en 2011 et ils n’ont pas vraiment les coudées franches tant que le programme de redressement se poursuivra.




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