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La prison, une aubaine pour les néonazis d’Aube Dorée?

vendredi, 4 octobre, 2013 - 16:01

Les volte-face de la justice et du gouvernement vis à vis d'Aube Dorée accentuent le climat délétère dans lequel est plongé la Grèce. L'arrestation du dirigeant du parti n'a pas affaibli cette mafia fasciste qui a gangréné le pouvoir. Ces néonazis se posent en victimes d'un complot dicté par l'étranger. Une stratégie qui risque d'être électoralement payante.

Pour les Grecs, la démocratie, et accessoirement pour les journalistes, la situation en Grèce devient particulièrement malsaine.

A la suite de l’assassinat du jeune rappeur antifasciste Pavlos Fyssas, l’inculpation de six députés et de nombreux membres d'Aube dorée et de leurs complices dans tous les rouages de l’Etat (police, armée, capitainerie,  services secrets, justice), avait pourtant été une bonne surprise de la fin de la semaine dernière.

Puis ce fut la mauvaise surprise de mercredi, avec la libération conditionnelle de trois de ces députés d'Aube dorée pourtant accusés d'appartenir à cette organisation qualifiée officiellement de "criminelle". Un rapport judiciaire, rendu public deux jours plus tôt, fait état de nombreuses "actions criminelles" commises par les miliciens de ce parti, meurtres ou tentatives d'homicides, vols, tabassages d'immigrés…

Les observateurs grecs et étrangers avaient ainsi à peine eu le temps de s’étonner et de se réjouir de cette procédure à l'encontre d'Aube Dorée, après des mois et des années d’inaction et d'omerta médiatique, qu’ils devaient déchanter.

Ceci d'autant plus qu'à leur sortie du tribunal, les députés libérés, Panayotaros, Michos et Kassidiaris, menaçaient et agressaient les journalistes présents, responsables, selon eux, de leur incarcération et ce, sans que les nombreux policiers interviennent.

Stratégie du complot

Le cameraman et un photographe de l’agence Reuters ont été molestés physiquement. L’un des inculpés s’est même permis de provoquer en lançant à la volée:

Vous pouvez être fiers de votre démocratie"

Puis hier matin, la justice semblait se ressaisir. Nikos Mihaloliakos, le dirigeant d'Aube dorée était à son tour placé en détention provisoire et accusé de "diriger une organisation criminelle". Une détention "dictée par les puissances étrangères" pour Aube Dorée et "la plus grande conspiration de l'histoire politique moderne de la Grèce".

L'argument n'est pas nouveau, le frère du colonel et dictateur Papadopoulos, qui avait nommé Mihaloliakos à la tête du mouvement de la jeunesse du parti d'extrême-droite Epen, accusait déjà l'étranger de tous les maux de la Grèce. Seule différence, du temps de la dictature des Colonels, la puissance étrangère était soviétique…

Depuis, tout le monde s’interroge. Cette valse-hésitation judiciaire face aux néonazis est-elle un "fiasco de communication", comme le titre le "Journal des rédacteurs", avec dans un premier temps, une démonstration de force pour montrer que le gouvernement prenait l’affaire à cœur? Une démonstration suivie de pas en arrière et en avant engendrés par des pressions politiques diverses.

"Boomerang"

Dans l’impossibilité d’interdire un parti politique élu en juin dernier avec 7% des voix et 18 députés,  le  premier ministre grec Αntonis Samaras, en visite officielle aux Etats Unis, affirme que "la justice fait son travail". Mais de nombreux députés de la majorité  estiment que les deux ministres en première ligne, celui de l’intérieur et celui de la justice, ne géraient pas l’affaire de façon satisfaisante. Ce que le New York Times traduit en une phrase:

Le cas de l’Aube dorée peut se transformer en '' boomerang '' contre le gouvernement et, finalement, créer un mouvement de sympathie pour l’Aube dorée, l'une des organisations extrémistes en Europe".

L’opposition, elle, critique, d’une part, l’inertie de ces dernières années (avec l’acceptation de nombreux incidents graves racistes, la mise au placard de la loi antiraciste, un discours xénophobe, …) et, d'autre part, la précipitation et le côté bâclé et brouillon de la procédure engagée.

Collusions avec la police

Procédure rendue possible grâce au courage des dizaines de militants et de citoyens qui témoignaient des années durant contre les exactions racistes, dans des commissariats hostiles. L’un de ces témoins a raconté qu’à peine sa déposition faite, il a été accueilli à la sortie du poste de police par une trentaine de membres d’Aube dorée, qui l’ont tabassé.

Qui les avait prévenus? Les journalistes grecs sur le terrain rappellent les collusions entre les autorités et leurs rédactions, pour étouffer de nombreux incidents qu’ils avaient pourtant enregistrés ou filmés. Souvent les reportages étaient détruits soit au commissariat, ou, pire encore, mis au pilori par les médias eux-mêmes avant de pouvoir être transmis aux confrères de la presse étrangères, plus libres.

La situation rappelle aux historiens la période des années 30 en Allemagne, mais aussi à de nombreux Grecs plus âgés, les années noires précédant la dictature, avec ce parakratos (Etat parallèle) et ses trabouki (hommes de main), si bien illustrées par l’assassinat du député progressiste, retracé dans "Z", le film de Costa Gavras. Une réalité jamais vraiment déracinée de la société grecque.

Pendant ce temps, certains prévoient dans prochaines années 35% de chômeurs et les Grecs sont de plus en plus nombreux à émigrer. Les lois (nouveau rabotage des retraites, éducation et santé de plus en plus déléguées au secteur privé, privatisations en série…) continuent d’être votées en "fast track" (mesure d’urgence). Ainsi va la Grèce. Après l'anorexie économique et sociale, elle risque demain d'être atteinte par une maladie plus grave, celle de la peste brune généralisée. 




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