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Berlusconi veut faire payer les traîtres

lundi, 7 octobre, 2013 - 09:21

Déchu de son mandat de sénateur, Silvio Berlusconi va éviter la prison mais sera condamné à des travaux d'intérêts généraux. Mais en coulisses, le Cavaliere n'a pas fini d'essayer de nuire et de régler ses comptes en mobilisant pour cela son immense fortune.

Cela aura été le pire weekend de toute son existence politique. Pour Berlusconi, il a commencé dès le vendredi 4 octobre quand la commission électorale sénatoriale a appliqué la "loi Severino", interdisant à toute personne condamnée à moins de quatre ans de prison d’être élue.

"Il a relancé le jeu comme un bon joueur de poker"

Conséquence incontournable de cette décision, le Cavaliere va perdre son poste de sénateur. Cette décision devra être entérinée par le Sénat d’ici la fin du mois. Durant le weekend, le milliardaire a également dû choisir comment il veut purger sa peine d’un an et demi de prison dont il est exempté du fait de son âge – plus de 70 ans.

Il avait le choix entre les arrêts domiciliaires et les travaux d'intérêts généraux. C'est cette seconde option qu'il a finalement retenue. Le tribunal de surveillance de Milan chargé de veiller sur l’exécution de la peine devra valider ce choix d’ici la fin du mois de novembre.

Ce weekend l’ancien président du Conseil a également analysé sa situation politique. Après avoir été obligé par la défection d'une trentaine de ses députés, dont sa délégation de ministres, d’accorder sa confiance au gouvernement qu’il voulait faire sauter, le Cavaliere semblait désarçonné.

Semblait, car ainsi que l'analyse l'ex-sénateur du parti démocrate Silvio Sircana, sa position pourrait n'être pas aussi univoque et Berlusconi a plus d'un tour dans son sac:

En acceptant de se plier aux exigences de ses parlementaires qui voulaient soutenir le gouvernement, Silvio Berlusconi a de nouveau brouillé les cartes et relancé comme un bon joueur de poker".

Selon cet ancien porte-parole du gouvernement de Romano Prodi, le milliardaire sait que ses députés n’ont aucune marge de manœuvre, notamment d’un point de vue financier.

A titre d’exemple, il a accepté de garantir les prêts que les banques ont accordés à plusieurs de ses députés lors de la dernière campagne électorale. S'il retire sa garantie, les députés vont avoir leurs banques aux trousses et la plupart ne sont pas en mesure rembourser leurs dette",

souligne Silvio Sircana.

La meute est lâchée

Autre moyen de pression, toujours financière: sa fortune, que le Cavaliere a ponctuellement utilisée pour financer son parti. "Qui va injecter l’argent qui sert à faire tourner la machine du parti?", s’interroge l’ex-sénateur démocrate. Il ajoute qu’il ne faut pas oublier les menaces visant à miner la stabilité psychologique des frondeurs.

Berlusconi a lâché sa meute. Chaque dissident reçoit plusieurs coups de fils par jour juste pour lui  rappeler qu’il n’était rien avant de rencontrer le Cavaliere. L’idée est de saper l’équilibre des frondeurs",

confie Silvio Sircana qui a rencontré plusieurs de ces dissidents.

Le scénario tient la route. Après avoir proclamé la scission quelques heures après le vote de confiance et annoncé la création d’un nouveau groupe parlementaire de droite, les frondeurs ont fait marche arrière. Plus question de saucissonner le parti.

L’objectif est de convaincre Silvio Berlusconi de nommer un successeur, mais de rester dans les coulisses, comme père fondateur. Un titre honorifique qui lui donnerait l’impression d’être toujours en place et d’alimenter les caisses du parti.

"Basta les ingérences"

Reste que toutes ces manœuvres politiques risquent d’entraver la survie sur le long terme du gouvernement d’unité nationale, qui de l’avis de plusieurs observateurs, reste fragile.

Le parti démocrate est déchiré par les luttes intestines, la droite est en pleine déroute. Et puis, les démocrates sont trop occupés à s’ingérer dans les histoires de scission de la droite berlusconienne pour accélérer la disparition de Silvio Berlusconi. Cela risque de se retourner contre eux",

analyse un élu démocrate.

Le chef des dissidents et vice-président du Conseil, Angelino Alfano. Le Brutus de la droite berlusonienne veut être le seul avec ses comparses à pouvoir assassiner César et le proclame haut et fort:

Basta des ingérences. Nos adversaires ne pourront jamais être à l’origine de la fin de Silvio Berlusconi et du berlusconisme qui est et reste le leader d’une coalition qui peut encore gagner des élections".

Enfermé dans son magnifique appartement à quelques mètres des palais du pouvoir, Silvio Berlusconi compte les points. Et jette de temps à autre un coup d’œil sur le Tibre pour voir passer les cadavres de ses ennemis et de ses anciens amis.

Même déchu, même sur le point de purger une peine de prison, le Cavaliere a encore du ressort et tente d’appliquer sa maxime préférée: "après moi, le déluge".




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