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Au Royaume-Uni, la stupéfiante prison d’Oakwood…

mardi, 8 octobre, 2013 - 12:56

Revue du Web Au Royaume-Uni, à peine plus d'un an après son ouverture, la grande prison d'Oakwood est déjà dépassée par une surconsommation de drogue. Un cinquième des 1.600 détenus consomme. L'inspecteur général des prisons s'inquiète et incrimine G4S, l'opérateur privé qui en détient la gestion.

Plus simple de se procurer de la drogue qu'un savon pour la douche: c'est l'amer constat fait par l'inspecteur général des prisons britannique après l'inspection de la prison géante d'Oakwood, près de la ville de Wolverhampton, dans les Midlands de l'Ouest.

Un détenu sur cinq concerné par la drogue

Dans son rapport, repris aujourd'hui par le quotidien The Guardian et la BBC, Nick Hardwick décrit un établissement pénitentiaire envahi par les stupéfiants, seulement 14 mois après son ouverture.

C'est en effet l'une des toutes dernières prisons construites au Royaume-Uni, inaugurée en avril 2012. D'une capacité totale de 1.600 détenus, HMP Oakwood a la particularité d'être administrée par un opérateur privé, G4S, comme le permet la loi outre-Manche.

Cette première inspection indépendante et inopinée depuis l'ouverture lève le voile sur une prison qui devait être la preuve d'une meilleure gestion pénitentiaire assurée par le secteur privé.

Les tests de dépistage de drogue positifs, ainsi que les refus de s'y soumettre, concernent près de 20% des détenus. La disponibilité immédiate des produits et du 'hooch', un alcool "maison", atteint un niveau deux fois supérieur à celui des autres prisons du même type. Résultat, un détenu sur sept a développé un problème de drogue pendant son séjour en prison, souligne le rapport.

Dans la prison d'Oakwood, le rapport fait état d'un large panel de produits "très facilement accessibles". Le principal consommé est la Black Mamba, une 'herbe' de synthèse qui imite les effets du cannabis. Suivent le Subutex, un opiacé, et l'héroïne. Les inspecteurs ont également mis à jour un trafic de médicaments prescrits par le service médical lui-même.

Personnel inexpérimenté

Cette surconsommation a, au moins, une conséquence: un haut degré de violences dans la prison et un climat tendu. Les agressions, le harcèlement et la victimisation y grimpent. Résultat, "trop de détenus se sentent en insécurité, y compris ceux logés dans l'aile des prisonniers vulnérables". L'usage de la force pour maîtriser des détenus violents est deux fois plus fréquent que dans les autres établissements comparables, avec 241 incidents lors des 6 premiers mois de l'année.

Ce n'est pas la première fois que la prison d'Oakwood est pointée du doigt. En juillet dernier, elle faisait déjà partie des deux prisons privées les plus mal notées dans le classement édité par le ministère de la Justice.

Ce nouveau rapport ne s'arrête d'ailleurs pas à la surconsommation de drogue. Parmi les défaillances incriminées, il note, pêle-mêle:

  • le très faible niveau des enseignements,
  • le nombre élevé des cas d'automutilation,
  • la frustration des détenus de ne pas être écoutés,
  • le pauvre accès aux produits de toilette de première nécessité,
  • un personnel pénitentiaire souvent inexpérimenté et qui, mal formé aux mauvais comportements des détenus, échoue à éviter la confrontation.

Fondée en 2004, G4S est la plus importante compagnie de sécurité privée au monde. Elle emploie 620.000 personnes dans plus de 120 pays. La multinationale britannique s'est notamment illustrée en gagnant le contrat géant des Jeux Olympiques de Londres en 2012. Clairement ciblée par ce rapport, la compagnie a tenté de se défendre, invoquant la taille de l'établissement, qui en compliquerait la gestion.

"Nous avons déjà ouvert la voie à des améliorations en dédiant une unité opérationnelle aux dossiers problématiques, tels que la forte présence de drogue", s'est expliqué Jerry Petherick, le directeur exécutif du département Détentions de G4S.

La Grande-Bretagne comptait 91.700 détenus en avril 2013, soit 148 détenus pour 100.000 habitants, un chiffre élevé par rapport au reste de l'Europe. En France, 68.000 personnes étaient incarcérées en juin 2013, soit 104 détenus pour 100.000 habitants.




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