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Catcheur, Africain, acteur: ce sont les nouveaux députés allemands

mardi, 8 octobre, 2013 - 14:13

Ils sont catcheur, Sénégalais, Turc, inspecteur de police dans une série TV, aristocrate ou prolétaire: ce sont les nouveaux députés allemands. De gauche comme de droite, ils incarnent le renouvellement d'une classe politique plus multiculturelle. Portraits atypiques.

La rentrée approche pour les députés allemands. Deux semaines après leur élection, ils s’installent dans la capitale, forment leur équipe, cherchent un logement et font connaissance avec le Bundestag et ses méandres. Dans deux semaines, le 22 octobre, ils feront leur entrée officielle au parlement lors de la séance inaugurale de la nouvelle assemblée. Un moment important notamment pour un tiers d’entre eux, soit 229 petits nouveaux fraîchement élus, qui incarnent le très large renouvellement de la classe politique allemande.

Portraits des personnalités les plus atypiques de ce nouveau parlement.

Matthias Ilgen, le catcheur pas si méchant

Incroyable mais vrai, le Bundestag compte désormais son premier catcheur professionnel ! Matthias Ilgen, 29 ans, n'est autre que le "Baron d’Ilgen" quand il joue le rôle du méchant sur le ring. Mais il s’est fait aussi connaître pour son engagement au quotidien dans l’action sociale au sein du parti social démocrate (SPD). S’il a participé en 2007 aux championnats d’Allemagne de catch, il a aussi ouvert et tenu durant plusieurs années un café à Hambourg destiné à aider les chômeurs de longue durée à reprendre pied avec le marché du travail.

Remarqué par les autorités locales, il a lentement mais sûrement gravi les échelons du parti SPD et est désormais l’un des plus jeunes députés de la nouvelle assemblée. Comme le rappelle le magazine Spiegel, les liens entre le monde du catch et de la politique ne manquent pas.

Matthias Ilgen sera très certainement réprimandé et insulté dans son nouveau job en tant qu’homme politique mais au moins au Bundestag, il ne recevra certainement pas de chaise sur la tête !"

Karamba Diaby, le Sénégalais venu de l'Est

Karamba Diaby est, lui, entré dans l’Histoire de l’Allemagne en devenant le 22 septembre dernier l’un des deux premiers députés noirs du Bundestag. Véritable coqueluche des médias locaux, il symbolise une nouvelle Allemagne plus cosmopolite et métissée.

Le nouveau parlement compte en effet 2 fois plus d’élus d’origine étrangère que lors de la précédente législature (34 sur 630 députés, soit 5,4%). Mais si Karamba Diaby plaît autant aux médias, c’est aussi parce qu’il a été élu dans une circonscription jugée peu attirante par les émigrés: celle de Halle dans la région de Saxe-Anhalt à l'est de l’Allemagne, où le taux de chômage est deux fois plus élevé que dans le reste du pays. Halle, fief aussi du parti néonazi.

Comme il l’explique lui-même, Karamba Diaby a rangé son boubou depuis des années pour ne pas s’attirer les commentaires des habitants. L’est de l’Allemagne, ce Sénégalais de 52 ans devenu Allemand en 2001, le connaît bien. Il avait 28 ans lorsqu’il a obtenu une bourse pour venir étudier  la chimie à Leipzig dans ce qui était alors la République démocratique d’Allemagne (RDA). Engagé, il s’est battu en 1989 pour que ses camarades étudiants étrangers menacés d’expulsion par la disparition de la RDA soient régularisés.

Mais Karamba Diaby ne se bat pas seulement pour les populations immigrées de la région. Il s’est notamment fait connaître au niveau local pour avoir défendu les quartiers ouvriers de Halle. Devenu député sous les couleurs du SPD, il veut désormais se battre pour l’instauration d’un salaire minimum généralisé. "C’est un thème très important pour moi" expliquait-il après son élection. 

Je viens de l’est où de très nombreuses personnes travaillent pour moins de 8,50 euros de l’heure". 

Karl-Heinz Huber, le célèbre "Renard"

Tout le monde ou presque, en Allemagne, connaît Charles M. Huber. Mais sous un autre nom: inspecteur Henry Johnson. Cet homme de 56 ans au crâne dégarni et à la peau métissée a incarné durant 11 années, de 1986 à 1997, le célèbre flic de la série policière à succès Le Renard. A l’époque, il avait déjà réalisé l’exploit d’être le premier acteur noir d’une série télé allemande. Aujourd’hui il renouvelle l’exploit en devenant, aux côtés de Karamba Diaby, l’un des deux premiers députés d’origine africaine.

Fils d’une mère bavaroise et d’un diplomate sénégalais, lui-même neveu de Senghor, il assure "être un allemand comme tous les autres". Elevé par sa grand-mère, dans un petit village bavarois, et bercé de valeurs conservatrices et catholiques, Karl-Heinz Huber de son vrai nom, défend aujourd’hui les valeurs du parti chrétien démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel après avoir été un temps membre du parti social démocrate. A quelques jours de sa rentrée au parlement, il se dit un peu tendu.

J’espère ne pas me perdre dans le bâtiment. Tout est tellement grand ici!"

Cemile Giousouf, première députée musulmane

Grâce à Cemile Giousouf, le Bundestag compte désormais sa première députée musulmane. Cette jeune femme de 35 ans, reconnaissable à ses petites lunettes rehaussées d’une large frange est ravie de son entrée prochaine au parlement.

"Personnellement c’est une chance extraordinaire" expliquait-elle au lendemain de son élection. Née à Leverkusen d’une famille d’émigrés turcs originaires de Grèce, elle a une priorité: l’éducation. Car elle avoue avoir eu des difficultés à s’adapter au système allemand. Aujourd’hui députée élue sous l’étiquette chrétienne démocrate (CDU), elle explique ne voir aucune contradiction à être musulmane dans un parti ouvertement chrétien.

Au contraire, elle estime que la CDU "donne à la religion et aux sentiments religieux toute leur place". Au sein de ce parti, on explique que la candidature et l’élection de Cemile Giousouf n'étaient pas du marketing. "Nous nous voyons comme un parti qui fait les tendances" expliquait récemment Christoph Purps, chef de la section du CDU à Hagen où a été élue Cemile.

Nous sommes un parti populaire qui représente de grands pans de la société et ne voulons pas être perçus comme un parti de vieux ! Il faut intégrer des gens issus de l’immigration".

Il n’empêche que la candidature de Cemile Giousouf n’avait rien d’un hasard dans cette région industrielle de la Rhénanie du Nord Westphalie où vivent un tiers des musulmans d’Allemagne.

Philipp Graf von und zu Lerchenfeld, l'aristocrate

Philipp Graf von und zu Lerchenfeld remporte le concours du nom le plus long parmi les députés allemands. Mais il est aussi le seul et unique comte que compte le Bundestag. S’il devient pour la première fois député, cet homme de 61 ans est toutefois loin d’être un novice de la politique puisqu’il est élu depuis 2003 du parlement de Bavière.

Elu dans la circonscription de Regensburg, ce membre de l’Union chrétienne sociale (CSU) va devoir abandonner sa Bavière bien aimée pour s’installer dans la capitale dont il dit apprécier la spécialité locale, à savoir la Currywurst. Grand seigneur, il assure aussi reprendre toute l’équipe de son prédécesseur. "Il va falloir faire connaissance" ajoute cet aristocrate souriant reconnaissable à sa moustache blanche. Quant aux quatre années à venir, cet expert en finance se verrait bien les occuper en devenant membre, justement, de la Commission des finances.


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