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Sexe, drogue et suicide… quand la Trash TV européenne en fait trop

mardi, 8 octobre, 2013 - 14:46

Sexe dans une boîte, consommation de drogues en direct ou encore infidélité sous l'œil de son conjoint. Bienvenue dans le monde merveilleux de la Trash TV. Une mode toujours aussi présente en Europe.

Jusqu'où ira la téléréalité? C'est la question posée depuis la diffusion hier sur Channel 4 du premier épisode de l'émission Sex Box en Angleterre. Le principe: enfermer un couple dans une boîte géante. Le laisser faire l'amour à l'abris des regards. Puis l'interroger sur le bon déroulement du rapport en présence, bien entendu, d'une batterie d'experts et autres spécialistes de la sexualité.

                      

Les ébats amoureux ne sont pas filmés. Seule une série de néons vient éclairer le public sur l'avancée du coït. Bleu, rouge, orange… de quoi sublimer la beauté de la sexualité. Parmi les trois candidats d'hier, un couple homosexuel censé nous apprendre (enfin) "la vérité sur le sexe entre homosexuels". Car c'est bien à une démarche pédagogique que nous invite Channel 4. Le programme entre dans le cadre de l'initiative "Campaign for real sex", une campagne visant à sortir la dimension pornographique de la sexualité. Depuis quelques mois, le gouvernement de David Cameron mène une véritable guerre contre le porno.

La chaîne spécialisée dans la Trash TV se serait-elle trouvée une cause à défendre? Pas sûr à en croire Nathalie Nadaud-Albertini, sociologue des médias et auteur du livre 12 ans de téléréalité…au-delà des critiques morales, aux éditions Ina, interrogée par Myeurop :

La "campagne pour le vrai sexe" me semble une justification marketing hypocrite et pas crédible. Channel 4 est coutumière des émissions qui créent le buzz à cause de la polémique et des interrogations. C'était déjà le cas de "Sex Inspectors" ou "Drug Lives". De plus, l'argument du "vrai sexe" ne tient pas la route. Cela ne se déroule pas dans les conditions de la vie de tous les jours : il n'y a rien de spontané.

Ceci dit, ce n'est pas du voyeurisme à proprement parler pour autant : on ne voit rien, on n'entend rien. On peut à la limite parler d'un voyeurisme émotionnel et de sensations dans le "débrief'" après. Ne rien voir fait la part belle à l'imagination du téléspectateur : après tout, la "sex box" était totalement hermétique d'un point de vue visuel et sonore, le couple peut tout à fait jouer à la crapette, on ne peut pas aller vérifier…"

Au raz des pâquerettes

Dans un communiqué, Channel 4 explique que ce nouveau programme n'a rien de voyeuriste et cherche tout simplement à "comprendre comment la consommation croissante de pornographie déforme les attentes des gens en matière de sexe allant jusqu'à détruire la vie sexuelle des Britanniques". L'intention est louable. Mais alors pourquoi avoir besoin de "montrer" un couple en train de faire l'amour sur un plateau télé? Tout simplement pour recueillir des témoignages "pendant que les sentiments et les sensations sont encore vifs et sincères".

Dean et Sarah, le premier couple sort de la boite et témoigne. Sarah a eu du plaisir. Dean a trouvé ça différent. S'en suit une discussion à bâtons rompus sur le goût prononcé du couple pour les vidéos triolistes. Même banalité du côté homo. John et Matt avoue l'absence total de romantisme de la situation. "C'était un peu cochon", admet le premier. Le débat se poursuit et ne vole… pas bien haut.

Conclusion de l'émission: une bonne communication est la base d'une vie sexuelle épanouie… Quelle surprise!

Aux Pays-Bas, on se "pique" et on "avale"

Question Trash TV, les Néerlandais demeurent les maîtres incontestés en Europe. L'émission Spuiten en Slikken "avaler et cracher" cartonne sur les écrans depuis 2005. Diffusée en deuxième partie de soirée sur la chaîne publique BNN, le programme met en scène de jeunes animateurs testant toutes sortes de drogues et pratiques sexuelles à l'écran. (Attention les images de cette vidéo peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes).

             
En matière de programme télé, les Pays-Bas n'usurpent pas leur statut de pays le plus tolérant d'Europe. En sept ans, Spuiten en Slikken n'a jamais eu à se soucier des images. L'émission traite tour à tour de la "pipe" au volant ou du bondage à la manière d'un "j'ai testé pour vous". Entre démarche pédagogique et incitation à la débauche, on hésite…

Dans la peau de migrants

Diffusé en août et septembre sur la chaîne publique ZDF-néo, "En fuite: une expérience" fait glisser les téléspectateurs dans la peau de migrants en route vers l’eldorado européen, le tout en quatre parties. Mais attention, les protagonistes de cette émission ne sont pas les familles syriennes séparées par la guerre, ni les pères de famille irakiens ou érythréens en quête d’une vie meilleure en Allemagne.

                       

"En fuite : une expérience", est centrée sur six Allemands triés sur le volet en fonction de leurs qualités dramaturgiques. Trois d’entre eux partent d’Irak, rejoignent Istanbul cachés dans un camion, visitent des camps en Grèce. Les trois autres font le chemin inverse, partent d’Allemagne pour rejoindre l’Ethiopie, via Rome, l’île de Lampedusa et la Tunisie, rejointe en bateau de fortune. Lequel, lui, ne fait pas naufrage.

Le casting est détonnant: aux côtés d’un ex néo-nazi qui affirme associer les Africains au sida, on trouve un ancien rocker allemand gauchiste, une travailleuse sociale d’origine turque, un militaire en retraite… Ou encore une actrice jet setteuse soutenant une politique ferme contre des migrants -lesquels, sans cela, "se retrouveraient tous chez nous".

Très loin du documentaire, "En fuite" est avant tout un nouveau concept de reality show venu d’Australie. Il vient d'être consacré outre-Rhin meilleur "documentaire divertissement" de l’année.

Drame à la française

Les émissions borderline commence à peine à s'introduire sur le petit écran français. NRJ12 et W9 sont à ce jour les chaînes qui diffusent les programmes les plus osés. Mais on est encore à des années lumières de nos voisins européens comme le confirme Nathalie Nadaud-Albertini:

Le CSA est très attentif aux contenus de téléréalité. Et jamais il n'autoriserait une telle émission quand on sait qu'il veille à "biper" le moindre gros mot (au point d'en rendre parfois certains échanges amusants : on entend essentiellement des "bips" et on doit reconstruire le dialogue), floute la moindre cigarette."

Pourtant, une émission a bien failli changer la donne. Programmée pour l'été 2010 sur M6, la téléréalité "Trompe moi si tu peux" aurait à coup sûr défrayé la chronique.

                                      

Le principe est pervers. Enfermer une dizaine de couple dans une villa du bord de mer, quelque part sur une île paradisiaque. Pendant 16 jours, chaque concurrent doit cacher aux autres l'identité de son conjoint, quitte à le tromper pour faire croire à son mensonge. À la clé, une somme de 39.000 euros. Jeux intimes, massages, danses sexy, rien n'était épargné aux candidats.

Mais le 8 juillet 2010, soir de la première, l'émission est tout simplement déprogrammée. Jean-Pierre, l'un des participants, se suicide quelques jours plus tôt à son domicile, après que son petit ami Akim (présent dans l'émission sous le nom de Ange) l'a quitté, révèle le site du magazine Entrevue.

Il faudra attendre avril 2013 et la mort d'un participant de Koh-Lanta suivie du suicide du médecin de l'émission pour que le gouvernement se saisisse du dossier téléréalité. Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, déclare vouloir une concertation avec les chaînes de télévision afin de créer une charte de "bonne pratique". De son côté le CSA repousse certaines émissions à 22h.

Selon Nathalie Nadaud-Albertini le concept même de Trash TV est à questionner:

Quand on parle de téléréalité, l'expression "trash TV" revient presqu'à chaque fois. Comme si on n'arrivait pas à la penser autrement. Cela montre qu'il y a toujours un fond d'inquiétude concernant ce genre télévisuel, comme s'il ne pouvait apporter que des mauvaises choses, qu'avoir une mauvaise influence, notamment sur les jeunes. Quand une fiction joue la provocation, on ne dit jamais: 'la fiction va virer dans le trash', on dit plutôt 'telle fiction fait appel au trash'.

Il y a une grande différence entre "Sex Box" et "L'amour est dans le pré". On pense encore trop la téléréalité comme un bloc uniforme alors que l'offre est très diversifiée et adaptée à des cibles bien identifiées."




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