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Salles de shoot : l’Europe avance, la France recule

jeudi, 10 octobre, 2013 - 12:16

Tout semblait prêt pour l'ouverture de la première salle de shoot en France, à Paris, en novembre. Le Conseil d'Etat vient pourtant de s'opposer au projet. Une absurdité lorsqu'on constate les résultats positifs de l'ouverture de centres de consommation de drogue chez nos voisins européens.

Les toxicomanes resteront dehors. Le Conseil d'Etat désapprouve l'idée d'ouvrir une salle de consommation de drogue à Paris. Il recommande "d'inscrire le dispositif dans la loi". L'ouverture de salles de shoot entrerait en contradiction avec l'article de 1970 interdisant l'usage de stupéfiants.

Pour les associations, la nouvelle a tout du coup de théâtre. Une subvention venait d'être votée. L'ouverture, prévue pour décembre, du côté de la gare du nord, sera donc retardée (dans le meilleur des cas).

Légiférer sur la loi de 1970 pourrait prendre beaucoup de temps, bien plus que la publication d'un simple décret dont pensaient pouvoir se satisfaire les initiateurs du projet.

Un échec également pour le gouvernement. L'expérimentation des salles de shoot figurait comme l'une des mesures phares du plan pour la lutte contre la drogue et les conduites additives de 2013-2017. L'idée de créer un second centre de consommation avait même été évoquée.

Les opposants, eux, savourent leur victoire. Qu'ils s'agissent des politiciens :

Ou des citoyens :

Pourtant, il existe à ce jour près de 80 salles de consommation de drogue à moindre risque dans toute l'Europe. Selon l'Observatoire européen des drogues et addictions, elles s'inscrivent dans une politique de "réductions des risques" pour les consommateurs et luttent contre les troubles à l'ordre public.

Les Pays-Bas sur tous les fronts

Les Pays-Bas sont connus pour leur tolérance en matière de drogues. À ce jour on dénombre près de 37 salles de shoot dans 25 villes différentes. Ces centres accueilleraient une vingtaine d'usagers par jour. Un score nettement inférieur à la moyenne européenne des autres salles (90 toxicomanes par jour).

Pour la loi néerlandaise, la drogue relève du domaine de la santé publique. Elle sort de la sphère de la criminalité.

Les Pays-Bas sont l'un des rares pays d'Europe à recevoir, en plus des héroïnomanes et autres fumeurs de crack, les consommateurs de cannabis. La consommation d'alcool y est également permise contrairement aux autres régions du continent.

Les résultats sont probants. À partir des années 2000, le virus du Sida a totalement disparu chez les consommateurs de drogues injectables. Le nombre de morts liés aux stupéfiants est également l'un des plus faibles d'Europe. 

L'Espagne, résiste malgré la crise

Pour l'Espagne, sévèrement frappées par la crise, les coupes budgétaires portent atteinte au dispositif d'assistance à l'injection (DAVE). Le gouvernement a réduit de 35% l'enveloppe accordée à la prise en charge des toxicomanes. Le DAVE permettait à une centaine de malades d'utiliser leur drogue tous les jours. Il existe encore sept centres de consommation dans quatre villes dont Barcelone et Madrid. Pour en profiter, les usagers doivent être majeurs et apportent leur propre produit. Seul le matériel est fourni.

Selon l'ONG International drug policy consortium, le nombre de morts par overdose serait passé, grâce à ces centres, de 1.833 en 1991 à 773 en 2008.

La conversion portugaise

En Europe, le Portugal est l'un des pays où l'on compte le moins de toxicomanes. Il y a plus de 10 ans, le pays entame une petite révolution en matière de drogues à travers une loi prenant en compte:

  • la dépénalisation pour les usagers
  • la mise en place d'un modèle de prévention
  • l'accompagnement des toxicomanes avec prise en charge sociale et médicale.

Tous peuvent bénéficier de ces dispositions à condition de ne pas être en possession de plus de 5 grammes de haschisch, 1 gramme d’héroïne et 2 grammes de cocaïne (l'équivalent de dix jours de consommation moyenne "personnelle"). Le texte évite ainsi d’envoyer devant le tribunal un consommateur occasionnel qui n’a pas l’objectif de devenir trafiquant.

Des véhicules comme celui de l'association "Crescer na Maior", constituée par un groupe de psychologues et travailleurs sociaux sillonnent les villes. Ils distribuent aux toxicomanes des kits de drogue avec une seringue, un minuscule récipient en métal, des doses d’eau distillée, des préservatifs…

Le succès du modèle portugais est incontestable: le nombre d'héroïnomanes a baissé de 60% en une décennie. D'après le rapport 2009 de l'IDT (Insitut de drogue et toxicomanie) le Portugal est le pays où la consommation de cannabis des 15-64 ans est la plus faible d'Europe (moins de 8% contre 23% environ en France plus de 30% au Royaume-Uni). Pareil pour la consommation de cocaïne – même si elle est en augmentation – avec moins d'1% contre 2,2% en France, 4,6% en Italie ou encore 6,1% au Royaume-Uni.

                                         

Sur le plan sanitaire, le dispositif est également une réussite. Le nombre de décès liés à l'usage de drogues a été divisé par plus de six, passant de 131 en 2000 à 20 en 2008. Le nombre de contaminations au VIH imputables aux injections de drogue a été divisé par quatre: de 1430 à 352 sur la même période.

Les Allemands méticuleux

En Allemagne, il existe 24 structures, réparties dans 15 villes. Depuis 1998, leur ouverture est décidée au niveau de chaque Land. Les toxicomanes peuvent consommer à l’abri des regards, en utilisant du matériel stérile. Une nécessité qui permet de lutter contre la propagation du Sida ou de l’hépatite C, autre fléau dont le taux de prévalence est de 60% à 80% parmi les toxicomanes.

À Berlin par exemple, chaque usager amène sa propre dose et remplit une fiche sur sa consommation. Elle permet au Sénat de Berlin de s’informer sur le type et la quantité de drogues consommées et d’éviter des injections létales par mélanges de drogues.

L’endroit est interdit aux usagers occasionnels ou débutants, ainsi qu'aux mineurs.

Si les nouveaux consommateurs de drogues sont victimes de failles du système de diagnostic, les salles de shoot sont un point de départ pour un retour dans le giron médical. Une unité mobile est ouverte depuis fin 2003 aux usagers qui souhaitent prendre leur dose dans des conditions sanitaires satisfaisantes.

Sans être un remède à la consommation de drogue, les "salles de shoot" protègent les consommateurs de l’hépatite C et du HIV, et ont sensiblement réduit le taux de morts par overdose.




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