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L’Espagne, fabrique européenne d’infirmier(es)

lundi, 14 octobre, 2013 - 13:47

Où sont les infirmières? D'après une récente enquête menée au Royaume-Uni, le pays en manque cruellement. Cette crise touche toute l'Europe. Toute? Non: l'Espagne, dernier bastion où les personnels soignants sont légion, envoie ses garnisons à l'étranger. 

Les "nurses" britanniques en voie d'extinction. Depuis trois ans, le National Health Service (NHS), le système de santé publique anglo-saxon, invite les infirmiers (qui sont surtout des infirmières) de toute l'Europe à venir grossir les rangs des hôpitaux britanniques. Parmi les plus sollicités: les Portugais (503 en un an) et les Espagnols (472 en un an) révèle l'enquête du Nursing Times. Viennent ensuite les Irlandais (155) et Philippins (111).

Selon le journal, 40 des 105 fondations hospitalières NHS recrutent activement du personnel étranger depuis un an. Ces établissements spécialisés dans la recherche médicale ont embauché près de 1360 infirmiers ces douze derniers mois. 41 autres fondations déclarent vouloir faire de même.

Cette crise, le Nottingham University Hospitals Fonds la subit de plein fouet. Dans une interview accordée au Nursing Times, Maria Bentley, chargée du recrutement, confie sa détresse:

Nous sommes au milieu d'une pénurie du personnel infirmier. Dans notre établissement, il y a près de 200 postes vacants et cela fait six mois que nous n'avons reçu aucune candidature pour ces emplois-là."

NHS aurait perdu près de 5000 infirmiers britanniques depuis 2010. Malgré tout, le quota d'entrée pour les formations ne cesse de diminuer. 2500 places ont été perdues entre 2010 et 2013. Pendant ce temps, le nombre d'infirmiers en Espagne souhaitant travailler en Grande-Bretagne après leurs études est passé de 2306 en 2009 à 4521 en 2012.

La France trop sélective

Le Royaume-Uni n'est pas la seule victime de cette pénurie d'infirmiers. La France, elle aussi, perd d'année en année son personnel de soins médicaux. En 2007, un rapport du Centre d'analyse stratégique prévoyait que le métier d'infirmier serait l'un des plus recherchés en France à l'horizon 2015. Près de 200.000 membres de ce secteur devraient prendre leur retraite sans être remplacés.

                            

Parmi les raisons de cette crise: la perte, chez les jeunes, de la vocation; le manque d'estime de la part du public; les conditions de travail toujours plus difficiles, et surtout, un nombre insuffisant d'étudiants formés. Le numerus clausus pour entrer en première année vient encore de baisser pour l'année 2013-2014 (31.088 contre 31.162 en 2012).

Le concours, lui, demeure difficile. Il n'y a qu'à voir le nombre de prépas promettant chacune l'accès au Saint Grâal, le diplôme d'infirmier d'Etat. On estime qu'entre 7 et 12% des étudiants réussiront l'examen final, soit un peu moins de 4000 étudiants sur les 30.000 recrutables.

La France se tourne donc vers les pays du Sud et notamment l'Espagne. En 2000, une convention avec Madrid avait été signée. Elle a permis le recrutement de 848 infirmiers espagnols en un an. Il est toujours en vigueur.

Des Allemands très accueillants

Avec son taux de fécondité très faible (1.4 enfant par femme) l'Allemagne compte sur l'immigration pour soutenir son économie. D'après la Fédération des chambres de commerce, 5 millions de travailleurs manqueront outre-Rhin d'ici à 2025. En 2011, il manquait près de 140.000 infirmiers en Allemagne.

Entre 2007 et 2011, le pays s'est ouvert aux pays du Sud de l'Europe, l'Espagne en tête. Le 21 mai dernier, Berlin signait même un accord avec Madrid prévoyant d'accueillir et de former 5000 jeunes chômeurs espagnols tous les ans.  

L'Espagne, terre d'infirmières

L'Espagne est un des seuls pays en Europe à ne pas avoir de numerus clausus ou de quota pour l'accès au diplôme d'infirmier. La crise aidant, le pays est devenu excédentaire en personnel hospitalier. Et avec un taux de chômage chez les 16-24 ans avoisinant les 57.22%, il ne faut pas s'étonner du goût prononcé de certains jeunes infirmiers pour l'étranger.

Seul problème à  leur arrivée, la barrière de la langue. Au Royaume-Uni, des groupes de patients dénoncent le manque de rigueur dans la sélection des infirmiers. Ces derniers maîtrisent mal la langue de Shakespeare. Des cours de langues sont dispensés, dans certains hôpitaux, durant les trois premiers mois des nouveaux infirmiers.

Le même problème se rencontre également en France et en Allemagne. Pour conserver sa formidable popularité à travers toute l'Europe, les infirmiers espagnols ont donc intérêt à progresser en langue vivante. 




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