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Les hôpitaux européens en état d’urgence

jeudi, 17 octobre, 2013 - 08:27

Les services des urgences sont défaillants en France comme en Italie et au Royaume-Uni. Les lits manquent, la coordination est désastreuse et les heures d'attente interminables. Il existe pourtant un pays où les urgences fonctionnent, c'est l'Allemagne. Visite édifiante des urgences à Londres, Rome et Munich.

Ras-le-bol! C'est le sentiment général d'une bonne partie des urgentistes français. Le système arrive à saturation. En début de semaine, les médecins urgentistes ont décidé de faire la grève du téléphone. Si la direction a besoin de lits pour les patients, qu'elle les cherchent elle-même! Cette activité chronophage occupe jusqu'à 30% du temps de travail des urgentistes au quotidien.

Pour le porte-parole de l'association des médecins urgentistes, Christophe Prudhomme, la situation atteint le point de non retour:

L'accès au soin, en France est de plus en plus difficile. Les médecins spécialisés se trouvent dans les grandes agglomérations. Ces derniers pratiquent des honoraires exorbitants. Pas étonnant que les gens aillent se réfugier aux urgences. Et les coupes budgétaires orchestrées par la loi 'Hôpital, Patient, Santé et territoires' de 2009 n'ont rien arrangé."

Et ce ne sont pas les annonces de Marisol Touraine qui rassureront les urgentistes. La ministre des Affaires sociales et de la Santé avait annoncé, en début d'année à nos confrères de France Inter, une série de mesures pour améliorer la situation de l’hôpital public et des urgentistes.

                       
L'apport de 1,6 milliard d'euros pour l’hôpital public et la création du métier de gestionnaire de lits faisaient partie des solutions avancées. Une vaste plaisanterie pour Christophe Prudhomme:

Les gestionnaires de lits c'est bon pour les hôtels pas pour les hôpitaux. Comment vont-ils faire pour trouver des lits qui n'existent pas?"

Allemagne: une organisation parfaitement huilée

Il y a cependant un pays en Europe où les malades peuvent compter sur leurs hôpitaux en cas d'urgence. Une visite aux urgences du principal hôpital public munichois peut faire rêver un Français habitué aux interminables files d’attente. Devant l’entrée des médecins de garde, seulement trois personnes sont là.

En voyant le triste état du patient qui vient d’arriver, ces derniers lui demandent de passer devant eux. Auscultation, examens, diagnostics… tout se fait très vite. Et gratuitement puisque les personnes qui dépendent de l’assurance publique n’ont pas un centime à débourser.

Le nombre limité de patients dans les hôpitaux allemands a trois principales explications.

Le pays compte déjà 18% de lits hospitaliers de plus que la France, même si les établissements français ont presque deux fois plus de personnel par lit qu’en République fédérale, selon l’Institut Thomas More. Cela permet à la république fédérale de mieux gérer son système hospitalier tout en dépensant moins d’argent.

"L’organisation allemande" fait également des merveilles aux urgences. Un patient est d’abord interrogé par une infirmière avant de voir un jeune docteur. Si le cas est grave, un senior arrive suivi d’un médecin chef.

Une jeune femme enceinte est ainsi prise en charge aux urgences alors que sa grossesse est loin d'être arrivée à terme. Pour les médecins de garde c'est un accouchement extrêmement urgent d’un grand prématuré. En moins de 30 minutes elle est dans une salle d’opération et prise en charge par plus de 15 professionnels, puis le nouveau-né est placé en salle de soin sous la surveillance de quatre infirmières. 

La clé de cette réussite: en Allemagne, les urgences sont réservées aux cas nécessitant une réponse médicale immédiate et ne sont pas des cabinets de consultation pour des malades ne voulant, ou ne pouvant pas, s'adresser à un médecin généraliste en ville.

Royaume-Uni: urgence mortelle

Les urgences britanniques sont gratuites. Ouvertes à tous, qu'on soit sujet de sa Majesté ou non. Et pourtant, ils bénéficient d'une des pires réputations en Europe.

A leur arrivée aux urgences, et après leur enregistrement, les patients doivent être auscultés par un médecin. Apparaît alors le premier souci: la gravité estimée de leur cas n’influe généralement pas sur leur ordre de passage, puisque l’ordre d’arrivée prévaut:

Tous nos patients sont traités de manière égalitaire,"

explique une réceptionniste.

Un nouveau-né ou une personne âgée ne passera ainsi pas avant un trentenaire, malgré sa résistance plus faible, surtout dans un environnement connu pour n’être pas véritablement sain. Ce qui peut s’avérer dangereux lors que l’attente s’avère interminable:

De nombreux services d’urgences se concentrent désormais sur le nombre de personnes qui attendent jusqu’à douze heures avant de voir un médecin et elles ont donc rangé de côté l’objectif officiel de quatre heures, car il est trop difficile à gérer,"

assure Mike Clancy, le président du collège de médecine d’urgence:

Pourtant, nous savons que cela est dangereux, que la mortalité est associée à la surcharge de patients."

Italie: situation explosive

Des médecins au bord de la crise de nerf, des malades soignés à même le sol, d’autres entassés dans des cagibis par manque de place… Bienvenue aux urgences italiennes. Une situation explosive due aux coupes effectuées dans la Santé par le gouvernement Berlusconi puis par les technocrates de Mario Monti. A noter également la mauvaise habitude des Transalpins à se rendre aux urgences au premier bobo.

Pour inverser cette tendance, le gouvernement Monti augmente en 2012 le montant du ticket modérateur. Il passe de 10 à 25 euros et atteint même dans certaines régions les 50 euros. Seuls les chômeurs, les SDF et les enfants de moins de six ans ne le paient pas:

L’introduction du ticket modérateur aux urgences devrait pousser les Italiens à prendre rendez-vous avec leur médecin de famille où les visites sont gratuites "

estime Marco Macrì, urgentiste dans un hôpital de la banlieue romaine.

Pour trier les malades, les hôpitaux appliquent un système de codes basé sur trois niveaux indiquant la gravité de la situation du patient. Un système cohérent, mais qui se heurte à d'interminables, coûteux et souvent inutiles examens que les médecins, échaudés par l'explosion du nombre de plaintes devant les tribunaux, multiplient à l'envie.




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