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Européen cherche maison à partager

jeudi, 17 octobre, 2013 - 09:39

Vivre ensemble, mais chacun chez soi: ce week-end, l'habitat participatif ouvrait ses portes dans toute la France. L'occasion de découvrir ce mode alternatif d'habitat, encore embryonnaire dans l'Hexagone, mais que plébiscitent déjà de nombreux Européens.

Excentrique, anecdotique, branché, utopique? L'habitat partagé ne convainc pas toujours. Une idée "de bobos" ou même de "soviétiques", peut-on lire ici ou là:

De quoi s'agit-il? Entre habitat individuel et collectif, l’habitat participatif (ou habitat groupé) se définit comme "un regroupement de ménages qui mutualisent leurs ressources pour concevoir, réaliser et financer ensemble leur logement, au sein d’un bâtiment collectif".

Le projet est porteur d'une ambition, au-delà de l'avantage financier: permettre à chacun de vivre selon ses aspirations, "en particulier en matière de vie sociale et d’écologie", défend Coordin’Action, un regroupement d’associations de groupes d’habitants.

  • Partager, un remède à la crise?

Si l’habitat participatif n’a pas vocation à résoudre la crise du logement, il doit y concourir largement et essaimer un autre rapport à la propriété, non spéculatif, à mi-chemin entre la location et la propriété privée",

défendait la ministre de l'égalité des territoires et du logement, Cécile Duflot, il y a près d'un an.

La crise du logement reste en effet aiguë en France, encore aujourd'hui, même si les conditions de confort se sont globalement améliorées depuis les années 50. La Fondation Abbé Pierre estime qu'elle concerne "de près ou de loin (…) 10 millions de personnes". L'Hexagone se situerait au 18e rang sur 24 pays de l'Union, pour la part de sa population vivant dans un logement de mauvaise qualité (électricité défaillante, humidité…). Une mauvaise place qui ne permet pas pour autant de conclure à une situation satisfaisante sur le reste du continent: au niveau européen, 30 millions de personnes seraient mal logées (Eurostat).

  • Repenser l'habitat

Près des trois quarts des Européens sont propriétaires de leur logement (73,5 %), les autres (26,5%) étant locataires (Eurostat).

Il est urgent de repenser le logement au-delà de la seule alternative location / propriété individuelle",

lançaient, en 2011, l'association Habicoop et la Fondation Abbé-Pierre dans leur appel "pour le soutien aux initiatives d’habitat coopératif"*. Le texte résume les différentes formes d'habitat alternatif: 

(…) habitat en auto-promotion, coopératives d’habitation, habitat coopératif diffus et divers projets d’habitat groupé participatif. (…) La coopérative est propriétaire des logements qu’elle loue à ses coopérateurs en échange d’un loyer et d’achat de parts sociales. Les habitants sont donc propriétaires collectivement du bien, mais locataires individuellement".

  • Le retard français

Après plusieurs tentatives avortées, cet appel -ainsi que les pressions de nombreux groupes et associations- semble finalement avoir été entendu. Le projet de loi ALUR (pour l’Accès au Logement et un Urbanisme Rénové) présenté par le gouvernement cette année crée enfin un cadre légal pour l’habitat participatif. Car si les initiatives existent déjà en France (on en compterait environ 200**), la spécificité de ce type de logement n'est jusqu'ici pas reconnue aux yeux de la loi. Adopté par l'Assemblée nationale en septembre, le texte entre en discussion demain au Sénat.

Cette loi, si elle était adoptée, permettrait de "combler une carence de la loi française", se félicite Cécile Viallon, coprésidente de l’association Eco habitat groupé, dans les colonnes de Libération. "Un vrai retard", affirme-t-elle, "car le statut de coopérative d’habitants est classique dans de nombreux pays européens". A commencer par l'Allemagne.

En Allemagne, jusqu'à 20% des logements neufs sont "participatifs"

L’Allemagne est le berceau de l’habitat groupé et participatif. Ceux-ci représenteraient entre 15 et 20% des logements neufs alors qu’ils étaient quasiment inexistants avant les années 1990. Ils ont pris leur essor notamment après les réussites de Tübingen et de Fribourg-en-Brisgau. Au milieu des années 1990, ces villes ont réussi à transformer et réinvestir les espaces rendus disponibles par le départ des militaires français.

  • Les Baugruppen s'emparent des casernes

Les anciennes casernes sont devenues des modèles d’habitats participatifs et écologiques, menés par des citoyens motivés et regroupés en Baugruppen, ou groupes de construction. Formule la plus utilisée dans l’habitat participatif allemand, ces Baugruppen consistent en la formation d’un groupe de propriétaires définissant au préalable le projet, les espaces communs etc.

  • Partager = économiser

Au total, on estime que ces constructions coûteraient 25% de moins que des logements neufs de même type entrepris à titre individuel. Par ailleurs, face au défi que représente le vieillissement de la population allemande, le pays voit se développer les initiatives destinées aux personnes âgées.

Les régions allemandes soutiennent différemment ces projets, le plus souvent par le biais des mairies qui proposent des terrains disponibles. A Hambourg, autre ville-Etat en pointe en la matière, une agence finance et organise les services destinés à informer les groupes et coopératives. Elle participe aussi à la formation de nouveaux groupes et projets et apporte un soutien en matière administrative et bureaucratique.

Au Royaume-Uni, un appel au soutien public

  • Faiblesse record des constructions

Dans un contexte de grave crise du logement, l’opposition travailliste assure que le niveau de construction est à son plus faible niveau depuis presque cent ans. L’association Shelter a demandé à la fin de l’été un soutien dans la construction de logements partagés.

  • 600.000 logements partagés: l'appel de l'association Shelter

Avec £12 milliards (13,7 milliards d’euros), soit moins de 1% du PIB, l’organisation caritative estime que l’Etat pourra construire 600.000 logements partagés et ainsi permettre à la moitié des familles qui louent dans le privé d’acquérir un logement. Sans cette initiative, une famille pauvre sur quatre serait obligée de louer dans le privé d’ici à 2020, et se retrouverait ainsi dans des logements coûteux et exigus.

Parallèlement à cet appel, de rares initiatives de logements coopératifs existent dans le pays. Ils représentent moins de 0,1% des logements du pays.

En Grèce, débrouille et logements en partage

  • Le rêve de la maison individuelle

Peuple de réfugiés -par vagues successives suivant les soubresauts de l’Histoire-, ou peuple de marins: l’ancrage dans une maison à soi est un rêve dominant chez beaucoup de Grecs. Cet attachement a été renforcé par la pratique de la dot légale, puis informelle, qui obligeait tout parent à fournir un logement à chacune de ses filles jeunes mariées.

D’où cette vision que connaissent bien les touristes en Grèce, de ces maisons à plusieurs étages, non finies, des fers à béton émergeant aux quatre coins de la terrasse, prêts pour un nouvel étage -une nouvelle génération familiale. Une culture de la propriété dont résulte ce chiffre, des années d’avant la crise: entre 75 et 85% de la population est propriétaire -le plus haut chiffre d’Europe d'alors.

  • L'augmentation des impôts fonciers

Mais la Troïka est passée par là, découvrant un filon inexploité. Et les impôts fonciers se sont multipliés sous des noms exotiques pour les Grecs: taxes d’enregistrement, d’occupation, de non-occupation, de rénovation… Pourtant, sans état des lieux des propriétés (rappelons que la Grèce n’a toujours pas de cadastre), l'évaluation de ces taxes se base sur la facture d’électricité. Bien qu'illégale (rejetée par le Conseil d’Etat), cette option est appliquée. En cas de non-paiement, le courant est coupé. Et il est question que la loi interdisant la récupération par les banques de la résidence principale en cas de non-remboursement de dettes soit bientôt levée. Une décision qui laisse craindre une crise -une de plus!- de subprimes.

  • Plusieurs générations sous le même toit

Tout ceci ajouté aux réductions drastiques de leurs revenus, les Grecs ont dû trouver des solutions de survie. Des familles se sont regroupées en tribus dans un même appartement. Aujourd'hui, ce regroupement se fait sur un espace plus petit, un appartement ou deux, pour réduire les frais. Les observateurs estiment d'ailleurs que la surface d'habitation occupée par les Grecs a baissé de 30 %, rien que pour ces deux dernières années.



*Habicoop et la Fondation Abbé Pierre évoquent le terme d'habitat "participatif" dès lors que les habitants sont associés à sa gestion ou conception.

**L’ADESS (Association pour le développement de l’économie sociale et solidaire), une association de Brest, a engagé début 2011 un recensement des projets d’habitat participatif en France. Début décembre, elle en a dénombré plus de 250. Ce recensement comprend également les réalisations d’habitat autogéré des années 1970-1980.




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