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Royaume-Uni: le tourisme médical rapporte des millions

vendredi, 25 octobre, 2013 - 13:04

A en croire le ministre de la santé britannique, le tourisme médical est un abus qu'il est urgent d'enrayer. Mais une récente étude discrédite cette croisade gouvernementale: les patients étrangers rapporteraient des millions au Royaume-Uni.

"Le tourisme médical génère des millions" titrait hier The Guardian. Le ministre de la santé britannique se serait bien passé de cette annonce pourtant positive. Car en chiffrant les bénéfices -trop souvent oubliés- engendrés par les patients étrangers au Royaume-Uni, une récente étude met en cause la politique de santé du gouvernement. 

Une taxe "santé" pour les étrangers

Décourager les abus et en finir avec le tourisme de la santé: c’est en effet le dernier cheval de bataille en date du ministre britannique de la santé, Jeremy Hunt, qui entend bien mettre son grain de sel dans la politique migratoire. Son idée: faire payer aux étrangers (plus précisemment aux migrants temporaires, présents de six à douze mois sur le territoire) une taxe annuelle supplémentaire de 235 euros, pour compenser les charges qu’ils feraient peser sur le système de santé public, la NHS (National Health Service).

C’est le moment d’agir pour défendre la NHS en tant que service de santé national, et non international. Alors que la NHS est déjà sous pression à cause de l’accroissement de l’âge de la population, il n’est pas juste que d’importants montants d'argent public soient perdus pour des soins donnés à des personnes qui devraient payer depuis leurs pays d'origine", 

s'indignait Jeremy Hunt cette semaine. 

Vous êtes plus susceptibles d'être pris en charge par un immigrant que de vous heurter à un touriste médical dans la file d'attente",

réagissait le Dr Clare Gerada, président du Collège royal des médecins généralistes. Un sentiment confirmé par l'étude, largement documentée, de la London School of Hygiene et la Tropical Medicine and York University.

Des touristes médicaux made in UK

Les chercheurs ont constaté que l’afflux supposé d’étrangers venant "profiter" du système de santé britannique est à relativiser:

  • D'une part, ce mouvement est inférieur à celui des résidents du Royaume-Uni se rendant, également pour raisons médicales, à l'étranger. Ainsi, en 2010, seulement 52.000 personnes sont venues au Royaume-Uni dans le but de s’y faire soigner, contre 63.000 nationaux qui ont fait le chemin inverse. Notons que les citoyens britanniques cherchent principalement dans les cliniques et hôpitaux de leurs voisins l’accès à des soins auxquels ils n’ont pas droit chez eux (traitements liés à la fertilité, chirurgie esthétique…) ou pour lesquels l’attente est trop longue.
  • Par ailleurs, ce flux migratoire est relativement stable sur la dernière décennie, alors que le nombre de résidents du Royaume-Uni se rendant à l'étranger s'accroît sur la même période. 

Le Royaume-Uni est désormais un exportateur de touristes médicaux",

conclut l'étude.

Les bénéfices du tourisme médical

Les chercheurs ont par ailleurs tenté de répondre à la question des coûts et des bénéfices du tourisme médical. Ils sont affirmatifs: les étrangers apportent plusieurs millions d'euros au système de santé britannique.

Dix-huit hôpitaux (choisis pour être les plus suceptibles d'accueillir des étrangers) ont été passés au crible. Les touristes médicaux y ont directement injecté 50 millions d'euros. Une somme élevée au regard de la proportion de patients traités: en effet, au sein des hôpitaux analysés, les touristes médicaux représentent 7% des patients mais génèrent 25% des revenus. Le fait que les étrangers se déplacent pour des traitements médicaux spécialisés, nécessitant des procédures plus coûteuses que la moyenne, explique en partie ce décalage.

Par ailleurs, ces "touristes médicaux" sont aussi de simples "touristes": chaque année, dans l'ensemble du Royaume-Uni, ils dépenseraient quelque 260 millions d'euros en hôtels, restaurants, shopping et transports.

Les touristes médicaux entrant au Royaume-Uni offrent un potentiel de revenus très élevés pour la NHS",

conclut l'étude. Dès lors, pour Johanna Hanefeld, l'une de ses contributrices, les orientations de la politique actuelle, et notamment les derniers chiffres publiés"ont bien plus à voir avec l'inscription de l'immigration à l'agenda gouvernemental qu'avec la santé".


*Voyager à l'étranger pour accéder à un traitement médical est un phénomène communément appelé "tourisme médical"




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