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En Grande-Bretagne, on apprend à tirer avant de pouvoir voter

lundi, 28 octobre, 2013 - 15:17

Le Royaume-Uni est le seul pays d'Europe à autoriser les jeunes de 16 ans à s'engager dans l'armée. Selon un rapport de l'association Forces Watch, ces ados ont plus de chances de développer un syndrome post traumatique à la suite de leur enrôlement.

La Grande-Bretagne recruterait-elle ses soldats trop tôt? C'est ce que démontre l'association Forces Watch dans un rapport paru aujourd'hui. Elle y énumère les nombreux risques encourus par les jeunes recrues de l'armée britannique. Des soldats de 16 ans. Le Royaume-Uni est en effet l'un des 19 États dans le monde à permettre aux citoyens de s'engager dans l'armée… avant même de pouvoir voter.

                             

Une fois le contrat signé, la nouvelle recrue passe par six mois de formation. A la fin de cet entrainement, le jeune soldat pourra choisir de quitter l'armée ou bien de poursuivre son entrainement. S'il accepte, il s'engage pour au moins six ans.

Les nouveaux enrôlés ne peuvent être envoyés au front avant l'âge de 18 ans. Une fois la majorité atteinte, ils ont, selon le rapport, de fortes chances de rejoindre l'infanterie. Un tiers des membres de cette unité ont moins de 20 ans alors qu'ils ne composent que 14% de l'ensemble des forces armées britanniques.

Problème, les jeunes recrues sont psychologiquement plus exposées et fragiles. 26% des 18-24 ans s'exposent ainsi à l'alcoolisme contre 13% pour les soldats plus âgés. Le taux de suicide des soldats de moins de 20 ans explose depuis ces dernières années (+82%) et les risques de développer un syndrome post traumatique sont considérablement élevés pour cette classe d'âge.

Recruter dès l'école

Le rapport insiste également sur "l'endoctrinement" pratiqué dans les écoles anglaises pour inciter les jeunes à s'engager. Depuis 2012, le Royaume-Uni a mis en place, dans les établissements scolaires, la politique du "military ethos". En réhabilitant, auprès des plus jeunes, le modèle militaire, le gouvernement prétend promouvoir "l'autodiscipline, l'estime de soi, le travail d'équipe et le leadership".

Des soldats viennent visiter les classes régulièrement. Des brochures sont fournies aux jeunes étudiants. David Buck, recruté à l'âge de 17 ans dénonce pour le site d'information en ligne du Guardian les techniques proches du marketing qui l'ont amené à s'engager dans l'armée. Le jeune homme va jusqu'à affirmer qu'une commission est touchée par chaque soldat qui recrutera un adolescent.

                               

Le gouvernement britannique nie en bloc les accusations de l'association :

Il est absurde de prétendre que les recruteurs touchent une commission pour chaque nouvelle recrue. Pendant le processus de recrutement, nos recrues potentielles sont bien informées et les risques liés au service dans les forces armées sont constamment rappelés. […] Il est également important de mettre ces chiffres en perspective. Des études indépendantes démontrent que le taux de suicide chez les soldats n'est pas supérieur à celui du reste de la population."

La porte parole souligne également les avantages de l'armée. Une nouvelle recrue touche au minimum 275 livres (322 euros) par semaine soit 1.100 livres par mois (1.290 euros). Un salaire légèrement supérieur au revenu minimum britannique.

Mauvais investissement ?

Des améliorations dans la prise en charge des jeunes soldats devraient cependant entrer en vigueur. Le ministère de la Défense promet un investissement de 7,4 millions d'euros prochainement afin de réduire le nombre de maladies mentales chez les soldats et aider à l'amélioration des services.

Chaque année, près de 94 millions de livres sont dépensés dans la formation de ces soldats en herbe de moins de 18 ans, note l'association Child Soldier International. À ses yeux, remonter l'âge du recrutement à 18 ans engendrerait de sérieuses économies: le coût de formation serait moitié moins élevé. Le coût de la formation initiale des mineurs (de 23 à 50 semaines contre 18 pour les adultes) et le taux d'abandons plus élevé chez les 16-17 ans (36,6%) sont les deux facteurs principaux de l'alourdissement de la facture. Des chiffres que le ministère de la Défense a également contesté. Omerta sur l'armée britannique oblige.




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