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Un « ange blond » et beaucoup de questions

lundi, 28 octobre, 2013 - 11:54

Comment en est-on arrivé là ? Au-delà de l'avenir en pointillé de la fillette, l'affaire de "l'ange blond" a fait émerger de graves questions. Retour et explications sur les dysfonctionnements en série de l'État grec et sur un emballement médiatique.

Tout est parti de ce que les autorités appellent un "contrôle de routine" dans un camp tzigane à Farsala, en Thessalie, au cœur de la Grèce profonde. La police ne recherche alors rien d’autre que des cigarettes de contrebande ou de la drogue. C’est pourtant avec une fillette blonde que les policiers repartiront, jugeant suspecte la présence dans cette famille rom de celle que la presse baptisera désormais "l’ange blond".

Le feuilleton peut commencer : test ADN, arrestation des parents, soupçon de trafic d’enfants. Interpol s’en mêle, des milliers de parents d’enfants disparus se manifestent, le monde entier attend de savoir qui est "l’ange blond", Maria de son véritable prénom. On finit par découvrir que l’enfant est né en Grèce, de parents tziganes bulgares, venus travailler en saisonniers pour la cueillette des olives. Sans argent, ni papiers, ils l’avaient laissée auprès d’une autre famille rom, en Grèce. Avec ou sans contrepartie, l’enquête poursuit son cours.

La petite fille est actuellement hébergée par une association privée, Το χαμόγελο του παιδιού ("Le sourire de l’enfant"). Maintenant que les tests ont prouvé à 99% qu’elle est issue d’une famille rom bulgare, il est fort à parier qu'elle sera transférée sous peu vers un centre en Bulgarie (il est question d’un centre pour enfants retardés), où la petite Maria, déracinée à nouveau, devra s’adapter à de nouveaux visages et apprendre une langue inconnue.

Elle devrait ensuite être remise à une famille d’accueil, et non à ses parents biologiques. Les "faux" parents grecs restent emprisonnés et les parents biologiques bulgares vont l’être aussi. La justice devra déterminer s’il y a eu ou non trafic d’enfant. La sentence risque d’être lourde. Quid alors des 10 enfants du premier couple et des 9 du second?

Au-delà de l'avenir en pointillé de la fillette, l'affaire de "l'ange blond" fait émerger de nombreuses questions, autant sur le fonctionnement de l'État grec qu'à propos de la machine médiatique ou du rôle de l'UE.

Les dysfonctionnements de l’État grec

1. Au niveau de l’état-civil

Pour enregistrer une naissance en Grèce, une simple déclaration sur l’honneur dans une municipalité suffit. Comme les services municipaux ne sont pas connectés entre eux, la fraude est aisée. C’est ainsi que le père grec présumé de la petite Maria a pu déclarer 5 autres enfants en l’espace d’une seule année.

Selon Georges Kaminis, le maire d’Athènes, le nombre de déclarations irrégulières a été multiplié par 8 depuis 2011. Il vient d’ailleurs de limoger le directeur de l’Etat-civil de la capitale, où la fillette avait été enregistrée en 2009.

2. Au niveau de l’adoption

Toutes les associations de protection de l’enfance critiquent régulièrement la législation grecque sur ce sujet. Car en parallèle de l’adoption publique, supervisée par la justice, existe un système d’adoption privée, sur la base d’un accord, devant notaire, entre la mère naturelle et les parents adoptifs.

Ce qui semblerait être le cas d’une autre affaire, découverte cette même semaine sur l’île de Lesbos: une petite fille rom, achetée 4.000 euros, par un couple de riches Grecs sans enfants.

3. Au niveau du trafic d’enfants

Il existe en Grèce, un trafic de mineurs venus des Balkans, principalement de Bulgarie et de Roumanie. Des enfants forcés au travail domestique, à la mendicité, à la prostitution, ou vendus à des couples sans enfants. Lambros Kannelopoulos, président de l’UNICEF Grèce, parle de plus de 3.000 enfants, en ce moment, entre les mains de la criminalité organisée. Et une totale inaction de l’Etat grec face à la souffrance de ces enfants, qu’il n’est pas en mesure de protéger. Quand il n’y a pas connivence. La récente enquête d’une journaliste infiltrée dans un camp rom a en effet permis de mettre à jour un trafic d’enfant orchestré par une policière: elle-même chargée de l’affaire, c’est à elle que devait finalement aller l’enfant…

Plus grave encore, cet été, une demande d’explication a été formulée par une députée de la Gauche démocratique au ministre de la Justice à propos de la disparition ex-nihilo de 502 enfants roms albanais, hébergés par la fondation publique Aghia Barbara, entre 1998 et 2002. La question est, à ce jour, sans réponse…

Le traitement m​édiatique

Comment une affaire banale, c'est-à-dire relativement courante dans l’actualité grecque, a-t-elle pu prendre une telle ampleur mondiale? Le portrait de "l'ange blond" s’est ainsi retrouvé en photo grand format en couverture du New York Times et à la Une de tous les grands médias internationaux, des jours durant. Une affaire qui s’est dégonflée comme une baudruche, mais qui a monopolisé l’attention en ces temps d’espionnage aigu, de crise économique multiforme et de montée inquiétante du fascisme en Europe.

"L’ange blond", contre-feu médiatique du diablotin brun (Leonarda), comme l’écrit si joliment ce matin la scénariste à succès de feuilletons télévisuels, Eleni Akrita, dans le quotidien Ta Nea ? Le comique (si comique il y a) est que le scénario s’est reproduit à l’identique le jour suivant en Irlande (enfant blonde, parents basanés) mais là, les tests ADN ont démontré une vraie filiation…

La situation dramatique des Roms en Grèce (et dans les Balkans)

En Grèce, les conditions de vie des Roms sont innommables. Le focus médiatique de ces derniers jours doit poser de façon ouverte le scandale des subventions européennes (qui se chiffrent en milliards), qui ne sont jamais arrivées à destination de ces populations ou ont été dépensées pour une "communication" inefficace.




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