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L’autoroute Berlin-Istanbul s’embourbe en Bohème

jeudi, 31 octobre, 2013 - 15:22

Relier Dresde à Prague par l'autoroute: en 1998, personne n'imagine que le chantier ne sera toujours pas terminé 15 ans plus tard. Impacts sur l'environnement, négligence, corruption... La polémique est toujours vive. Deuxième volet de notre série sur les grands projets transfrontaliers en Europe.

Parfois les retards ont du bon. C’est le cas de la construction de l’autoroute A17, appelée D8 en République Tchèque, ou Porte de la Bohème, qui doit relier la ville allemande de Dresde à Prague. Enjeu économique évident pour l'Allemagne et la République Tchèque, l’A17 a aussi, plus largement, une dimension européenne puisqu’elle permettrait de compléter l'autoroute entre Berlin, Budapest, Sofia et Istanbul.

Glissement de terrain

Les travaux ont débuté en 1998 et auraient dû être achevés en 2006… Mais il manque toujours 16,2 kilomètres de tronçon côté tchèque entre les communes de Lovosice et de Teplice. Or c’est justement sur une partie de ce tracé qu’a eu lieu, le 7 juin dernier, un important glissement de terrain.

Il est peut être bon que ces travaux aient duré si longtemps. Imaginez ce qui serait arrivé si des voitures avaient roulé sur cette autoroute le 7 juin…",

commente Miroslav patrik, de l'association environnementale Detí Zeme ("Enfants de la terre"). Si l’autoroute avait été achevée, le bilan humain aurait en effet pu être très lourd. Même le ministre tchèque des transports Zdenek Zák a crié au scandale, regrettant que

Cette autoroute passe à un endroit où elle n’aurait jamais dû passer".

Impacts écologiques et boulet économique

Cette catastrophe naturelle a relancé le débat sur la construction de l'autoroute. Du côté allemand, les polémiques entourant le projet ont été nombreuses dans les années 1990. Les associations écologistes ont dénoncé un tracé traversant des zones naturelles protégées. A Dresde, en 1995, une initiative populaire a permis de modifier le projet initial.

D'autre part, l’autoroute a été jugée trop coûteuse. Pour traverser la vallée du Danube, il a fallu construire de nombreux tunnels et ponts. Au final, les 45 kilomètres allemands de l’A17 ont coûté la bagatelle de 680 millions d’euros. Les autorités du pays ont toutefois tenu les délais: leur tronçon a été inauguré le 21 décembre 2006.

Coté tchèque, la situation est bien différente. Certes un tronçon entre Prague et Lovosice est ouvert depuis 2000, et un autre à la frontière avec l’Allemagne depuis 2006, mais non sans avoir fait l’objet de polémiques: manque de transparence dans la construction d’un pont, écoulement de produits toxiques dans une rivière lors de la construction d’un tunnel… Quid enfin des 16,2 kilomètres intermédiaires?

Procès et corruption

Le projet a été suspendu durant des années par une succession de quatorze procès intentés, entre autres, par des associations écologistes. Elles refusaient que cette autoroute traverse la zone volcanique naturelle protégée de Ceske Stredohori. Leur tracé alternatif, qui aurait contourné la zone et allongé de 10 km le projet initial, a été rejeté par les autorités. Ces dernières ont finalement dû délivrer une autorisation spéciale pour permettre l’aboutissement du premier tracé. Les travaux entamés en 2007 ont depuis continuellement été interrompus et la date de mise en service repoussée.

Le ras le bol est tel que le ministre tchèque des transports en personne, Zdenek Zák, a récemment dénoncé la "corruption" et "l’incompétence" des acteurs impliqués. Le glissement de terrain de juin dernier en est un exemple criant: un rapport d’experts réalisé en 2004 avait ouvertement fait état de tels risques. Il préconisait alors de construire un tunnel pour la coquette somme de 420 millions d’euros. Jugée trop coûteuse, l’idée avait été rejetée avec les conséquences que l’on connaît aujourd’hui.

Patate chaude

Fin octobre, le premier ministre tchèque Jiri Rusnok a évoqué sa "honte" concernant la gestion calamiteuse de ce dossier et promis une ouverture de l’autoroute en 2015. Nouvelle promesse en l’air? Ce calendrier semble utopique à tenir, car l’idée de construire un tunnel pour traverser la zone en question refait surface. Quant aux coûts, ils ne cessent de croître. Avant même le glissement de terrain, ils avaient déjà quintuplé par rapport au budget initial, malgré le soutien de fonds européens.

Véritable patate chaude, cette autoroute est l’un des dossiers polémiques dont va hériter le gouvernement tchèque. Un baptème de feu pour la nouvelle équipe, actuellement en formation suite aux élections du 25 et 26 octobre.




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