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Réouverture en fanfare de l’académie Liszt à Budapest

mercredi, 30 octobre, 2013 - 16:08

Budapest a retrouvé son joyau : l’Académie Liszt a rouvert en grande pompe. Entre concurrence internationale avec Vienne et formation de nouveaux talents, la capitale hongroise compte donner à ce temple de la musique classique et folklorique une seconde jeunesse.

On finissait par ne plus y croire, mais c'est fait: la façade de l’académie Liszt (Liszt Ferenc Academy) de Budapest s’est enfin débarrassée des échafaudages qui l’avaient fait disparaître du paysage urbain depuis trois ans.

Fondée en 1875 dans une Budapest alors en plein boom

La salle de concert de l’académie peut désormais reprendre ses marques sur la place Ferenc Liszt, adossée à la rue Király, porte d’entrée du bouillonnant quartier juif de la capitale hongroise. A l’intérieur, après plus de dix ans de travaux, c’est comme si chaque feuille d’or avait été méticuleusement redessinée, traduisant toute l’opulence de la Sécession hongroise. Ici Dionysos et Apollon s’invitent sur les murs, ornés de célèbres céramiques de Zsolnay.


Lors de la soirée d'inauguration, le 22 octobre (photo/ zeneakademia.hu)

Fondée par Ferenc (de son nom de baptème) Liszt en 1875, l’académie a vu le bâtiment qui l’abritera sortir de terre en 1907. Renommé en 1925, en l’honneur du maître qui n’en n’aura jamais franchi le seuil, l’institution tient une place de choix dans le cœur des Hongrois. "A l’époque, rappelle l’actuel recteur de l’académie, András Batta, tout ce petit monde était très jeune, les architectes, les compositeurs, les directeurs…". Budapest, co-capitale de l’empire austro-hongrois, était alors en plein boom.

Nul doute qu’une rénovation d’une telle ampleur (14 millions d’euros, financée à 90% par l’Union européenne) tombe à pic pour refaire vivre les années fastes, à l’heure où la morosité économique domine. L’équipe dirigeante de la Zeneakademia ("l’école de musique") y croit fort:

La Liszt Academy est une marque mondiale, nous jouons dans la cour des grands",

lance Imre Szabo Stein, directeur de la communication de l’institution. Ce touche-à-tout écrivain et présentateur de télévision est passé par la case MUPA, le palais des Arts de Budapest, avant de rejoindre les rangs de l’académie.

Et à réputation mondiale, communication d’envergure. L'académie a été jusqu'à s'afficher a été jusqu’à s’afficher en grand format sur le tram qui longe le grand boulevard de la capitale. "Nous avons lancé un double nouveau logo, un nouveau site, une série de vidéos…", énumère M. Stein.

En compétition avec Vienne

Budapest reine du classique ? Bien souvent, musique classique évoque davantage la prestigieuse voisine, Vienne. Peut-être à tort, remarque Imre Szabo Stein, qui ne manque pas l'occasion de pointer les compétences marketing de la capitale autrichienne, concurrente, qui "a su asseoir sa réputation en étant capable de promouvoir tous ses spectacles, jusqu’aux concerts les plus médiocres". Budapest, en est-il sûr, n'a pas à rougir et la compétition ne lui fait pas peur : 

Budapest compte plus d’une dizaine d’orchestres d’envergure permanents, c’est plus que Vienne ! Je ne peux parler que pour ma paroisse, et même si notre budget n’est qu’une fraction de ce qu’investissent les Viennois, je pense qu’en y mettant du nôtre, on peut tout à fait parvenir à donner le ton".

Le vivier ne manque pas, en tout cas. Les quelque 831 étudiants répartis dans douze filières de l’académie se donnent eux-mêmes en spectacle certains soirs: "l’académie de musique et la salle de concert font une, c’est une vrai rareté". L’école compte des prodiges à la pelle. Comme ce gamin de 15 ans, Gergely Devich, qui s’en donne à cœur joie sur son violoncelle, ce soir de gala.

La dernière pierre pour Orbán

Une soirée d’inauguration VIP où, pour s’en mettre plein les ouïes, il faut montrer patte blanche. Le duc de Kent et Viktor Orbán ont fait le déplacement. Le premier ministre a sorti la cravate jaune pour l’occasion, assortie d’un discours de veille de fête nationale, honorant les révolutionnaires de 1956: "La langue hongroise si particulière est à fois notre meilleur allié et notre pire ennemi", lance l’orateur face à l’orgue monumental de la salle d’apparat. Et de poursuivre, un brin poète:

La musique nous libère, par son intermédiaire nous devenons compréhensibles au reste du monde. Gageons que c’est cela qui a motivé Ferenc Liszt à ouvrir son académie, petit bijou de la Hongrie".

Si la musique classique en Hongrie reste au dessus de la mêlée, loin des luttes de pouvoir qui font rage à quelques mois des élections législatives, le gratin de la classe politique avait tout de même décidé de se montrer ce soir. Et pour cause. La décision de rénover l’académie et son exécution ont impliqué une ribambelle de gouvernements, qui y sont chacun allés de leur contribution. C’est donc le gouvernement de Viktor Orbán, mettant les bouchées doubles, qui aura finalement posé la dernière pierre.


Soirée d'ouverture de l'académie Liszt (photo/zeneakademia.hu)

Pour la Hongrie, la réouverture de l’académie est bel et bien question d’ouverture sur le monde, à l’image de Ferenc Liszt, né à Raiding, une ville située aujourd’hui en Autriche. "Liszt est une vraie figure multiculturelle", remarque András Batta:

Il a poursuivi son éducation au fil des pays et des influences culturelles: française, italienne, allemande. L’académie se veut à son image tout en conservant les bases de la musique hongroises, qui nous distinguent".

La composition des promos en témoigne, l’académie compte actuellement près de 20% d’étudiants étrangers: Japonais, Coréens, Américains, Européens…

Une place faite à la musique folklorique et au jazz hongrois

Autre preuve de son ouverture, cette fois artistique, la Zeneakademia n’est pas la chasse gardée des fanatiques de musique de chambre: l’académie compte également une faculté de musique folklorique ou encore un département de jazz. Un choix qui va de pair avec le caractère pédagogique original de l’institution, temple de la méthode Kodály.

"Non seulement Liszt écoutait déjà de la musique folklorique mais le genre a été la base de la nouvelle génération qui l’a suivi", comme le duo Bartók – Kodály, ces deux compositeurs et ethnomusicologues hongrois de la première moitié du XXe siècle qui parcoururent inlassablement les contrées de Hongrie et d'Europe de l'est, à la rencontre de la musique folkorique.

"On ne peut pas apprendre la musique sans se référer à la musique folkorique, qui continue d’être très populaire aujourd’hui encore en Hongrie". Quant au jazz, "son apprentissage a démarré dans les années 60 -alors que le régime communiste considérait ce genre musical comme dangereux-, et a donné naissance au jazz hongrois, influencé par les musiques folkoriques et Bartók".

De quoi continuer à former des stars, comme récemment Veronika Harcsa, diplômée en 2008 de l'académie Liszt. Cette jeune chanteuse de jazz hongroise, internationalement reconnue, a longtemps caracolé en tête du hit-parade… japonais. Preuve que plus de 100 ans après sa création, l’académie Liszt voyage toujours aussi bien.


Harcsa Veronika and Gyémánt Bálint – Moss and Lichen




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