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La Norvège veut envoyer ses prisonniers… en Suède

mardi, 12 novembre, 2013 - 15:33

Urgent: prisonnier norvégien cherche établissement carcéral. Les prisons du pays sont pleines à craquer. La situation est telle que le ministre de la justice norvégien envisage d'envoyer quelques détenus à son voisin suédois. 

La Norvège jette son dévolu sur les prisons suédoises. Le ministre de la justice Anders Anundsen, vient d'envoyer une lettre à son homologue suédois afin de lui envoyer quelques détenus, nous apprend l'AFP. En Norvège, près 1200 personnes attendent de purger leur peine. Mais toutes les prisons du pays affichent complet.

De son côté la Suède voit sa population carcérale chuter d'année en année. Depuis 2004, le nombre de prisonniers diminue de près d'1% tous les ans. Le record est atteint l'an dernier avec une chute de 6%. Un phénomène qui devrait se renouveler cette année et l'année prochaine. Face à cette situation le gouvernement a décidé de… fermer des prisons. Ainsi, les villes d'Aby, Haja, Batshagen et Kristiandstad verront leur établissement pénitentiaire mettre la clé sous la porte dans les prochains mois. Deux d'entre eux seront vendus. Les autres, vidés de leurs pensionnaires, resteront sous la tutelle de l’Etat.

Comment expliquer cette baisse inédite? Pour Nils Öberg, les raisons sont peut-être à chercher du côté des réformes prises par la Suède sur le plan carcéral.

Nous espérons que les efforts que nous fournissons dans la réhabilitation des détenus et la prévention contre la récidive sont responsables de cette baisse, même si à mon sens, il doit également exister d'autres facteurs. Le pays doit encore faire davantage pour aider les détenus à se réinsérer dans la société."

confie-t-il au Guardian.

Ne pas punir bêtement

Les peines de probations sont légions en Suède pour les délits mineurs (détention de drogue, non-paiement de la pension alimentaire, conduite en état d'ivresse…). Le condamné purge sa peine en liberté, encadré par un tuteur de probation et participe à des travaux d'intérêts généraux et autres programmes d'aides (association contre l'alcoolisme, la toxicomanie…) afin de prouver qu'il peut et qu'il veut se réinsérer dans la société.

Un modèle dont tente de s'inspirer la France. Dans sa grande réforme de la justice, Christiane Taubira veut, elle aussi, promouvoir les solutions alternatives à la prison pour les infractions mineures. Une mesure bienvenue pour régler le problème de la surpopulation carcérale en France. L’Hexagone a encore battu son record en juillet dernier (68 569 détenus). Le taux d'occupation moyen d'une prison en France est de 120%. Résultat du tout carcéral pratiqué jusqu'à maintenant, ces chiffres impliquent la création de nouveaux établissements.

A l'inverse, en Suède, sur 13 000 détenus, 5000 seulement purgent leur peine dans une prison. Et là encore les bâtiments suédois se distinguent.

Prisons ouvertes

La moitié des prisons suédoises sont "des lieux à ciel ouvert". Le condamné est appelé "client". Dans cet établissement, pas de murs dehors, de miradors ou de barreaux aux fenêtres. Chaque prisonnier possède une cellule individuelle et les normes d'hygiènes sont respectées contrairement aux Baumettes. Les "résidents" de ces prisons travaillent. Ils débutent leur journée à 8h pour la finir à 16h et sont rémunérés 40 euros la semaine. Depuis 1998, les détenus peuvent, s'ils ont fait les deux tiers de leur peine, demander à être remis en liberté conditionnelle. Un tuteur de probation reste présent pour les encadrer.

Traitement de luxe? Non, juste une certaine lucidité de la part des Suédois. En 2011 la Cour suprême du pays instaure des peines moins lourdes pour toutes les infractions liées à la drogue. La plupart des détenus de ces prisons ont des peines qui n'excèdent pas les cinq ans de prison. Le système profite également à l'économie du pays. Un condamné en liberté, mais encadré, coûte 13 fois moins cher à l’Etat qu'un détenu incarcéré.

Et n'en déplaise aux détracteurs, le pays n'a toujours pas sombré dans un chaos social où les criminels arpentent les rues, prompts à agresser les honnêtes citoyens. D'après les derniers chiffres d'Eurostat, la Suède demeure l'un des pays d'Europe où le taux de criminalité est le plus faible. On ne compte, par exemple, que 207 policiers pour 100 000 habitants là où l'Espagne en dénombre 506 et la petite île de Chypre… 672.

Le viol : un problème suédois?

Le modèle suédois a néanmoins ses failles. Du moins en apparence. La Suède est le pays d'Europe où il y a le plus de viol. En 2007, près de 53 viols sont enregistrés pour 100 000 habitants selon Eurostat. En France, on n'en compte que 17,3. De là à conclure que la remise en liberté des criminels explique ce nombre important, il n'y a qu'un pas. Cependant, il faut prendre en compte des données spécifiques de cet Etat.

La Suède a une définition bien plus large du viol que les autres pays européens. Ainsi, depuis 2005, il n'est pas nécessaire qu'il y ait eu violence ou menace de violence pour engager des poursuites. Dès que la victime se trouve dans un "état d'impuissance" (endormie ou ivre…) elle peut porter plainte. Des campagnes de sensibilisation se tiennent régulièrement pour inciter les femmes à s'exprimer sur le sujet.

On porte ainsi dix fois plus plainte pour viol en Suède qu'ailleurs en Europe. Les associations féministes sont formelles, rien ne permet de prouver qu'il existe un problème "particulièrement aigu" avec le viol en Suède (voir document ci-dessous). 


Article mis à jour, initialement publié le 12 novembre 2013




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