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Emploi: les 15-25 ans, chaînon manquant

mardi, 12 novembre, 2013 - 14:47

La famille Europe au grand complet ou presque: ce mardi, à Paris, vingt-quatre dirigeants sont réunis autour du chômage des moins de 25 ans. Une réalité plus ou moins aigüe selon les pays, qui touche directement 5,6 millions de jeunes.

Chez nos voisins, la rencontre des dirigeants européens à Paris ne fait pas les gros titres. Il faut dire que ni scoop ni projets forts n'y sont attendus. Il s'agit simplement de "s’assurer que tous les moyens sont mis en œuvre et que la volonté politique est confirmée", de l'aveu même de l'Elysée. 

Etape intermédiaire entre la conférence du 3 juillet dernier à Berlin (lors de laquelle une enveloppe de 6 milliards d'euros avait été annoncée), et un troisième sommet à venir, cette réunion parisienne fait donc à la fois figure de redite et d'ébauche. Lutter contre le chômage des jeunes: l'objectif est pourtant affiché comme une "priorité", voire une "urgence", tant au niveau communautaire, qu'au niveau national, pour la quasi totalité des Etats membres.

5,6 millions de jeunes chômeurs

Les jeunes, on le sait, sont durement touchés par la crise. Pour les quelque 100 millions d'Européens de 15 à 30 ans –ils sont 60 millions dans la catégorie des 15-25 ans- trouver un emploi n'a jamais été aussi difficile.

En septembre 2013, 5,6 millions des moins de 25 ans étaient au chômage dans l’Union européenne des 28 (Eurostat). Un taux de 23,5%, en légère augmentation par rapport à 2012, et deux fois plus élevé que celui de l'ensemble de la population (11%). Un niveau(1) jugé "inacceptable" par la Commission européenne. 

Le chômage des jeunes: un vieux problème européen

Le problème n'est pas nouveau: depuis les années 80, et le maintien des babyboomers sur le marché de l'emploi, le chômage des jeunes n'a pas quitté le débat politique. Mais la crise économique accentue cette exclusion. Aujourd'hui, par rapport à 2007, 3,4 millions de jeunes en moins travaillent, rappelle la fondation Eurofound.

L'Europe se prive ainsi, à des degrés divers, d'une force vitale et nécessaire:

Les jeunes ont payé le prix le plus élevé de la crise économique mondiale, il y a une urgence renouvelée à les intégrer dans le marché du travail et le système éducatif. S'attaquer à ce problème n'est pas seulement un moyen de répondre aux aspirations des jeunes, mais aussi une nécessité pour améliorer le bien-être des sociétés en général", 

concluent les auteurs d'un récent rapport d'Eurofound(2) .

8% de chômage en Allemagne, 57% en Grèce

Mais si les Etats s'entendent sur la nécessité de s'attaquer à ce problème, ils font face à des situations très diverses. Les taux les plus bas en septembre 2013 ont été observés en Allemagne (7,7%) et en Autriche (8,7%). Les plus élevés en Grèce (57,3% en juillet 2013), en Espagne (56,5%) et en Croatie (52,8%). En France, il avoisine les 25%.

A regarder plus attentivement les chiffres, les grands-écarts entre Etats demeurent:

  • Etudes supérieures: filet pour l'emploi au nord, sans garantie au sud

Les taux de chômage parmi les jeunes diplômés de l'enseignement supérieur sont très hauts en Grèce (48.6%), Espagne, (35%), Roumanie (29.4%), Portugal (29%) et en Italie (27.1%) (chiffres 2012, Eurofound). Dans ces pays, la situation s'est considérablement dégradée avec la crise: ainsi, chez notre voisin ibérique, le taux de chômage parmi les diplômés a presque doublé par rapport à 2007. En Irlande, il a triplé de 2007 à 2011. Au contraire, il est resté stable en France ou en Belgique, ou le diplôme reste un atout face au chômage. De même au Danemark ou aux Pays-Bas: plus de 80% des jeunes ayant fini leurs études trouvent un emploi dans l’année qui suit, contre 45% en Grèce et en Italie.

  • Temps partiel: élevé au nord

Le temps partiel s'est développé dans la plupart des pays depuis 2007, mais il est surtout élevé aux Pays-Bas (il représente 70% du total), au Danemark, en Suède ou en Irlande (Eurofound). Il est également courant en Slovénie, en Finlande et au Royaume-Uni, avec en moyenne 40% des jeunes travailleurs à temps partiel. De quoi expliquer en partie des taux de chômage plus faibles. En opposition, le temps partiel est marginal en Bulgarie, Slovaquie, Hongrie ou encore République Tchèque.

  • L'auto-entreprenariat: une rustine

Les pays où le chomage des jeunes est le plus élevé (Grèce, Italie, Roumanie) ont aussi le plus haut taux d'auto-entreprenariat chez les moins de 25 ans. Cette solution de recours s'est beaucoup développée en Estonie et en Slovaquie, en opposition avec l'Autriche, le Danemark ou l'Allemagne, où elle reste faible. 

45 milliards sur 3 ans

En trois ans, ce sont environ 45 milliards d'euros (selon les chiffres de l'Elysée) qui seront consacrés par l'Europe au chômage des jeunes. Aux 6 milliards d'euros sur deux ans (dans le cadre de l'"Initiative pour l’emploi des jeunes"), s'ajoutent 7 milliards d'euros par an du Fonds Social Européen et 6 milliards d'euros de la BEI, la Banque européenne d'investissement, dans le cadre de son initiative "Innovation et compétence".

Le chiffre peut sembler ambitieux. Mais il est à relativiser avec la perte qu'engendre chaque année le non-emploi des jeunes: Eurofound l'a chiffrée à 153 milliards pour 2011. Soit 1.2% du PIB européen. Pour certains pays, tels que la Bulgarie, Chypre, la Grèce, la Hongire, ou encore l'Irlande et l'Italie, cela représente jusqu'à 2% du PIB national. Bien sûr, les conséquences de ce chômage endémique ne sont pas qu'économiques: l'engagement social, politique, et la confiance des jeunes concernés est durablement impactée.

Un sommet alternatif

Le sommet européen, malgré le volontarisme affiché, laisse donc beaucoup d'insatisfaits: cette "grand messe" (dixit Le Monde) est jugée peu opérante. Un "sommet alternatif", organisé par des organisations de jeunesse et des syndicats européens, a pressé les dirigeants de l'Union européenne de "passer aux actes" et de "rompre avec l'austérité" (AFP):

Nous ne voulons pas encore de simples dispositifs d'accompagnement du chômage (…) On demande aujourd'hui qu'il y ait une obligation de résultat",

a ainsi défendu Thiébaut Weber, membre de la Confédération européenne des syndicats.


(1) Les indicateurs sont à manier avec prudence: un taux de chômage de 25% des jeunes ne signifie pas que 'un sur quatre jeunes est au chômage", car tous les jeunes ne sont pas sur le marché du travail: beaucoup sont encore étudiants ou en stage. Il représente donc le pourcentage de chômeurs sur la population active des jeunes. 

(2) (2012) Eurofound: NEETs – Young people not in employment, education or training: Characteristics, costs and policy responses in Europe, Publications Office of the European Union, Luxembourg




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