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Climat: mieux qu’un sommet mondial, des actions locales

mercredi, 13 novembre, 2013 - 14:17

Tandis que les pays de la planète sont réunis à Varsovie pour une énième conférence consacrée au climat, des actions sont menées localement. Redessiner les vignobles espagnols, dessaler l'eau de mer, surveiller un invasif moustique en Italie du nord: focus sur trois initiatives européennes.

Depuis lundi, pour dix jours, plus de 190 pays sont réunis à Varsovie. Leur ambition est peu spectaculaire, mais essentielle: préparer le sommet de 2015, qui aura lieu à Paris. Il s'agit donc d'une conférence d'étape, pour aboutir à un accord limitant le réchauffement de la planète. La dénomination de cette énième rencontre –COP 19– en dit long sur la succession de sommets internationaux dédiés au climat, depuis celui de Rio de Janeiro en 1992(1).

"C'est maintenant!"

"C'est le moment de lutter contre le changement climatique, ni demain, ni hier, tout de suite", presse la secrétaire générale de l'UNFCCC(2​) , Christiana Figueres. Philippe Martin, ministre de l'environnement, affiche une "détermination" française tempérée par la prudence de l'ambassadeur climat, Jacques Lapouge, qui prévoit "une négociation extraordinairement difficile".

Le changement climatique est une réalité (…) son étendue et sa rapidité deviennent sans cesse plus évidents",

assène la directrice de l'Agence européenne pour l'environnement. Sécheresse, inondations, canicules impactent les populations et grèvent les budgets des territoires. Ainsi, pour la période comprise entre 1980 et 2011, les pertes économiques directes dues aux inondations s'élèveraient à plus de 90 milliards d’euros.

Et demain?

Des chiffres faramineux, amenés à croître, si l'on en croît le 5ème rapport du GIEC (Groupe International d’Experts sur le Climat), sorti en octobre, qui durçit les prévisions de réchauffement et de hausse du niveau de la mer. 

Aujourd'hui, l'enjeu n'est donc plus seulement la lutte contre le réchauffement climatique, mais bien l'adaptation à un phénomène qui semble désormais inéluctable. "Certaines régions seront moins à même de pouvoir s'adapter au changement climatique que d'autres, en partie à cause des disparités économiques en Europe (…) les effets du changement climatique pourraient renforcer ces inégalités”, prévient l’AEE. L’agence chiffre à 100 milliards, en 2020, le coût annuel de l'absence d'adaptation au changement climatique pour l'ensemble de l'Union Européenne. 

En parallèle des déclarations d'intention et projets d'accords, de Barcelone à l'Emilie-Romagne, des actions concrètes se mettent en place.

Emilie-Romagne (Italie): système d'alerte contre le moustique Tigre

Chikungunya, dengue, fièvre du Nil occidental: depuis quelques années, l'Europe a vu apparaître des maladies tropicales inédites sur son territoire. En cause: le développement des échanges transcontinentaux, mais aussi le réchauffement climatique.

L’Emilie–Romagne, au nord de l'Italie, est particulièrement touchée, à tel point que son exemple est souvent brandi comme un chiffon rouge pour pousser les pouvoirs publics à l'action. En 2007, elle est confrontée à une épidémie (200 cas) de Chikungunya en Romagne, et à une autre du Nil occidental dans la plaine Emilia en 2008-2009. Le coupable, devenu bête noire des autorités, est celui qu'on surnomme "le moustique Tigre" (Aedes albopictus), pour ses rayures noires et son agressivité. Un vecteur très efficace de maladies tropicales. 

Pour y faire face, l'Emilie-Romagne a mis en place un véritable plan de lutte. Elle n'est pas la seule (la France notamment a également pris conscience du problème) mais son dispositif précurseur est particulièrement développé. 

  • Surveillance, alerte, recherche et sensibilisation

Le moustique Tigre est suivi à la trace: on découvre que ses sites de résidence favori sont les ports (où ils arrivent par bateau) et les dépôts de la voiture plein de pneus usés gorgés d'eau. Ces espaces sont traités pour limiter la multiplication des insectes. Des tests -utilisant la biologie moléculaire et les techniques virologiques- sont menés en laboratoire sur des insectes capturés, notamment pour la recherche de pathogènes.

Dès 2004, un service d'alerte est mis en place, renforcé depuis. Des prévisions pour les principales villes de la région, appuyées sur un vaste réseau de mesure, permettent d'évaluer les vagues de chaleur favorables à la prolifération de l'insecte. Le site internet d'Arpa Emilia-Romagna (l'agence régionale de l'environnement) publie quotidiennement les prévisions régionales pour les trois prochains jours. De quoi mettre en place des mesures de protection sanitaire en cas d'alerte. Et grâce aux campagnes d'information, les habitants connaissent désormais la meilleure façon d'éviter les piqûres d'insectes

  • Un financement public

Ce plan d'action est estimé à environ 20 millions d'euros par an (surveillance, campagnes, recherche scientifique…). Il est financé par des fonds publics.

En Europe, les zones urbaines sont soumises à un risque de contagion élevé: elles sont très connectées et elles produisent un effet d'îlot de chaleur qui attire les moustiques. L'exemple italien risque donc de devenir un cas d'école pour nombre de ses voisins européens.

Barcelone: une usine pour déssaler l'eau

Le projet est loin d'être anecdotique: les périodes de sécheresse prolongées ont dans le passé forcées Barcelone à importer de l'eau potable… par bateau! Pour remédier à la pénurie d'eau et à la sécheresse, la capitale catalane a construit une usine dessalant 200.000 md'eau par jour. Opérationnelle depuis 2009, elle satisfait 20% des besoins en eau potable de la ville. 

L'intérêt du déssalement est d'être indépendant des conditions météorologiques, mais, revers de la médaille, cette méthode -qui se développe en Europe- est gourmande en énergie.

  • Réduction des méfaits du dessalement

En 2010, l'usine Llobregat de Barcelone a été reconnue comme "usine de dessalement de l'année" aux Global Water Awards (sic) pour ses efforts visant à réduire les méfaits sur l'environnement du dessalement. Une des méthodes utilisées consiste à diluer la saumure avec des eaux usées d'une station d'épuration de traitement à proximité, avant de la décharger dans la mer. 

  • 230 millions d'euros d'investissement

L'usine a représenté un investissement initial de 222 millions d'euros. Le projet a reçu des fonds de la Generalitat e Catalunya et du Comté de Barcelone mais est financé à 80% par des fonds européens. En 2012, la structure a été privatisée; elle appartient désormais à une société brésilo-espagnole. 

D'une manière générale, les coûts de dessalement, encore élevés, ont significativement baissé ces dernières années. L'initiative barcelonaise ressemble fort à une success story. Mais cette pratique, présentée par certains pays (notamment la Chine et l'Inde) comme une solution miracle, fait aussi l'objet de sérieuses mises en garde de la part de spécialistes et militants écologiques

Révolution au coeur des vignobles espagnols

Pour le secteur viticole espagnol, qui s'appuie sur le plus grand domaine viticole du monde, l'"africanisation" du climat ibérique est un enjeu de qualité et d'économie. Depuis 2008, de grands domaines et la Fédération espagnole du vin se sont mobilisés autour du projet "Demeter". Objectif: utiliser des cépages et des systèmes de production adaptés aux nouvelles conditions climatiques.

  • Un vin trop alcoolisé

Pour un bon vin, il faut un bon climat. La diversité et la qualité de la production dépend de subtiles variations microclimatiques. Un réchauffement des températures, même léger, provoquera une maturation plus rapide des raisins (et donc un taux d'alcool fort), une hausse des niveaux d'acidité, et une plus grande vulnérabilité aux parasites et aux maladies.

En pratique, les viticulteurs espagnols sont aujourd'hui confrontés à un choix cornélien: récolter tôt des raisins muris prématurément pour produire un vin avec un taux d'alcool idéal mais des arômes faibles, ou faire des vendages plus tardives pour un vin très -trop- alcoolisé, mais meilleur…

  • La tentation de la hauteur

Dans le cadre du projet Demeter, des expérimentations sur des parcelles ont été menées. La principale solution pourrait venir d’une combinaison de nouvelles variétés de raisins et d’amélioration des techniques. Ces denrières sont parfois basiques. Ainsi, la simple utilisation de couvertures entre les rangs de vigne pour protéger le sol pourrait améliorer considérablement la rétention d'eau, réduire l'érosion des sols, et du même coup limiter l'utilisation d'engrais…

Une autre piste évoquée est également de cultiver en altitude: en montagne, les nuits plus fraiches permettent une maturation harmonieuse des raisins. Certaines grandes caves achèteraient déjà des terrains en hauteur…

  • Financements publics et privés

Le projet Demeter représente, de 2009 à 2003, un investissement de 27 millions d'euros, financé à 45% par des fonds publics et à 55% par le secteur privé. 


(1) Le sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992 a abouti à la convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques.
(2) L'UNFCCC (United Nations Framework Convention Climate Change) organise une conférence internationale pour tenter de mettre en place des politiques communes de lutte contre le changement climatique. Ces conférences se nomment Conference of Parties (COP).




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