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Racisme et sexisme: Taubira et Duflot pas seules en Europe

jeudi, 14 novembre, 2013 - 17:02

Christiane Taubira et Cécile Duflot ne sont pas les seules responsables politiques en Europe à endurer les injures racistes, sexistes ou autres. Racisme identique en Italie, antipatriotisme au Royaume-Uni, sexisme en Grèce, Myeurop a retenu trois exemples aux forts relents de haine.

 

Chronique sur RFI : Les injures 

 

Il aura fallu attendre que le racisme fasse la Une, noir sur blanc dans les kiosques, pour que des mesures soient prises. La couverture de l’hebdomadaire fascisant Minute, qui compare la garde des Sceaux Christine Taubira à un singe, fait l’objet de condamnations unanimes et désormais d'une procédure judiciaire. Mercredi, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour injure publique à caractère racial, après que le premier ministre Jean-Marc Ayrault a saisi le procureur de la République de Paris.

Quelques jours plus tôt, la ministre s’était en effet émue du peu de réactions publiques, après avoir enduré une attaque raciste, cette fois en pleine rue lors d’un déplacement à Anger le 25 octobre. "La guenon, mange ta banane", lui avait alors lancé une gamine.

L’indigne traitement reçu par la ministre française n’est malheureusement pas un cas isolé en Europe. L’injure publique frappe régulièrement les responsables politiques. Les auteurs? Des citoyens, d’autres personnalités politiques, mais aussi la presse. Myeurop en a retenu trois exemples.

Il y a les mêmes insultes racistes que celles infligées à Christiane Taubira en Italie, l’accusation d’antipatriotisme au Royaume-Uni, ou la cabale sexiste en Grèce.

ROYAUME-UNI : le père du chef de l’opposition attaqué par le Daily Mail

Parfois, c’est la famille des personnalités publiques qui devient la cible de la presse. Le mois dernier, le responsable travailliste Ed Miliband et le tabloïd Daily Mail, l’un des plus gros tirages nationaux, se sont âprement affrontés pendant près d’une semaine. A l’origine de leur brouille, un portrait du père du leader de l’opposition, le sociologue et politologue d’extrême gauche Ralph Miliband. Le hic ? En titre de cet article de deux pages : "L’homme qui n’aimait pas la Grande-Bretagne".

Le rédacteur s’est principalement inspiré d’une phrase écrite à 17 ans par Ralph Miliband dans son carnet personnel, où il indique que les Anglais sont "peut-être les gens les plus nationalistes au monde… et parfois on aimerait bien qu’ils perdent la guerre pour leur montrer comment sont vraiment les choses". Le Daily Mail s’est alors demandé quelle pouvait avoir être l’influence de cet homme sur son fils et sur la politique que celui-ci entend mettre en place s’il parvient au pouvoir.

Dès la publication, Ed Miliband s’est insurgé, exigeant -et obtenant- un droit de réponse. Cette réaction n’était sans doute pas attendue de la part du Daily Mail, tant son poids lui permettait jusqu’alors d’agir en toute impunité face à la classe politique. Sous la pression médiatique, le tabloïd a même fini par s’excuser. Les sondages montrent que cet épisode a accru la popularité d’Ed Miliband.

ITALIE : La ministre Cécile Kyenge à l’épreuve des racistes

"Guenon congolaise", "face nègre", "zouloue",… Depuis sa nomination à la tête du ministère de l’Intégration, Cécile Kyenge, qui a obtenu la nationalité italienne par mariage, est devenue, comme Taubira en France, la cible d’un racisme public.

Ce sont cette fois des membres des partis politiques qui dérapent, relayés (et dénoncés) par la presse.

Qui l'a dit, qu'elle est italienne ? La ministre Kyenge doit rester chez elle, au Congo. C'est une étrangère dans ma maison"

a ainsi déclaré à la radio Erminio Boso, un ex-sénateur de la Ligue du nord qui affiche fièrement sa haine raciste. En juin, une élue locale de la Ligue du Nord appelait à la violer . Enfin, c’est, Roberto Calderoli, tout de même vice-président du Sénat, qui l'a qualifié un "orang-outang"

La droite berlusconienne, elle aussi, a pris pour cible Cécile Kyenge, née dans la province congolaise de Katanga dans une famille aisée appartenant à l’ethnie bakunda, dès la présentation de son projet de modification des règles sur la citoyenneté.

Dès son arrivée au palais de la présidence du Conseil, Cécile Kyenge a annoncé qu’elle souhaite introduire le droit du sol pour les enfants nés en Italie de parents immigrés. Pour les berlusconiens qui siègent au gouvernement d’unité nationale,

L’Italie n’avait jusqu’alors jamais eu au gouvernement "de femme de couleur", disent les journalistes, "de femme noire" réplique la ministre qui revendique son africanité avec fierté.

GRÈCE : Sexisme permanent à la Chambre

Ces derniers temps, les attaques sexistes se sont multipliées en Grèce. Et en particulier au Parlement. Dernier épisode en date, lors d’une motion de censure, une seule députée du PASOK, le parti socialiste membre de la coalition au pouvoir, Theodora Tzakri (photo) , a voté pour cette censure du gouvernement. Plutôt que de critiquer ce choix politique, les commentaires dans la presse ont porté uniquement sur le look et le prix des chaussures et des vêtements de cette jeune et belle députée de Macédoine…

Même au sein de son propre parti, Mimis Androulakis, un autre député du PASOK, pourtant considéré comme un intellectuel, a expliqué que 

Theodora Tzakiri est une belle femme. Il vaut mieux la regarder que l’entendre parler ".

Ce sexisme ordinaire de la classe politique grecque est devenu monnaie courante. La chaine privée MEGA (équivalente de TF1) avait stigmatisé Anna Diamantopoulou, alors ministre de l’éducation, en produisant un reçu astronomique d’achats dans un magasin de Kolonaki (le Neuilly grec). Il s’est avéré que c’était une homonyme.

Echaudée, Anna Diamantopoulo a été la première à réagir aux commentaires sexistes concernant sa collègue:

Theodora Tzakri eu le courage politique de voter pour une motion de censure à la Chambre hier. Tous ceux qui l’ont vilipendée aujourd'hui, gloussements et rires à l’appui, non pas avec des arguments politiques mais par des commentaires sexistes sur son apparence et son habillement parce qu'elle est une femme, sont indignes de leur mandat. Le sexisme parlementaire est une honte pour la nation".

Autre épisode : lors d’une réunion de la commission d'enquête sur la liste Lagarde. Dialogue:

  • Evangelos Venizelos (Ministre des affaires étrangères) : "Je te souhaite de tomber enceinte"
  • Zoé Constantopoulou (députée du Zyriza, jeune et jolie aussi) : "Pourquoi vous me dites cela ?"
  • Venizelos : "C'est un vœu que je formule à ton égard."

Sous-entendu évident: Les femmes, c’est connu, sont faites pour enfanter et pas pour  la politique.

Autre épisode, lors des travaux du groupe parlementaire du PASOK (à l'époque, Georges  Papandréou était président du parti), une députée (toujours jeune et jolie) avait exprimé sa défiance. Un de ses collégues, l’avait alors  interpellée :

Tais-toi, pute avec jarretières."

Ricanements de tous les hommes présents. Qu'est-il advenu ? Rien, aucune sanction disciplinaire, aucune admonestation.

Autre attaque sexiste récente. Au Parlement, lors d'une question au gouvernement sur l’assassinat du jeune rappeur antifasciste les députés de l’Aube dorée après, un d’entre eux a interpellé une députée de la majorité :

Rassieds-toi, de quoi tu causes, toi ? Tu es ivre à nouveau?" .

Jamais, il n’aurait osé apostropher comme cela un député mâle, malgré le fait que très souvent, dans l’auguste chambre, des représentant du peuple ont une haleine fortement alcoolisée et un regard trouble. 

La presse n'est pas en reste, en témoigne la parution de ce dessin avec cette légende dans le quotidien " Ta Nea ":

"A droite, c’est Rachel et à gauche, Zoé
Elles font autre chose aussi ?
J’ai entendu dire qu’elles émettent des plaintes
Mais demande plutôt au serveur."

Le dessin fait allusion à l’intervention de la police dans le bâtiment de la radiotélévision publique ERT. Deux députées femmes (jeunes et jolies, elle aussi), Rachel Makri (photo à gauche) et Zoé Konstantinopoulou (photo ci-dessous), maltraitées par les forces de l’ordre, protestaient devant les grilles de l’ERT. Le dirigeant de la coalition de la gauche radicale (Syriza), Alexis Tsipras, a mis en cause le cartooniste Dimitri Hatzopoulos et surtout Stavros Psycharis, l'éditeur-propriétaire du journal dénonçant à juste titre,

un dessin vulgaire. En couvrant de boue deux femmes députées, il essaie de détourner l’attention sur le don de 300 millions d’euros que vient de lui octroyer le gouvernement, lors de la distribution des fréquences numériques. Par ce dessin nauséabond, Il dépasse toutes les limites de l'éthique journalistique".

Morale: le sexisme est toujours, en Grèce comme ailleurs, un moyen de distraire l’attention du bon peuple en faisant rire graveleusement les mâles dominants.

 




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