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Les étudiants européens dopés aux « smart drugs »

vendredi, 15 novembre, 2013 - 15:33

Un étudiant sur sept en Suisse a déjà eu recours au "dopage intellectuel". Ritaline, cannabis, ou cocaïne, tout est bon pour réussir ses études. Le phénomène gagne de plus en plus de pays européens. 

Les produits dopants ne sont plus l'apanage des sportifs de haut niveau. Désormais, il faut compter avec les intellectuels de tous bords. Comme le révèle un sondage suisse, un étudiant sur sept a recours au "dopage cérébral" dans le cadre de ses études, apprend-on sur RTS.ch. L'enquête menée auprès d'élèves des universités de Zurich, Bâle et de l'EPFZ (Ecole polytechnique de Zurich) révèle également que 94% des sondés connaissent bien ces produits.

Parmi les drogues plébiscitées, l'alcool arrive en tête pour 5,6% des jeunes, talonné par les méthylphénidates comme la Ritaline (4,1%). Viennent ensuite le cannabis, la cocaïne ou encore les amphétamines. Pour la majorité des sondés, ces produits "miracles", les aident à se concentrer lors des examens importants.

Certaines filières seraient d'ailleurs plus accros que d'autres à ce dopage de neurones. Les futurs architectes (20%) seraient de grands consommateurs, suivis de près par les jeunes journalistes (18,2%) ou encore les apprentis chimistes (17,6%) et les économistes en herbe (17,1%). Les sportifs, eux, figurent pour une fois en bas du classement des dopés (7% seulement). Il est vrai que le dopage de leur cerveau n'est pas leur priorité.

Ritaline pour tous

Le phénomène de "dopage cérébral" dépasse les frontières helvétiques. Les "smart drugs" (médicaments intelligents) prennent de plus en plus d'importance en Europe. Provigil, Modiodal, Alertec… autant de noms barbares qui, pour certains étudiants, n'ont aucun secret.

L'une des "smart drugs" les plus connues est la Ritaline. Une pilule prescrite aux jeunes enfants souffrant de troubles aiguës de l'attention, d’hyperactivité ou aux personnes atteintes d'Alzheimer… Ce produit aide le malade à focaliser leur attention en agissant sur les neurotransmetteurs, des composés chimiques dont la mission est de gérer la concentration, l'humeur, ou la mémoire d'un individu.


Les effets à long terme peuvent être dévastateurs : tachycardie, augmentation de la tension artérielle, dépression et surtout, addiction. Le cerveau habitué à la Ritaline devient de plus en plus paresseux. Très vite, il ne peut plus se passer du produit.

Pourtant le nombre de prescriptions augmente partout en Europe. En France, selon une étude réalisée par le laboratoire de recherche Celtipharm, en 2008, 283.407 boîtes étaient vendues en pharmacie. Cinq ans plus tard on dénombrait près de 481.655 boîtes de Ritaline vendues, soit une hausse de 70%. Même constat au Royaume-Uni. En 2007, d'après la Care Quality Commission les médecins anglais livraient près de 420.000 ordonnances de produits similaires à la Ritaline. En 2012, c'est 657.000 ordonnances qui circulaient dans tout le royaume, soit une hausse de 53%.

Les cerveaux d'Oxford, tous dopés?

Au Royaume-Uni, la Ritaline est rangée dans la même catégorie que les stupéfiants. Si un Britannique est pris en flagrant délit avec sa boîte, sans ordonnance, il risque un aller simple en prison. Mais cela n'a pas l'air d'effrayer les cellules grises des étudiants d'Oxford.

Une enquête menée par SkyNews révélait, le 28 septembre dernier, que sur le prestigieux campus universitaire, le deal de "smart drogues" était monnaie courante. SkyNews évoque même un véritable marché noir entre les couloirs de la fac. Cambridge serait également concernée. Comptez deux livres pour une pilule afin de booster vos capacités intellectuelles.

Laurie Pycroft, étudiant en maîtrise à Oxford, assure que le quart de ses camarades de classe carburent au Modafinil, un équivalent de la Ritaline. Il admet également en prendre avant un examen.

Avec ça, je n'ai plus besoin de dormir. C'est plus efficace que la caféine et on est beaucoup moins nerveux (…) les personnes qui m'en vendent sont des gens de ma promo. On est loin de l'image du dealer à cagoule dans une ruelle sombre."

L'université d'Oxford assure, elle, qu'il n'existe à ce jour aucune preuve solide permettant d’affirmer que l'utilisation de "smart drugs" est populaire chez les étudiants. Quelques semaines plus tard, le site de la BBC publiait les résultats d'un sondage en ligne qu'elle avait elle-même orchestré. 38% des internautes admettaient prendre des "smart drugs" et 92% d'entre eux ne comptaient pas s'arrêter.

L’Italie retrousse ses manches

Étonnamment, le gouvernement italien est le seul en Europe à prendre la mesure du problème. Le 24 septembre dernier, la Ministre de la santé, Beatrice Lorenzin, a organisé une campagne de sensibilisation à travers une dizaine de villes dans le pays (Rome, Venise, Florence, Milan…). Elle a ainsi pu exposer son plan pour contrer la montée en puissance des "smart drugs" en Italie. Une initiative parrainée par l'ONU et dix sociétés scientifiques.

Le plan repose essentiellement sur des séminaires, des formations pour le personnel médical et des interventions dans les écoles sur le sujet. Car en cinq ans, près de 280 nouveaux produits pouvant être assimilés aux "smart drugs" ont été découverts en Italie. Des produits difficilement détectables. Les trafiquants modifient régulièrement les molécules des gélules afin de s'assurer qu'aucun composant ne soit sur la liste des substances interdites en Italie, nous apprend le Corriere della Serra.

Modernes jusqu'au bout, les dealers préfèrent vendre leur drogue sur le net. Derrière une homepage présentant du matériel de jardinage peut se trouver un autre site caché. L'internaute peut ainsi acheter sa drogue en toute tranquillité et attendre d'être livré directement chez lui. Les autorités italiennes ont dénombré près de 494 sites de ce genre.




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