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Boris Johnson, maire de Londres: des paillettes contre la pauvreté

lundi, 18 novembre, 2013 - 12:29

Le maire conservateur de Londres, en poste depuis 2008, politicien le plus populaire de son parti, donne à la capitale financière de l'Europe une image de ville jeune et branchée, malgré la hausse de la pauvreté et la gentrification qui s'accentue. 2ème volet de notre série consacrée aux maires d'Europe.

Maire de Londres depuis cinq ans, réélu l'an dernier, Boris Johnson est populaire. Mais l'on se demande bien pourquoi ! Selon l’organisation Citizens Advice, le coût de la vie dans la capitale est en hausse, avec notamment une progression de 34% du prix de l’énergie depuis octobre 2010. Quant aux salaires, ils stagnent ou sont en baisse. Même chose pour les retraites tandis que de nombreuses prestations sociales diminuent suite au durcissement des critères d’attribution.

28% des Londoniens sous le seuil de pauvreté

Du coup, la pauvreté explose. En 2012, 2,1 millions de Londoniens, soit 28% de la population, vivaient sous le seuil de pauvreté selon le New Policy Institute. Cela représente 440.000 personnes de plus en dix ans. Et Boris Johnson n’a rien fait pour remédier à cette alarmante situation.

Le charisme, l’humour et l’éloquence de cet ancien journaliste de 49 ans passé par Eton, le mythique lycée de l’élite anglaise, lui ont permis de se faire élire en 2008 avec une large avance sur le maire travailliste sortant Ken Livingstone (53,18% contre 46,82%). Et l'an dernier, il a, de nouveau remporté la mise contre ce même adversaire (51,53% des voix contre 48,47%).

Ses erreurs et ses coups de gueule confirment aux yeux des Londoniens son authenticité,"

assure Tony Travers, professeur de politique et directeur du groupe du Grand Londres à la London School of Economics (LSE). "Sa victoire est toute personnelle, ce n’est pas celle du parti conservateur, qui s’est écroulé dans les sondages dans la région de Londres", précise-t-il. 

Dans une dernière tentative de se démarquer du gouvernement de David Cameron et de ses féroces coupes budgétaires, Boris Johnson n’avait d’ailleurs pas hésité à déclarer qu’il était "différent" du reste de son parti car il était prêt à se battre "pour obtenir des budgets pour Londres".

"Pas de nettoyage social à Londres" ?

Si les électeurs apprécient cet homme bourru à la tignasse blonde, difficile de trouver des éléments positifs dans ses cinq années à la tête de la capitale.

Son bilan se limite à ses actions sur les vélos, les bus et les Jeux Olympiques,”

assure Tony Travers. A y regarder de plus près, même ces trois secteurs laissent dubitatif. Le lancement avec succès du programme de location de vélos publics, qui lui vaut le surnom de "maire au vélo", avait été programmé et initié par son prédécesseur.


Le maire de Londres à vélo. Crédits: Julian Makey/REX/REX/SIPA

L’amélioration des transports publics? Elle demeure maigre alors que le prix de l’abonnement de métro a explosé de 23% à 25% en quatre ans, selon les zones traversées.

Les Jeux Olympiques? Ils n'ont pas vraiment profité aux habitants des quartiers hôtes puisque Newham, l’une des cinq municipalités sur lequel se situe le parc olympique, a annoncé la semaine dernière que ses familles les plus pauvres ne peuvent plus se loger en raison de la hausse progressive des loyers. Boris Johnson avait pourtant assuré l’an dernier que: 

La dernière chose que nous voulons dans notre ville c’est voir comme à Paris les moins riches être poussés en banlieue. Nous n’accepterons pas un nettoyage social de Londres du genre Kosovo".

Son manque d’implication en faveur de la construction de logements sociaux n’a pas permis d’éviter cette triste évolution.

Londres, mecque des start-up

Le coup de force de celui que son prédécesseur avait comparé à "un animateur de programme télévisé" est pourtant d’être parvenu à redonner un coup de jeune et une image positive à sa ville.

Vilipendée pendant la crise économique parce qu’elle accueille la City et ses "affreux" banquiers, il a réussi à faire de Londres la nouvelle Mecque européenne des start-up, tout en maintenant sa perception de ville ultra branchée. Bien aidé par un coût du travail, en chute libre grâce à une stagnation des salaires depuis 2005 et par le monopole international de la langue anglaise dans le milieu des affaires, la capitale a vu arriver de nombreux créateurs de petites entreprises.

La mairie a utilisé le coup d’éclairage médiatique fournit par les Jeux Olympiques 2012. Sa communication s’est appuyée sur l’exemple du développement endogène d’un quartier de jeunes pousses technologiques aux abords du quartier d’Old Street, proche de la City. Boris Johnson s’est approprié ce succès local après l’avoir intelligemment baptisé "Tech City".

Récupération médiatique

Cette récupération fait sourire les start-up présentes sur place depuis quelques années. Matthew Evans, cofondateur en 2009 du Hoxton Mix, une société de location d’espaces de travail, nous explique néanmoins les avantages réels de cet environnement de travail:

Les jeunes entrepreneurs sont ici basés à proximité de milliers de professionnels à l’activité proche de la leur, ce qui leur permet de rencontrer du monde, de se faire un réseau, et au final d’accélérer le développement de leur affaire."

Matthew Evans organise également des conférences et des apéritifs prétextes à des rencontres, une mine pour des créateurs de start-up souvent isolés derrière leur ordinateur mais aussi pour les investisseurs, qui se voient faciliter l’accès à des projets à leurs stades initiaux.

Cette concentration dans un mile (1,609 kilomètre) carré de tant d’entrepreneurs décidés à partager leurs idées, leurs soucis et leurs investisseurs me fait penser à la Silicon Valley",

nous assure ainsi Adam Valkin. Ce collaborateur d'Accel Partners, l’un des plus gros fonds capital-risque mondiaux du secteur avec 8,8 milliards de dollars d’actifs – il a notamment fait partie de l’équipe d’investissement dans Spotify -, estime que "Londres dispose d’un réel avantage en la matière, aussi bien grâce à la pratique de l’anglais que par la législation développée par les autorités en matière d’investissement."

Des éléments pour lesquels Boris Johnson n’a pas vraiment œuvré mais qu’il a réussi à faire connaître à merveille. Rien à dire, la communication est véritablement son vrai point fort!




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