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La crise de la presse écrite est générale en Europe

mardi, 19 novembre, 2013 - 12:23

Depuis le début de l'année, les ventes de la presse quotidienne nationale ont baissé de plus de 7%. L'Hexagone est-il un cas isolé? De l'autre côté des Pyrénées, des Alpes ou du Rhin, les Européens diminuent aussi leurs achats de journaux...mais ne lisent pas moins pour autant.

 

Chronique sur RFI : La crise de la presse 

 

Sale temps pour les quotidiens nationaux français. Depuis plus de dix ans, ils voient leurs ventes baisser, non sans conséquences: l'an dernier, France Soir annonçait sa liquidation (une version e-mag pour tablettes le ressuscite aujourd'hui en partie) après avoir dans un premier temps abandonné le format papier. Le Figaro, l'Equipe, ont lancé d'importants plans de départs volontaires et Libération lutte contre des difficultés financières qui l'ont mené au bord du dépôt de bilan en 2006.

2013 n'apporte guère d'éclaircies: depuis le début de l'année, le total des ventes (au numéro, abonnement papier et numérique, vente aux tiers), a baissé de 7,1%, selon les dernières statistiques de l'OJD (association pour le contrôle de la diffusion des médias). C'est surtout la vente en kiosque qui plombe ces chiffres: elle a chuté de 15,3%.

Bonne nouvelle dans ce climat morose: les éditions numériques s'envolent de 40% en moyenne.

En cinq ans, la diffusion a diminué d'un quart en Europe

L'herbe est-elle plus verte ailleurs en Europe? Pas tellement. En cinq ans, selon le rapport annuel "Tendances mondiales de la presse", la diffusion de journaux (quotidiens, hebdomadaires et mensuels confondus) a baissé de 25% en Europe de l’Ouest et de 27% en Europe de l’Est, contre "seulement" 13% en Amérique du Nord. Pendant cette période, elle a, en revanche, augmenté de plus de 10% en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Mais malgré cette baisse sur les "marchés matures" que sont l'Europe et les Etats-Unis, selon Vincent Peyrègne, directeur général de WAN-IFRA (1), les journaux atteignent toujours un grand nombre de lecteurs, via les médias imprimés, en ligne et mobiles.

En Espagne: l'érosion se poursuit

Les derniers chiffres de l'OJD (les initiales sont les mêmes que pour l'organisme français: "Oficina de Justificación de la Difusión") montrent que la situation de notre voisin ibérique est représentative du continent. Sur un an, les grands titres de quotidiens généralistes ont perdu plus de 15% des ventes (août 2013 par rapport à août 2012).

Etonnamment, ce sont les titres Catalans (La Vanguardia et El Periódico) qui chutent le plus: le débat sur la souveraineté de la Catalogne ne leur a pas permis de contrer l'érosion des achats: La Vanguardia enregistre une chute 25% de ses ventes, qui passent en dessous de la barre des 50.000 exemplaires (46.900 exactement).

Les quatre grands quotidiens édités à Madrid n'ont pas de quoi se réjouir non plus, malgré l'indice positif d'une légère reprise du marché publicitaire. L'emblématique El País, marqué l'an dernier par le licenciement de 129 journalistes, soit un tiers de sa ­rédaction, a enregistré en septembre 2013 une baisse de près de 15% par rapport à l'année précédente, avec une moyenne journalière de 168.000 exemplaires vendus seulement. Malgré cette perte, il reste en tête des ventes. Car ses "concurrents" baissent également. A commencer par El Mundo (-18% sur la même période, avec 126.000 exemplaires vendus) mais aussi ABC (même bilan, -18%)
Quand aux ventes digitales, elles sont difficiles à comparer: El Mundo les rend publiques (elles sont plutôt bonnes) mais pas El País!

Italie: un secteur historiquement fort en crise

On compte en Italie une centaine de quotidiens. La plupart sont locaux ou régionaux (en France, l'on compte 53 titres de presse quotidienne régionale et départementale contre 14 nationaux). Mais une poignée d'entre eux ont une diffusion nationale qui dépasse les 300.000 exemplaires. Des chiffres enviables dans l'Hexagone ou en Espagne, où aucun titre n'atteint ces scores.

Pour autant, le secteur n'est pas épargné par la crise: en cinq ans, depuis 2007, les quotidiens ont perdu plus de 1,15 million d’exemplaires, soit un recul de 22%, selon un récent rapport de la Fédération italienne des éditeurs de journaux (Fieg). Les quotidiens nationaux sont les plus touchés.

Cette baisse s'observe depuis 2001, avec néanmoins une exception en 2006 (en hausse de 0,9%). Elle s'est accentuée à partir de 2008, avec le début de la crise économique. La chute des recettes publicitaires illustre les difficultés que traverse la presse italienne.

Dans notre pays, 2012 a été la plus mauvaise des vingt dernières années pour le marché publicitaire: le total des investissements publicitaires s’est élevé à 7,442 milliards d’euros, soit 14,3% de moins que l’année précédente"

précisent les auteurs du rapport.

Les limites d'un "modèle allemand"

En Allemagne, les journaux ont une diffusion totale, chaque jour, de plus de 22,2 millions d'exemplaires (moyenne pour le 2ème trimestre 2013, selon les chiffres de l'IVW, l'observatoire allemand de la presse). Un chiffre, qui malgré la légère baisse par rapport à l'an dernier (-3,9%), fait des envieux du côté français. Surtout à lire les arguments de la chercheuse Valérie Robert, citée par Arrêt sur Images:

L’Allemagne est le premier pays européen et le 8ème mondial en nombre de titres de quotidiens payants, alors que la France se classe à la 4ème place européenne et à la 21ème place mondiale. (…) En nombre d’exemplaires diffusés pour les quotidiens payants, l’Allemagne est au 5ème rang mondial et au 1er rang européen, la France est au 10ème rang mondial et au 3ème rang européen."

Pourtant, outre-rhin, la situation actuelle est vue comme l'une des pires crises de l'histoire de la presse allemande. Les quotidiens (on parle de presse 'suprarégionale' plutôt que de presse 'nationale', celle-ci étant quasi inexistante en Allemagne) sont particulièrement touchés: entre 2005 et 2009, la diffusion moyenne des quotidiens a baissé de 8,3%. Et bien que 47 millions d'Allemands lisent encore un quotidien chaque jour, les ventes en kiosque, comme en France, ne cessent de se réduire.

La situation particulière de l'Angleterre

Outre-Manche, la situation est particulière. Les cinq grands titres quotidiens dits « de qualité » (comme le Times ou le Guardian) connaissent depuis peu, une baisse marquée de leur diffusion. En un an, cette baisse atteint près de 15%. En revanche, la presse populaire, celle qui gave ses lecteurs des scandales des starlettes et des têtes couronnées, résiste mieux. En dépit d’une chute de ses ventes proche de 10%, le Sun, champion des tabloïds, vend encore chaque jour 2,2 millions d’exemplaires.

Reste qu’au total, la seule presse nationale britannique diffuse encore à près de huit millions d’exemplaires, sans compter les grands régionaux. C’est beaucoup plus qu’en France.

En Belgique, moins de papier, plus de visites

Les temps sont durs pour la presse écrite. De moins en moins de belges feuillettent le journal "papier", 

constate la Rtbf, la Radio-Télévision belge francophone.

Tous les journaux francophones sont en recul, et parmi eux, le quotidien Le Soir, La Libre Belgique ou encore La Dernière Heure. Idem pour les quotidiens du groupe Sudpresse, autoproclamé "n°1 en francophonie", avec plus de 100.000 exemplaires vendus chaque jour. Mais son directeur, Pierre Leerschool, se veut optimiste. Pour lui, Internet commence à infléchir cette baisse:

On se transforme petit à petit en entreprise numérique. On a la chance, chez nous, de pouvoir compenser ça par de plus en plus d'abonnements numériques"

explique-t-il sur Rtbf.

Pour réelle, cette baisse est cependant moins importante que celle que connaissent les quotidiens français. Ainsi, au 2ème trimestre 2013, les ventes diminuent "seulement" de 6% pour La Dernière Heure, de 3% pour le groupe Sudpresse, de 2,5% pour l'Avenir…Et sur une année, de 2012 à début 2013, l'ensemble des dix principaux quotidiens du plat pays n'a reculé que de 1,4%, selon les calculs d'Erwann Gaucher, sur la base des données du CIM(2).


Article actualisé le 26 novembre 2013 avec rajout de la Grande-Bretagne


(1) La WAN-IFRA est l’Association Mondiale des Journaux et des Éditeurs de Médias d’Information.
(2) Le Centre d'Information sur les Médias.




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