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Klaus Wowereit, le maire de Berlin, amoureux éconduit

mercredi, 20 novembre, 2013 - 09:54

Que reste-t-il de la popularité de Klaus Wowereit? Le maire de Berlin, gay et mégalo, dirige une ville "pauvre mais sexy". Bien qu'englué dans l'explosif dossier de l'aéroport Berlin-Brandenburg, on le dit ministrable. Mais l'homme préfèrerait rester à la tête de la ville dont il est amoureux.
3ème volet de notre série consacrée aux maires qui font bouger leur ville.

Klaus Wowereit ministrable? C’est ce que la rumeur laisse entendre ces derniers jours à Berlin. Le maire de la capitale allemande et président de région observe un mutisme total à ce sujet. Mais dans les couloirs de l’hôtel de ville berlinois, on murmure que l’homme fort de la ville et figure centrale du parti social démocrate (SPD) pourrait prendre le portefeuille de la culture dans le cadre du futur gouvernement qui sortirait des négociations menées entre les partis CDU (Union chrétienne-démocrate d’Allemagne) et SPD.

Porte-parole jovial

Klaus Wowereit, futur ministre donc? Ses proches n’y croient pas et arguent que cette figure débonnaire et joviale n’est pas du genre à obéir à Angela Merkel, chancelière et femme forte de l’Allemagne, et cela même pour un ministère. D’autres estiment que Klaus Wowereit a fait son choix: il n’abandonnera pas sa ville dont il est à la tête depuis 2001 et qu’il rêve en grand.

Cet homme de 59 ans, issu d’une famille modeste, diplômé de droit, cultive une image proche du peuple. Il est l’un des meilleurs porte-parole récents de la capitale allemande. Il a ainsi marqué les esprits en la qualifiant génialement de "pauvre mais sexy" lors d’une interview au magazine Focus en 2003. Le slogan est repris partout depuis.

Berlin, "pauvre mais sexy"

Pauvre, Berlin l’est en effet surtout si l’on tient compte du nombre de bénéficiaires d’aides sociales, du déficit budgétaire en roue libre et du nombre de quartiers gangrénés par la pauvreté. Douze années de règne Klaus Wowereit n’ont pas changé la donne.

Sexy, Berlin l’est aussi, attirant artistes et touristes du monde entier et commencant à s’embourgeoiser. Le  maire vante les 33 milliards d’investissements étrangers recus de 2001 à 2011, les 100.000 emplois créés en dix ans, la création d’une nouvelle start-up toutes les dix-neuf heures…

Que cela soit à Moscou, en Inde, à Abou d’Abi ou au Vietnam, l’actuel maire est connu partout. Il n’y a pas de meilleur représentant de la ville que lui",

assure Eric Schweitzer, le président de la chambre de commerce et d’industrie de Berlin.

L'aéroport Berlin-Branden, dossier explosif

Pieds et poings liés à la ville, Klaus Wowereit serait même sur le point de reprendre une fonction qui lui a valu de lourdes critiques par le passé: celle de président du conseil de surveillance de la société de gestion du futur aéroport Berlin-Brandenburg (BER). Le dossier est explosif et polémique.

Cet aéroport, censé remplacer les deux actuels aéroports berlinois, aurait dû être opérationnel en 2011. Il ne devrait finalement être inauguré qu’en 2015… Mais face à la montagne de problèmes techniques, plus personne ne s’aventure à donner une date précise de mise en service, les précédentes ayant été reportées à quatre reprises.

Quant au coût, il ne cesse de croître, dépassant les 5 milliards d’euros contre 2,4 milliards prévus dans le budget initial. En janvier dernier, face à l'avalanche de critiques, Klaus Wowereit avait démissionné de la présidence de ce conseil de surveillance.

Aujourd'hui, dix mois plus tard, et face au départ de son successeur tombé malade, le revoilà sur le devant de la scène, prêt à terminer le sale boulot et à sauver l’honneur de sa ville devenue la risée de tous. Pour le magazine Die Zeit, cela relève tout simplement du "culot" de la part d’un homme politique à "l’ego" terriblement développé. Ses supporters, à l’image d’Eric Schweitzer, l’assurent:

Klaus Wowereit a vu le report de l’ouverture de l’aéroport comme une défaite personnelle. Il a l’ambition d’amener ce projet d’aéroport vers une fin positive".

Si Klaus Wowereit a fait de cet aéroport une affaire personnelle, c’est que ce projet a changé le cours de son mandat. Conçu pour rehausser le prestige d’une capitale engluée par un chômage élevé, cet aéroport lui vaut le désamour de ses administrés.

Son nouveau rêve: les JO

Au moment de sa réélection en 2011, Klaus Wowereit était très populaire, apprécié pour son accessibilité. Dix ans plus tôt, il avait touché le public en déclarant:

Je suis gay et c’est très bien comme ça!"

La formule avait fait mouche notamment dans de nombreux spots publicitaires. Mais aujourd’hui sa cote de popularité est au plus bas. Selon un sondage réalisé par l’institut Forsa et publié début novembre, 56% des berlinois ne souhaitent pas qu’il se représente au poste de maire président de la capitale-région, une opinion partagée par 39% des membres de son propre parti social démocrate (SPD). En juin, lors de la visite de Barack Obama, il avait essuyé des sifflets de la part de la foule venue acclamer le président américain devant la porte de Brandebourg.

L’aéroport Berlin-Brandebourg a plombé l’image et les finances de la ville? Peu importe, Klaus Wowereit évoque d’autres projets fous, tels qu’une possible candidature de la capitale pour les jeux olympiques d’été de 2024. "Cela serait un bon choix" assurait-il il y a quelques semaines après que les électeurs munichois ont refusé la participation de leur ville aux JO d’hiver de 2022. Le maire assure toutefois "ne pas encore y être". Le projet fait en effet débat dans une ville déjà lourdement endettée.




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