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Le sénat italien vote la mort politique de Berlusconi

mercredi, 27 novembre, 2013 - 18:00

Fin de partie pour Silvio Berlusconi. Condamné pour fraude fiscale, le Cavaliere a été déchu de son rang de sénateur par ses pairs mardi après-midi pendant que ses supporters manifestaient devant sa résidence romaine. Récit du jour le plus long pour l'ex-chef du gouvernement italien.

Il faisait froid à Rome ce mardi après-midi. Froid et gris. Un temps de neige et de giboulées. A quelques pas du Parlement, un groupe armé de drapeaux aux couleurs de Forza Italia, le parti fondé par Silvio Berlusconi en 1993 marchait sur le palais Grazioli, la résidence romaine du Cavaliere. Deux femmes engoncées dans leurs anoraks pour se protéger  de la bise, se tenaient par la main. "Vite, vite, nous allons manquer son discours" disait la plus âgée en essayant d’accélérer le pas. "La fête est finie, inutile de vous presser! " leur a susurré un passant d’un ton narquois.

Petit à petit, la foule s’est rassemblée devant le palais Grazioli où Silvio Berlusconi devait prononcer un discours pendant que ses pairs, les sénateurs rassemblés dans l’hémicycle votaient sa déchéance. Mille cinq cent personnes à peine selon un carabinier. On était loin le temps des rassemblements océaniques, avec des milliers de drapeaux agités par une foule en délire.L’ambiance était morose malgré les images du Cavaliere qui défilaient sur les écrans géants avec en toile de fond, une musique de film genre "Le Gladiateur".

Les communistes sont mieux organisés que nous, j’ai du venir de Florence en voiture. Et puis, les flics ont bloqué les autocars, les autorités ne voulaient pas que le peuple de Silvio soit là pour manifester contre ce coup d’Etat. La déchéance de Silvio est un rude coup pour la démocratie !"

s’est énervé un homme, le pin's du parti berlusconien à la boutonnière.

Au milieu de la foule, quelques parlementaires de Forza Italia discutaient avec la presse. "Il y a beaucoup d’amertume, d’émotion mais aussi de la joie. Nous sommes heureux d’être ici pour soutenir notre cause, notre chef et nous continuerons à nous battre pour nos idées" a déclaré Mara Carfagna, ancienne miss des concours de beauté et ministre de la Parité du gouvernement Berlusconi.

La prophétie de l'ami Poutine

Enfermé dans son bureau, Silvio Berlusconi se faisait attendre. Il peaufinait son discours et se laissait aller devant ses proches à la nostalgie.

A partir de demain, ils ne me laisseront plus rentrer dans le sénat"

aurait-il dit en versant quelques larmes. Le Cavaliere aurait aussi évoqué la prophétie de Vladimir Poutine, son meilleur ami:

S'ils t’emprisonnent, un million de personnes manifesteront au bout d’une semaine. Deux semaines plus tard, ils seront cinq cent mille. Trois semaines après, ils n’y aura plus personne".

Devenir monsieur personne après avoir passé vingt ans sous les feux de la rampe, ne plus avoir affaire avec les journalistes et ne plus avoir l’honneur des journaux télévisés, cela fait horreur à l’ancien président du Conseil. 

Dans l’hémicycle, l’ambiance était chaude. Sur les bancs des "grillini", les élus du mouvement "5 étoiles" de Beppe Grillo, on se serrait les mains et on se tapait sur les épaules en disant que cette fois-ci, c’était bien fini pour le Cavaliere.

Rome en état d'alerte

Du coté des démocrates (élus de parti démocrate, centre gauche, au pouvoir, Ndlr), les visages étaient fermés. Certains se souvenaient d’une autre journée aussi particulière, celle de la levée de l’immunité de Bettino Craxi, président du Conseil et patron du parti socialiste, accusé de corruption.

C’était un 29 avril 1993. Sur les bancs de la majorité, la droite s’agitait. Les sénatrices étaient habillées en noir, la couleur du deuil. Partagée depuis la scission du parti il y a deux semaines, les berlusconiens et les ex-berlusconiens avaient retrouvé leur unité pour voter contre la déchéance du Cavaliere.

Au fil des déclarations de vote, l’animosité se faisait de plus en plus vive. Des grillini hissaient des pancartes réclamant la tête de Silvio Berlusconi tandis que le président du sénat, l’ancien magistrat Piero Grasso, s’énervait du haut de son perchoir et demandait aux huissiers d’intervenir pour rétablir l’ordre. "Votons la motion" a ordonné le président en agitant sa sonnette.

Dehors, les manifestants trépignaient toujours d’impatience en attendant Silvio Berlusconi. Les forces de l’ordre déployées dans tout le périmètre se promenaient parmi la foule. Craignant des débordements, le préfet de Rome avait proclamé "l’état d’alerte".

A dix sept heure quarante trois minutes, le sénat a proclamé la déchéance de Silvio Berlusconi tandis que les sénateurs berlusconiens hurlaient : "Honte sur vous, honte sur vous". Devant le palais Grazioli, la foule en colère promettait de soutenir le Cavaliere jusqu’au bout. Mais tout le monde savait que, cette fois, c'était vraiment la fin pour Berlusconi.




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