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En Allemagne, les loueurs de voitures brident le car sharing

jeudi, 28 novembre, 2013 - 14:23

En Allemagne, les loueurs de voitures s'insurgent contre le car sharing sous prétexte de concurrence déloyale et de normes de sécurité. En fait, ils s'inquiètent face au développement de cet auto-partage entre particuliers.

C'est le cauchemar des loueurs de voitures. Les Allemands ont de plus en plus recours à l'auto-partage. Pour freiner ce car sharing, Avis, Hertz, Europcar et autres, tentent de brider cette tendance. 

L’association allemande des loueurs de voitures (BAV) vient ainsi de déposer une plainte au nom de la sécurité. Elle estime que les plateformes de car sharing telles que Autonetzer, Nachbarnschaftauto, Rent-n-roll ou Tamyca pratiquent du dumping. Elle exige par ailleurs qu'elle doivent se plier aux normes existantes dans le secteur, comme par exemple le passage annuel d’un contrôle technique pour les véhicules (les propriétaires privés n’y sont tenus qu’une année sur deux).

"Les conséquences en cas d’accident peuvent être graves pour les deux parties" met en avant le président de cette association Michael Brabec. "Qui paie les dommages lorsqu’un accident a lieu à cause d’un manque d'entretien du véhicule ?" souligne-t-il.

BMW X1 pour 32 euros

Ces professionnels soulignent aussi que la majorité des voitures mises en location sur ce genre de sites ont plus de 8 ans et plus de 100.000 kilomètres au compteur et sont donc moins sûres que les leurs.

Mais si le car sharing fait réagir les professionnels allemands de la location de voiture, c’est avant tout parce que cette pratique remporte un succès croissant notamment dans les grandes villes. Il est ainsi possible de louer une Renault Kangoo pour 17 euros les 4 heures ou une BMW X1 pour 32 euros. Difficile de trouver meilleurs tarifs ailleurs. Les avantages d’une telle pratique sont nombreux: vous louez une voiture appartenant à un particulier habitant votre quartier à un tarif des plus attractifs et vous lui permettez de réduire les coûts de son véhicule.

Lorsque nous travaillons, notre voiture reste au parking. Maintenant, elle a une nouvelle utilité",

commentent Harald et Kate, un couple de loueurs, sur le site d’Autonetz.de.

Cette plateforme allemande peer to peer de car sharing, la principale du pays, a lancé ses activités sur internet début 2012. Elle propose 4.500 véhicules à travers toute l’Allemagne et compte 35.000 utilisateurs, soit deux fois de plus qu’il y a un an. Un vrai succès pour cette petite startup basée à Stuttgart, qui emploie 12 salariés. Mais cette réussite s’explique aussi par l’aspect communautaire du système de location: les clients postent sur le site leurs commentaires et notent les loueurs, tenus d'offrir une bonne prestation.

Ce à quoi s’ajoute la philosophie du concept basé sur un crédo: "utiliser au lieu de posséder".

Dans les grandes villes, posséder une voiture n’est pas une obligation",

explique Sebastian Ballweg de Autonetzer.de.

Il existe de nombreuses possibilités alternatives. Le car sharing en est une. Et si actuellement, la majorité des gens n’en sont pas conscients, l’idée fait son chemin. Imaginez, on compte 40 millions de véhicules en Allemagne, un Allemand sur deux possède une voiture, c’est énorme. Notre objectif ultime est de réduire le nombre d'automobiles dans les rues, d’augmenter la qualité de vie dans les villes par une nouvelle manière de consommer. Partager son véhicule en est un moyen".

Champions de la consommation partagée

Cette consommation dite collaborative concerne de nombreux domaines (mode, immobilier, automobile…) et fait son petit bout de chemin. Selon un rapport publié par le sociologue Harald Heinrichs, de l’université de Lüneburg, dans le nord de l’Allemagne,

la consommation partagée, c'est-à-dire organisée en commun et via internet, est pratiquée par 12% de la population".

"Cette proportion devrait augmenter car l’enthousiasme croît quand l’âge du groupe ciblé diminue". Pour ce chercheur, "les jeunes utilisent intensivement les médias sociaux et semblent avoir changé leurs habitudes de consommations. Ces formes alternatives de possession et de consommation ne sont plus des phénomènes de niche".

N'étant plus marginal, le car sharing pose donc la question: quand et comment peut-on louer son bien et est-ce une activité commerciale? Pour Sebastian Ballweg d'Autonetzer, la polémique lancée par l’association des loueurs de voiture est sans fondement et vise uniquement à assurer le monopole des professionnels.

Personne ne devient riche en louant son véhicule sur les sites de car sharing. Les membres ne quittent pas leur travail pour louer leur voiture. Cela n’est donc pas une activité commerciale".

Une affirmation sur laquelle devra bientôt trancher le juge saisi de ce dossier, peut-être dès le printemps. 




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