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Prix des transports : à Paris et ailleurs, les banlieues trinquent

mardi, 3 décembre, 2013 - 13:20

Il n'y aura pas de tarif unique dans les transports en commun d'Ile-de-France: le pass Navigo ne sera pas dézonné. Les habitants les plus éloignés du centre continueront ainsi à payer le prix fort pour rejoindre Paris. La capitale n'est pourtant pas la plus chère d'Europe. Face à l'augmentation des prix des transports la riposte s'organise.

 

Chronique sur RFI - Le prix des transports 

 

En Ile-de-France, c’est confirmé, l’égalité des usagers devant le service public s’arrête au portillon du métro et du RER: l’application d’un tarif unique pour tous les Franciliens vient en effet d’être discrètement enterrée par la Région.

"On ne peut pas se le permettre", a expliqué la semaine dernière le vice-président chargé des transports pour la région Île-de-France. La mesure coûterait entre 300 et 400 millions d’euros au Syndicat des transports d'Île-de-France (STIF). Le dézonnage, déjà effectif le week-end et un mois durant l'été, est pourtant plébiscité par les Franciliens.

Promesse de Jean-Paul Huchon

Le serpent de mer de la tarification unique du pass Navigo -cette carte d’abonnement qui permet aux Franciliens de se déplacer en métro, tramway, RER ou bus de la région (photo)-, pointe le bout de son nez à la veille de chaque échéance électorale. Le tarif unique était ainsi l’une des promesses de campagne du Parti socialiste lors des élections régionales de 2010, promesse poussée par les écologistes. L’indéboulonnable candidat PS Jean-Paul Huchon, qui fête cette année ses 15 ans à la présidence du conseil régional d’IDF, l’avait d’ailleurs une nouvelle fois emporté.

Le principe du dézonage consiste à gommer les très grands écarts de tarifs entre le centre et la périphérie de Paris, en supprimant le découpage en zones. Les tarifs s’échelonnent en effet selon 5 zones, la n°1 étant Paris intra-muros. En l’état, une certaine égalité de tarif existe sur la base du chacun chez soi : autrement dit, banlieusard ne t’aventure pas hors de ta zone ou tu paieras très cher.

Pour ceux qui vivent, travaillent et donc ne circulent que dans le centre (Paris et proche banlieue, zones 1 et 2), où le ticket unitaire coûte 1,70 euros, l’abonnement mensuel coûte 65 euros.

En revanche, plus on s’éloigne de Paris, plus cela se gâte:

  • Celui ou celle qui habite ou travaille en zone 3 dépense 85 euros par mois pour conserver son droit à accéder à Paris intra-muros.
  • Pour la zone 4 c'est 102 euros.
  • Pour ceux de zone 5, 113 euros ! A l’année ? 1170,40 euros, soit… plus d’un SMIC (1.121 euros net en 2013) !

Morale de cette tarification francilienne, pour qui n’a pas le privilège de vivre dans le centre, mieux vaut être étudiant de moins de 26 ans (-50%), salarié (l’employeur rembourse en principe la moitié de l’abonnement transport) ou… sacrément dans le besoin (tarif spécial pour les bénéficiaires du RSA). Pour les plus intrépides, reste le saut de portillon, comme Jaques Chirac (photo).

Londres : le bus plutôt que le métro

Lorsqu’ils se rendent à Paris, les Londoniens soufflent et sourient en voyant les tarifs des transports en commun.

A Londres:

  • Un trajet simple en "Tube" sans la carte rechargeable Oyster (photo) coûte 6,50 euros (4,50£).
  • Un trajet avec la carte coûte au minimum 2,50 euros (2,10£).
  • L’abonnement annuel pour la zone 1-2 coûte 1.434 euros (1.216£).
  • Celui pour les zones 1 à 6, qui comprend la plupart des terminus de lignes de métro, coûte 2.624 euros (2.224£).
  • Les étudiants ont droit à une réduction de 30%, les 10-18 ans de 50%, tout comme les chômeurs, tandis que les plus de 60 ans ne paient pas le métro et le bus.

Elément étonnant : l’abonnement de bus ne comprend pas le métro et vice-versa. Le billet de bus coûte 2,8 euros (2,40£) sans carte Oyster, 1,65 euros (1,40£) avec. Pour les possesseurs de la carte Oyster, les dépenses quotidiennes en bus sont plafonnées à 5,20 euros (4,40£), ce qui signifie que seuls les trois premiers trajets quotidiens sont payants. L’abonnement annuel est, lui ,de 925 euros (784£).

Autant de raisons qui expliquent que les métros de Moscou et Paris soient plus utilisés que celui de Londres et que les Londoniens utilisent de plus en plus le bus, dont le réseau s'est développé ces dernières années, et le vélo !

Madrid : les usagers désertent un métro trop cher

A Madrid, comme à Paris, plus on vit loin du centre, plus on paye. Pour la carte d'abonnement au mois, les tarif oscillent entre 54 euros pour se déplacer dans la zone A, qui englobe la ville de Madrid et sa petite couronne, et 131 euros pour les communes les plus éloignées. La carte permet d'accéder aux différents transports gérés par le réseau régional (métro, bus et "cercanias", l'équivalent des RER). Les moins de 23 ans disposent d'une réduction, à 35 euros mensuels, et les plus de 65 ans ne doivent débourser que 12,30 euros.

Quant au billet simple, il coûte entre 1,50 et 2 euros en fonction du trajet. Ces dernières années, avec la crise et les mesures d'économie, les tarifs ont flambé et le nombre de passagers a chuté : en juin 2013, la fréquentation du métro avait baissé de 9% par rapport à 2012. Des associations, comme Yo no Pago et ses 30.000 Likes sur Facebook, ont organisé des happenings éclair pour dénoncer les coupes budgétaires dans les services publics. D'autres préfèrent la désobéissance civile, comme le mouvement Toma el Metro! qui bloquait carrément le métro madrilène l'année dernière en tirant les signaux d'alarme. A Barcelone aussi, les usagers pestent contre le prix du métro (2 euros), qu’ils ont même boycotté en 2012 sous l'impulsion du collectif catalan TMB51.

En réaction, le vélo, lui, commence à émerger. En 2012, le nombre de boutiques de cycles a triplé à Madrid.

Budapest : pas de réduc’ pour les chômeurs

La capitale hongroise compte 3 (bientôt 4) lignes de métro, 9 lignes de trains de banlieue et près de 350 lignes de tram, bus, trolleybus, bateau, un télésiège et un funiculaire. Bien qu’il n’existe pas de zones, la démarcation tarifaire suit les limites administratives de la ville: au delà, un ticket supplémentaire est nécessaire.

Pour Budapest intramuros, le ticket coûte 350 Ft (1,15 €) et le carnet de 10 près de 10 euros. Dans Budapest, les étudiants et les collégiens paient 3.850 Ft par mois (13 euros), c’est trois fois moins que les 36 euros du plein tarif. Les plus de 65 ans et les handicapés voyagent eux gratuitement. Pas de pitié en revanche pour les chômeurs, qui n’ont droit à aucune réduction. En dehors de Budapest, les transports locaux (les compagnies de bus régionales et municipales) prennent le relais. Surcoût mensuel ? De 20 à 30 euros pour un périmètre de 5 à 10 km autour de Budapest. C’est presque le double du plein tarif budapestois.

Les transports grèvent une partie du budget des Budapestois dont le salaire moyen dépasse rarement les 400 euros. De quoi expliquer le succès fulgurant du vélo ces dernières années. Mais aussi de la fraude, légendaire à Budapest, puisque les contrôles sont aussi rares qu’aléatoires, sauf dans le métro, où les contrôleurs, véritables cerbères en blaser et brassards, jouent le rôle des portillons parisiens.

Si les prix n’ont cessé d’augmenter ces dernières années (+10 % sur le ticket unitaire ente 2012 et 2013) mais les usagers paieront leur abonnement 10% de moins en 2014, le calendrier électoral n’y est peut-être pas pour rien…

Athènes : 40% de hausse en 8 ans

Le réseau de transport en commun athénien couvre le grand Athènes, jusqu’au Pirée. Une seconde compagnie gère les trajets vers les autres agglomérations de la région de l’Attique et le littoral. Petite originalité athénienne, le prix du ticket varie selon que l’usager prendra le métro ou non. A l’unité cela donne 1,20 euros (60 centimes en tarif réduit, pour les jeunes, étudiants, et plus de 65 ans) sans le métro, et 1,40 euros avec le métro (70 cts tarif réduit). L’abonnement mensuel coûte 45 euros et donne accès à tous les transports en commun. Sans le métro en revanche, ce n’est plus que 20 euros. A l’année, il coûtera 450 euros, et 200 euros sans le métro.

L’augmentation a été brutale ces dernières années en Grèce. De 0,75€ en 2004, le prix du ticket est passé à 1€ en 2009 et à 1,40€ en 2012. Soit 40% d’augmentation. Résultat, un vaste mouvement de protestation "Den plirono" ("Je ne paye pas") est né. Les contrôles ont, eux aussi, fortement augmenté, les contrôleurs touchant une prime sur les amendes. Face à des prix qu’ils jugent prohibitifs, certains Athéniens donnent leur ticket encore valable lorsqu’ils sortent du réseau, ou les laissent posés bien en vue sur les composteurs.

Alors que la voiture devient de plus en plus un luxe dans Athènes -les péages autour de la capitale viennent d’augmenter de 60%- les Athéniens ont cependant peut-être une alternative pour les courts trajets : depuis une semaine, la municipalité d’Athènes teste un système de mise à disposition de bicyclettes, sur le modèle du Vélib parisien.

Berlin : revente à prix réduit d'abonnement déjà entamés sur ebay

Berlin dispose d’un vaste réseau de lignes de métro. La ville compte trois zones (A, B, C) équivalentes à trois tarifs différents. Plus vous habitez loin du centre ville, plus vous payez cher. Attention, le système tarifaire du métro et du RER (appelés S-Bahn et U-Bahn) est complexe et les nouveaux venus vite perdus dans la multitude de billets disponibles.

Un billet à l’unité (valable 2 heures) vous coûtera 2,60€ (2,20€ si vous en achetez 4 à la fois). Si vous faites une petite distance (4 arrêts de métro ou 6 de tramway) le prix chute à 1,50€. Il existe par ailleurs des cartes valables à la journée (de 6,70€ à 7,20€ selon les zones), hebdomadaires (de 28,80€ à 35,60€) et mensuelles (de 78 à 97€, un prix qui chute si vous prenez un abonnement à l’année).

Seuls les écoliers, étudiants et personnes de plus de 65 ans peuvent prétendre à des réductions. Face à l’ampleur de la fraude, les contrôles sont récemment devenus plus fréquents. Pour payer moins cher, on voit donc se développer la revente à prix réduit, de cartes hebdomadaires ou mensuelles déjà entamées, via des sites comme ebay. Se déplacer sans voiture ni métro est également possible, grâce au vélo. La capitale allemande, plate comme une crêpe, possède un bon réseau de pistes cyclables.

Rome : quatre zones, deux lignes de métro

A Rome, qui n’a que deux lignes de métro, le réseau de transports en commun est découpé en six zones.

Le coût à l’unité du ticket est de 1,50 euros. Le billet est valable 100 minutes après avoir été poinçonné et sur l’ensemble des métros, bus, tramway circulant dans la zone A qui inclut les banlieues limitrophes comme Ostie.

L’abonnement mensuel chargeable sur la Metrebus card (photo) pour deux zones coûte 35 euros et 250 euros pour l’année en cours. Il permet aux voyageurs d’emprunter tous les moyens de transport circulant dans les zones A et B et sur les trains régionaux de Trenitalia. Les résidents de la grande et très grande banlieue doivent débourser jusqu’à 688 euros par an pour emprunter tous les moyens de transports en commun.

Pour coincer les resquilleurs de plus en plus  nombreux en période de crise, l’Atac, la compagnie des transports publics a multiplié les contrôles. Notamment sur les trains de banlieue et dans les stations de métro. Les chômeurs ont une réduction de 50% sur le coût mensuel de l’abonnement. Les familles ont droit à une réduction de 10% sur le coût de l’abonnement annuel.




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