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En Grèce, Sara, 13 ans, est morte faute d’électricité

mercredi, 4 décembre, 2013 - 16:37

Le récent décès d'une adolescente de 13 ans, intoxiquée par un brasero de fortune, a bouleversé la Grèce. Dans l'appartement où elle vivait avec sa mère, l'électricité était coupée depuis plusieurs mois. En 2013, 350.000 foyers grecs ont subi une coupure de courant.

Sara, une toute jeune fille de 13 ans est morte à Thessalonique, dans le Nord de la Grèce. Tuée par les émanations d'oxyde de carbone du brasero improvisé installé pour chauffer l'appartement. Les images qui passent en flux continu sur les écrans montrent un immeuble standard, avec un balcon, des pots de fleurs, une entrée avec un escalier en marbre: rien de plus courant en grèce.

Derrière les murs, la misère

Et pourtant, derrière les murs, une misère qui court au galop… La jeune reporter questionne un voisin pris au hasard:

Saviez-vous que cette famille avait des difficultés financières?

Comme nous tous"

lui retorque l’homme. La journaliste insiste: "Qu’ils n’avaient plus de courant électrique depuis plusieurs mois?"

Moi non plus, je n'ai plus d'électricité depuis 6 mois. La compagnie me l'a coupée, car je ne pouvais plus payer'".

Blanc à l'antenne…

Le reportage continue: on apprend que la maman, une émigrée serbe de 54 ans vivant depuis 10 ans en Grèce, avait perdu son emploi dde vendeuse depuis plusieurs mois. Elle n'achetait que du lait et des patates, et aussi des bougies. Elle rechargeait son portable chez le libraire compatissant. Depuis des jours, elle cherchait à se procurer un poêle à bois. Trop tard.

Mais l'histoire ne finit pas là. Quand la mère, après s'être évanouie, elle aussi intoxiquée par les émanations, se réveille et découvre sa fille inerte, elle appelle à l'aide. Et le premier geste de la police, accourue sur place, est de l'emprisonner sur le champ pour homicide. Et dans un deuxième temps, de lui admonester une injonction de sortie de territoire, car elle était en situation irrégulière. Face à l'indignation générale, le ministre de l’intérieur lui a accordé la liberté provisoire et six mois de résidence temporaire.

Une marche de protestation a eu lieu le soir même devant le quartier. On pouvait lire sur un grand panneau:

Encore une victime sacrifiée sur l’autel des plans de rigueur. Plus aucune saisie, plus aucune maison sans électricité. Ne laissons aucune personne seule devant la crise".

En 2013, l'électricité a été coupée dans 350.000 foyers 

Combien d'accidents de cette sorte faudra-t-il pour qu'on se rende compte que la rigueur et l’austérité ne sont pas seulement que des chiffres, des pourcentages ou des graphiques, mais aussi des réalités qui tuent? La vague d'émotion soulevée dans le pays incite les médias à dévoiler des informations qui, autrement, seraient passées à la trappe.

  • Un chiffre: depuis le début de l'année, le courant a été supprimé dans plus de 350.000 foyers ces derniers mois (certains ont réussi à la rétablir). 
  • Des études: un Grec sur 4 est sous le seuil de pauvreté. En 2012, selon les chiffres de l'ELSAT (l'INSEE grec), 25% des Grecs étaient dans l'incapacité de payer l'électricité et l'eau (et 42% des familles monoparentales). Et 12% ne pouvaient pas payer leur loyer (35% pour les familles monoparentales)
  • Des images: la municipalité de Kallithéa, quartier populaire d'Athènes, organise une distribution de coupons de ravitaillement. Dès l'aube, une foule immense se presse pour obtenir ce miraculeux sac de pâtes et de riz. Et comme il n'y en a pas pour tout le monde, très vite, des bousculades et des bagarres ont lieu.
  • Une décision administrative: à partir du lundi 2 octobre, le programme contre la malnutrition a commencé pour la région de l’Attique. 18 établissements scolaires pilotes vont recevoir des distributions de déjeuner (lait, biscuits céréaliers, fruits, sandwiches). 

La Grèce, pays du tiers-monde?

Et on entend enfin la réaction indignée de Niels Mouiznieks, commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe:

Les gouvernements européens, en appliquant les mesures d'austérité, ont oublié dans leurs obligations de respecter les droits de l'homme et en particulier la protection des droits sociaux et économiques de la plupart des groupes vulnérables de population".

Et il souligne "la nécessité urgente de revitaliser le modèle social européen, qui doit être basé sur les fondements de la dignité humaine, la solidarité entre les générations et l'accès à la justice pour tous". 

Les premiers touchés sont les plus démunis, les immigrés, les familles nombreuses, les femmes, les jeunes…Déjà l'an dernier, deux jeunes étudiants étaient morts intoxiqués eux aussi par leur chauffage de fortune.

Le gouvernement a considérablement augmenté les taxes sur le fuel, entraînant une forte baisse de la consommation. La part de consommation de fuel dans les moyens de chauffage est ainsi passée de 70% en 2011 à 35% en 2012. Chacun se chauffe comme il peut: bois, matériaux de récupération (provoquant au passage une pollution  catastrophique et une coupe sauvage dans les parcs et forêts…) ou même pas de chauffage du tout. Et l'hiver n'a pas encore commencé. 

La Grèce de 2014, membre de l’Union européenne, a récemment été déclassée de pays développé à pays émergent. Serait-elle vraiment devenue un pays du tiers-monde? Les chiffres explosent: 30% de chômage (plus de 60% chez les jeunes), augmentation de la violence et de la criminalité…

Le pays craque de partout: santé, éducation, justice… Il part en fumée, comme le suggère l'adieu au crayon de Dimitris Chantzopoulos dans le journal Ta Nea.




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