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Les Italiens plébiscitent un Tony Blair nommé Renzi

lundi, 9 décembre, 2013 - 12:48

ARCHIVES. En décembre 2013, Matteo Renzi remportait la primaire du parti démocrate. Flash back sur cet épisode récent, alors que le trentenaire prend aujourd'hui la tête du gouvernement italien:

Matteo Renzi a remporté haut la main, ce 8 décembre, la primaire du parti démocrate, ouverte à tous les Italiens. Une victoire importante pour ce quadragénaire ambitieux. Comparé à Tony Blair, il se voit déjà à la place du premier ministre Enrico Letta.

Article initialement publié le 9 décembre 2013

Plus qu’un succès, c’est une victoire écrasante. Et pas seulement pour le nouveau secrétaire du parti démocrate, Matteo Renzi élu avec 70% des voix. Le fait que trois millions de personnes se soient déplacées pour participer aux primaires prouve que le parti démocrate (centre gauche), aujourd'hui au pouvoir, séduit encore.

Le Tony Blair italien

Ce taux particulièrement élevé de participation est aussi une très mauvaise nouvelle pour le Mouvement 5 étoiles et plus particulièrement son leader, le comique populiste Beppe Grillo. Aux législatives de février 2013, une partie de l’électorat de gauche avait décidé de punir les démocrates en votant pour le Mouvement 5 étoiles. Les trois millions de votants aux primaires du parti démocrate démontrent qu’une bonne partie de ces protestataires ont décidé de renouer avec leurs origines politiques.

Le dernier élément important de cette élection concerne le profil du vainqueur. Contrairement aux deux autres candidats, Matteo Renzi, qui est aussi maire de Florence, représente la rupture.

Généralement comparé à Tony Blair ou à Silvio Berlusconi par ses ennemis qui lui reprochent un goût trop prononcé pour la communication et les slogans faciles, le nouveau patron des démocrates se démarque de la plupart des dirigeants du parti. Il est le plus jeune secrétaire jamais élu (38 ans) et n’a aucune expérience directe au sein du parti car il n’a jamais occupé de poste clef.

Fervent partisan de la com’ tout azimut, il fréquente régulièrement les plateaux de télévision et trône en Une des journaux, multipliant ses appels au changement et à envoyer à la casse tous les éléphants de son parti.

Libéral et pro-européen

Au plan économique, le maire de Florence considère que la ligne imposée par Mario Monti en matière de privatisations est une bonne chose. Il propose de réduire les coûts de la politique pour économiser un milliard d’euros et de réinvestir cette enveloppe dans la relance de l’emploi. Même discours tranchant sur l’Europe, qu’il défend sans ambages:

L’Europe n’est pas la source de tous les maux, l’Europe est une bonne chose et si la situation va mal en Italie, c’est de notre faute car nous n’avons rien fait pour changer l’Europe".

Un ton qui n’a rien à voir avec les discours des autres dirigeants du parti démocrate. A la veille des primaires, Matteo Renzi avait prévenu ses électeurs potentiels : 

Ceux qui voteront pour moi voteront pour le changement".

Les Italiens ne seront pas déçus ! Avant même d’être élu, Matteo Renzi avertissait cette fois le gouvernement et ciblait plus particulièrement les démocrates.

Ou le gouvernement retrousse ses manches et propose un programme sérieux et serré pour  relancer l’emploi et les moteurs de l’économie d’ici le mois de janvier, ou je ne le soutiendrai pas".

Le message est d’autant plus clair que Matteo Renzi a le profil des ambitieux. Le jeune premier n’a pas l’intention de trop attendre avant d’essayer de se glisser dans le fauteuil de la présidence du Conseil, actuellement occupé par son collègue démocrate Enrico Letta.

Pendant ce temps, Berlusconi lance le site du caniche de sa fiancée…

Dimanche soir, la presse italienne parlait de "pourcentages bulgares" pour mieux souligner l’ampleur de la victoire d’un secrétaire élu dans un consensus de 70% des voix. Dans ce contexte, affirmaient certains commentateurs, Matteo Renzi n’a pas le droit à l’erreur. D’ici ce soir, le nouveau patron des démocrates annoncera la composition de son secrétariat qui comprendra, a-t-il affirmé, "50% de femmes". Après quoi, il rencontrera le président du Conseil pour lui dicter ses conditions.

Pendant que les Italiens élisaient le nouveau secrétaire, Silvio Berlusconi annonçait la création des clubs "Forza Silvio" et la mise en ligne du site "Dudù", du nom du caniche de sa fiancée Francesca Pascale… Après la scission de la droite et son expulsion du sénat, le Cavaliere tente de rester ancré sur la scène politique en ressuscitant le système qu’il avait crée il y a vingt ans.

L’heure est donc, encore, aux grandes manœuvres en Italie. Reste à voir si comme d’habitude, on change tout pour ne rien changer, comme le disait si bien l’écrivain Giuseppe Tomasi di Lampedusa dans son roman Le Guépard.




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