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Jeunes diplômés étrangers en Allemagne : le bon plan ?

mardi, 10 décembre, 2013 - 09:39

L’Allemagne ne chôme pas pour attirer des diplômés étrangers. Indiens, russes ou espagnols ; informaticiens, médecins ou jeunes premiers de la finance, ils viennent chercher le job qui colle à leur diplôme et une qualité de vie meilleure qu’à Londres ou Paris. Tous ne trouvent pas le graal. Rencontres.

Irina aurait pu trouver du travail à Londres, Moscou ou aux États-Unis. Mais c’est à Berlin que cette Russe de 27 ans originaire de Saint-Pétersbourg a posé ses valises en janvier 2012. Attirée par la culture allemande, cette jeune diplômée spécialisée dans la finance avait déjà passé une année à l’université de Stuttgart et se faisait peu de souci pour trouver un job dans ce pays, moteur de l’économie européenne.

Berlin aimante les jeunes diplômés

En effet, il lui aura fallu seulement trois petits mois de recherche pour trouver un poste à la Deutsche Bank dans la capitale allemande, pourtant peu réputée pour son pôle financier –ce rôle est tenu en Allemagne par Francfort.

"Je n’avais aucune envie de travailler à la City à Londres", explique cette jeune femme blonde aux yeux bleus:

J’ai trouvé à Berlin un poste correspondant à mes qualifications et à mes envies. Et même si je gagne moins d’argent ici que je n’aurais pu en gagner à Londres, je suis très satisfaite. Les salaires sont inférieurs mais le coût de la vie l’est aussi et la qualité de vie bien meilleure.

Je peux me permettre de vivre dans un grand appartement en centre ville, de sortir et de vivre sans me poser de question. C’est cela le grand avantage de Berlin".

Accessible et bon marché, la capitale allemande a aussi attiré Irina pour son côté cosmopolite.

Au travail, nous communiquons en anglais, ce qui est normal dans la finance. Mais le plus surprenant, c’est que ma vie au quotidien se fait aussi en anglais. Ici, il semble y avoir plus d’étrangers que d’Allemands! C’est très stimulant".

Polonais, Espagnols et Grecs cèdent aux sirènes allemandes

Avec une croissance de 0,8% en 2012 et un chômage au plus bas depuis la réunification, l’Allemagne attire toujours plus de jeunes diplômés en quête de travail. Alors que l’Europe reste engluée dans la crise économique, la capitale allemande prend des airs de plus en plus cosmopolites, tout comme Munich, Hambourg, Frankfort et Stuttgart.

Le phénomène s’étend même aux villes de plus petites tailles fortement industrialisées et en quête de main d’oeuvre. Car l’Allemagne a plus que jamais besoin de salariés qualifiés du fait d’une démographie particulièrement faible. Informaticiens, ingénieurs, techniciens, médecins et personnels soignants (la quasi totalité des hôpitaux publics de l’est de l’Allemagne tournent grâce au personnel étranger), la demande est déjà forte et continuera à augmenter.

Au total, d’ici à 2030, il devrait manquer 4 millions de personnes qualifiées. Conséquence, l’immigration a déjà augmenté de 4,1% en 2012, soit la plus forte hausse depuis 1993. Les plus gros contingents arrivent de Pologne (+13,6% en 2012), d’Espagne (+9,1%) et de Grèce (+5,1%).

Une green card allemande pour attirer les non-européens

Quant au profil de ces nouveaux immigrés, il change: 43% possèdent un diplôme universitaire, une proportion supérieure à celle de la population allemande.

Face au défi démographique, le gouvernement allemand tente de modifier l’image du pays et de le rendre plus attrayant en facilitant la venue de ces travailleurs. Elle a ainsi créé une carte bleue conçue sur le modèle de la "green card" américaine. Elle a permis d’attirer de nombreux étrangers non européens, notamment des informaticiens indiens et russes. L'Allemagne a aussi signé en mai un accord avec Madrid pour accueillir chaque année 5.000 jeunes apprentis.

Nouvel eldorado économique, l’Allemagne est toutefois une terre de désillusions pour certains de ces diplômés en quête de travail. Andres Clavero est arrivé dans la capitale allemande en juin 2013, un diplôme de commercial en poche. Il mesure la distance à parcourir pour décrocher un job dans ce pays."En Espagne, cela faisait trois ans que je n’avais pas de travail", explique le jeune homme de 34 ans,

J’ai donc décidé de venir ici, de tester les possibilités. En Espagne, on nous dit qu’il y a du boulot ici mais je n’en suis pas du tout certain".

Apprendre l'allemand? "Comme c'est dur!"

Comme de très nombreux Espagnols, cet Andalou est arrivé à Berlin sans parler un mot d’allemand et, après deux mois de cours, il se confronte à la difficulté de l’apprentissage de cette langue. "Comme c’est dur!", lance-t-il démoralisé:

Je ne pense pas pouvoir atteindre un niveau suffisant pour travailler en tant que commercial. Si je veux rester, il me faudra être serveur dans un café… et ça c’est facile à Berlin",

rigole-t-il.

Son ami, Xavier Santana, 31 ans, est en revanche plus optimiste. Informaticien, il espère trouver un job dans l’une des très nombreuses startups de la capitale. Pourtant, même dans ce genre de secteur en quête de main d’œuvre, les déconvenues sont nombreuses. Ainsi, la très grande majorité des 18.000 informaticiens indiens qui ont obtenu une autorisation de travail entre 2000 et 2004 ont quitté le pays depuis, attirés notamment par des salaires plus élevés dans les pays anglo-saxons.

Quant aux problèmes d’adaptation, ils sont légion, même pour ces populations diplômées. Différences culturelles, barrière de la langue, les difficultés sont d’autant plus nombreuses que ces étrangers travaillent dans des villes de petites tailles, comme le montre une étude de l’université de Bamberg.

Irina, elle, n’a pour l’instant aucune envie de quitter Berlin.

Avant de m’installer ici, Berlin me semblait une ville démodée aux relents de guerre froide, pas assez exotique pour une Russe! Mais en fait, cette ville est gaie, facile à vivre et très accueillante pour les étrangers. Je ne regrette pas mon choix!"




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