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Indépendance de la Catalogne: un référendum qui défie Madrid

vendredi, 13 décembre, 2013 - 15:38

Le président de Catalogne, Artur Mas, défie le pouvoir central espagnol. Il a annoncé un référendum sur l'indépendance pour novembre 2014. A Madrid, la décision agace.

Entre Madrid et Barcelone, le torchon n'en finit plus de brûler. Hier, le conflit qui oppose les autorités régionales au pouvoir central à propos de l'avenir de la Catalogne, a franchi un nouveau cap. Artur Mas, le président de la Communauté autonome, a annoncé l'organisation, le 9 novembre 2014, d'un référendum sur l'autodétermination.

Le patron de la Generalitat s'est présenté face à la presse aux côtés de ses alliés souverainistes de tous bords, du centre-droit à l'extrême-gauche, qui représentent au total 65% de l'assemblée régionale. Le Parti socialiste catalan (PSC) et le Parti populaire local, eux, sont contre l'initiative.

Deux questions seront posées aux votants :

Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat ? Oui ou non.  

Et si la réponse est « oui », une autre question, sans ambiguité :

Voulez-vous que cet Etat soit indépendant?

Le mot est lâché : "Indépendance". A Madrid, l'idée d'un divorce fâche. Immédiatement, le ministre de la Justice, Alberto Ruiz Gallardón, a crié à l' "action illégale" :

Ce vote n'aura pas lieu car notre constitution n'autorise aucune communauté autonome à soumettre à un vote ou à un referendum les questions concernant la souveraineté nationale."

Même tonalité chez le chef du gouvernement, Mariano Rajoy :

Je garantis que ce référendum ne se déroulera pas. Il est inconstitutionnel."

La presse conservatrice madrilène ne mâche pas ses mots. Le quotidien El Mundo (centre-droit) tance : "Avec cet ultime défi, Mas se dirige vers le précipice, où s'achèvera sa carrière politique (…) et, ce qui est plus grave, va conduire la Catalogne à la fracture sociale et à un futur très incertain."

Il ne fait guère de doute, désormais, qu'une bataille judiciaire va s'engager. Elle devrait se régler devant le Tribunal constitutionnel. A gauche, le PSOE grince lui aussi : "Mas mène la Catalogne à l'impasse".

Coup de poker et modèle basque

Le président du Conseil européen, Hermann van Rompuy, en visite hier à Madrid, a également fait les gros yeux : "Si une partie d'un Etat de l'Union européenne se sépare de cet Etat, à partir du jour de son indépendance, les traités ne s'appliqueraient plus à ce territoire. (…) J'espère que l'Espagne va rester un pays uni."

Au-delà des effets d'annonce, Josep Carles Rius, éditorialiste de El Diario (gauche), juge que ce référendum peut être l'occasion de poser "une question intelligente pour une Espagne intelligente." Pour lui, "la grande question est de savoir si les forces majoritaires de la politique espagnole seront capables d'offrir une alternative crédible au statu quo actuel."

Car, note-il, "pour des millions de Catalans, il n'y a plus de retour en arrière et ils sont décidés à dépasser le cadre actuel. Avec l'indépendance ou une nouvelle relation bilatérale avec l'Etat". Selon le Centre d'opinions (CEO), qui dépend de la Generalitat, 48,5% des Catalans pensent que la Catalogne devrait être un Etat indépendant, 21,3 % un Etat au sein d'une fédération, tandis que 18,6% préféreraient ne rien changer.

A Madrid, plusieurs analystes estiment que Artur Mas a cédé à la pression de ses alliés souverainistes, afin de ne pas faire éclater sa fragile alliance gouvernementale, composée de la coalition nationaliste CIU (dont fait partie Mas), et du parti ERC (gauche républicaine), qui pousse pour la voie indépendantiste. Il pourrait s'agir là d'un coup de poker du leader catalan pour provoquer des élections régionales anticipées et forcer le pouvoir central à négocier.

Objectif ? Obtenir une plus grande autonomie pour la Catalogne, notamment dans le domaine fiscal, à l'image de ce qui se pratique au Pays basque.




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