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Intégration: la France va-elle enseigner le bambara à l’école ?

vendredi, 13 décembre, 2013 - 17:04

Le débat sur l'intégration des minorités vient d'être rouvert en France. Un rapport préconise une série de mesures comme l’apprentissage du bambara pour améliorer le vivre ensemble. Des propositions déjà en vigueur dans d'autres pays européens. 

L'intégration des minorités sera t-elle au cœur des débats de 2014 en France ? C'est ce que laisse pressentir un rapport sur le sujet remis aujourd'hui au Premier ministre Jean-Marc Ayrault. A peine déposé sur le bureau de ce dernier, une bonne partie des internautes s'est insurgée contre les propositions du groupe d'experts à l'initiative dudit document.

La colère vient principalement de la remise en question de l'école républicaine. Parmi les idées évoquées, le retour du port du voile dans les écoles semble cristalliser toutes les frayeurs. A tel point que le Premier ministre a dû intervenir dans l'après-midi en précisant qu'il était hors de question, pour son gouvernement, de réintroduire le voile dans les établissements scolaires.

Valoriser le multilinguisme

Car pour le groupe d'experts à l'origine du rapport, c'est principalement l'école républicaine et son modèle qu'il faut repenser. Notamment en misant sur la diversité culturelle des élèves et le multilinguisme. Si les petits Français sont généralement très mauvais en anglais, pas dit qu'ils ne puissent pas se débrouiller avec d'autres langues comme l'arabe.

On estime en France que 3 à 4 millions de personnes ont une connaissance "minimale" de l'arabe. Pourtant, dans le secondaire, seuls 6000 jeunes l'étudient à l'école. Paradoxalement il existe peu d'établissements scolaires qui proposent un enseignement de l'arabe en langue vivante. On ne compte que 217 écoles, réparties dans tout le pays contre 593 collèges et lycées où l'on peut apprendre le chinois. Les pays arabes, comme le Qatar ou Dubaï,  connaissent pourtant un essor économique tout aussi important que la Chine.

Le rapport préconise également l'enseignement de langues africaines dès le collège :

Pour aller plus avant encore il pourrait aussi être proposé l'enseignement dès le collège d'une langue africaine, une de celles dominantes parmi les communautés originaires d'Afrique vivant en France, par exemple le bambara, le dioula, le lingala ou même le swahili, langue panafricaine par excellence qui permet de communiquer d'Afrique centrale à l'Afrique de l'est jusqu'aux Comores."

Ces propositions visent à intégrer les cultures des ex-colonies françaises et autres minorités dans l'enseignement général. C'est ce qu'ont d'ailleurs fait certains pays européens.

Les politiques concernant les langues "minoritaires" ou "maternelles" varient d'un pays à l'autre dans l'Union européenne comme on peut le voir sur cette carte:

Le Royaume-uni mise sur les langues maternelles

La Grande-Bretagne, toujours aussi pragmatique, tente de tirer profit de ses minorités. Le plus souvent issus des anciennes colonies (Ouganda, Inde, Sierra Leone…) les enfants de migrants peuvent, depuis 2008, apprendre la langue d'origine de leurs ancêtres s'ils le souhaitent. Les établissements scolaires du secondaire sont libres de proposer des cours de langue venues du monde entier.

Cet apprentissage peut même être intégré au GCSE, le certificat général de l'enseignement secondaire. Ainsi, les jeunes n'ayant qu'un savoir oral d'une langue maternelle peuvent développer leurs connaissances et en faire un véritable atout pour l'avenir.

Langue étrangère dès la maternelle en Norvège

La Norvège préfère utiliser les langues maternelles de ses immigrés afin de leur apprendre le norvégien. Les minorités présentes sur le territoire viennent majoritairement du Kurdistan, de Somalie ou plus récemment de Libye.

Depuis 2006, les enfants en maternelle peuvent bénéficier d'un apprentissage de leur langue maternelle. Cet enseignement a également pour but de leur apprendre le norvégien de manière détournée. Cette forme de soutien scolaire peut être dispensée aux élèves jusqu'à ce qu'ils maîtrisent le norvégien.

Les Pas-Bas font marche arrière

Pour les Pays-Bas, le rêve d'une société multiculturelle a depuis longtemps disparu. Jusqu'en 2004, les Néerlandais proposaient aux jeunes Turcs et Marocains d'apprendre leur langue dans les écoles. Mais depuis, le gouvernement de la Haye a préféré faire marche arrière. La nouvelle a fait l'effet d'une petite bombe parmi les diasporas.

Des associations se sont liguées pour porter plainte contre l'Etat en jugeant que cette mesure est "contraire aux conventions européennes et universelles relatives aux droits sociaux, économiques et culturelles des migrants et des enfants." A ce jour, les Néerlandais d'origine marocaine ou turque attendent encore le verdict de la justice. 


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