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En Croatie, une pétition ravive le nationalisme anti-serbe

mardi, 17 décembre, 2013 - 09:26

Douze ans après la fin de la guerre, les relations serbo-croates demeurent tendues. Une pétition réclamant un référendum sur l'interdiction de panneaux bilingues a déjà recueilli 650.000 signatures. Le pays fait-il face à une poussée nationaliste?

 

Tensions à Vukovar. Cette petite municipalité est le théâtre, ces dernières semaines, d'un retour du sentiment anti-serbe en Croatie. Plusieurs vétérans de la ville ont lancé une pétition qui circule aujourd'hui dans tout le pays. Elle demande l'organisation d'un référendum limitant l'installation de panneaux de signalisation bilingues (en cyrillique et alphabet classique).

En moins d'un mois, elle a déjà recueilli près de 650.000 signatures apprend-on dans la presse croate. Plus que 200.000 supplémentaires et, comme le prévoit la constitution du pays, un référendum pourra être tenu sur la question.

A Vukovar, une manifestation s'était déjà tenue le 18 novembre. De nombreux panneaux avaient été détruits par les manifestants. 

L'aménagement de panneaux bilingues, sur les bâtiments publics, entre dans le cadre d'un ensemble de mesures visant à améliorer le statut des minorités, notamment serbes, en Croatie. Des règles imposées par Bruxelles au pays comme condition à son entrée dans dans l'Union européenne (UE).

La Croatie avait alors promis d'installer des panneaux bilingues en cyrillique dans toutes les régions qui comptent au moins 30% de Serbes. C'était sans compter la grogne des anciens combattants de Vukovar. Pour eux, ces panneaux n'ont rien à faire dans les villes croates, à moins que la population ne soit composée à 50% de Serbes.

Vers une crise constitutionnelle ?

Si le référendum devait se tenir, le gouvernement de centre gauche au pouvoir serait pris entre deux feux. Déplaire à Bruxelles au risque d'en subir les conséquences, ou ne pas tenir compte des revendications d'une large part de la population. Au risque de se mettre des électeurs à dos, le président croate Ivo Josipović a déclaré que:

Toute initiative dans le but de réduire les droits des minorités est un pas en arrière et n'est pas la bienvenue pour l'avenir de la Croatie."

De son côté, Vlado Illjkic, l'un des membres de l'association de vétérans à l'origine de la pétition, a promis de porter l'affaire devant la Cour constitutionnelle si le gouvernement interdisait la tenue d'un référendum sur la question. Cet acte sonnerait le début d'une crise constitutionnelle en Croatie.

La Serbie, elle, s'inquiète. Un document, disponible dans les ambassades du pays, dresse la liste des violences à l'encontre de la population serbe en Croatie. 

Vukovar, ville martyre

Peut on en conclure que la Croatie fait face à une poussée nationaliste? Non, selon Gaelle Pério Valero, chercheur associée à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris):

Je ne crois pas que la Croatie souhaite renoncer aux valeurs européennes ou revenir sur les droits des minorités. Vouloir faire avancer les choses trop vite, c'est risquer un clash entre la population croate et le gouvernement au pouvoir. Les vétérans sont encore jeunes. Ils n'ont pas plus de 60 ans. La guerre de Yougoslavie n'est pas si loin pour eux. Il faudra du temps aux deux communautés pour apprendre à vivre ensemble et sortir du contexte d'après guerre. Ce fut d'ailleurs le cas de la France et de l'Allemagne au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. On ne panse pas en moins de quinze ans les blessures laissées par la guerre. Bruxelles doit prendre en compte cette donnée du problème."

A Vukovar, les blessures sont d'autant plus présentes que la ville a tenu une place particulière dans la guerre de Yougoslavie. Assiégée par les forces serbes en 1991, la cité a été le théâtre de l'un des massacres les plus sanglant de la guerre. 254 Croates, âgés de 16 à 77 ans ont été violentés puis tués par les Serbes.

Pour Gaelle Pério Valero, la solution est à trouver du côté de la pédagogie. Faire en sorte que les jeunes générations, "ceux qui n'ont pas connu la guerre", apprennent à se connaître afin de sortir des idées reçues. "Il y a également tout un travail à faire sur les disparus. De nombreux Croates n'ont jamais pu offrir de sépulture à des membres de leurs familles ou à des amis."




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