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La cause gay évincée de la coalition Merkel

lundi, 16 décembre, 2013 - 16:29

L'Allemagne a enfin un nouveau gouvernement: les membres du SPD ont massivement voté "oui" à la coalition avec les conservateurs. Anne, militante du parti social-démocrate, avocate de la cause homosexuelle, explique ses craintes face à ce Merkel III. Portrait.

Anne Bohnet s’attendait à ce que son parti entre dans le gouvernement de grande coalition. Cette militante sociale démocrate de 30 ans n’a donc pas été surprise en apprenant samedi 14 décembre que 76% des membres du SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands) avaient approuvé l’entrée de leur formation dans le nouveau gouvernement. Ce dernier est pourtant dirigé, à nouveau, par leur adversaire politique Angela Merkel.

Le mariage pour tous recalé

Anne (photo ci-contre) a voté contre cette coalition. Comme 24% des militants seulement. Pas question pour cette jeune femme, lesbienne, traductrice indépendante et membre du parti depuis 2006 au sein du groupe dit Schwusos (lesbienne, gay et transgenre) de soutenir un accord de gouvernement qui n’apportera aucune avancée. Car s’il existe en Allemagne, depuis 2000, un contrat de vie commune semblable au Pacs français, le mariage pour tous a été recalé par les conservateurs chrétiens-démocrates de la CSU-CDU. 

Ce n'est pas la première fois que les conservateurs s'opposent à l'égalité des droits entre couples hétérosexuels et homosexuels. En juin 2012, déjà, les députés allemands, dominés par les conservateurs, avaient rejeté une proposition de loi des Verts et du SPD instaurant le mariage homosexuel. L'actualité française a ensuite relancé le débat outre-Rhin, mais sans succès. 

Après l’annonce fin novembre de l’accord de gouvernement entre le SPD et la CDU-CSU, nous, membres de la section Schwusos, nous sommes clairement positionnés contre."

Pour Anne, "cet accord est une grande déception". En effet, le contrat de vie commune n’est pas un vrai mariage et ne donne aux couples homos les mêmes droits qu’aux hétéros.

Nous ne pouvons toujours pas adopter un enfant en couple. Au mieux, notre partenaire peut adopter l’enfant de son ou sa conjointe. La loi ne reflète pas la réalité du terrain. Il existe de nombreux couples qui veulent avoir et élever un enfant. C’est pour cela que nous sommes déçus,"

explique la jeune femme. Enceinte de huit mois, Anne Bohnet vit au quotidien cette inégalité de droit. Le père de son enfant sillonne avec elle ce jour là les allées du marché de Noël de Gendarmenmark, situé au centre de Berlin. Sa partenaire n’a pas pu les accompagner. Tous trois vont élever le bébé ensemble.

Cette militante joviale regrette aussi qu’aucun cas n’ait été fait de la réhabilitation des homosexuels jugés de 1871 jusque dans les années 1960, dans le cadre de l’article 175 du code pénal pénalisant l’homosexualité.

Nous avons tellement promis à notre base sur tous ces sujets que nous ne pouvions pas soutenir l’accord de coalition. Nous aurions perdu la face",

ajoute-t-elle, un verre de vin chaud sans alcool à la main. 

Une coalition "dangereuse pour la démocratie"?

Anne Bohnet était dès le départ opposée à la participation de son parti à un gouvernement de coalition.

Le programme du SPD était très ambitieux. Or, maintenant, nous devons nous positionner vis-à-vis des conservateurs de la CDU. En plus, les grandes coalitions minimisent l’opposition, ce que je trouve dangereux pour la démocratie".

Quid aussi des conséquences politiques et électorales à venir pour son parti? En 2009, le SPD avait subi la pire défaite de son histoire d’après guerre, à l’issue de 4 années passées dans une grande coalition avec Angela Merkel.

Il sera difficile dans 4 ans, lors des prochaines élections, d’expliquer à nos membres et à nos électeurs pourquoi nous avons mené une politique qui n’était pas la nôtre. Et c’est nous, militants, qui devrons nous y coller!"

Salaire minimum contre couleuvres

Toutefois, elle convient que dans le cadre du contrat de coalition, le SPD a obtenu gain de cause face à Angela Merkel sur certains dossiers.

Nous nous réjouissons tous que le salaire minimum généralisé soit introduit. Mais en obtenant satisfaction sur ce point nous avons avalé des couleuvres sur d’autres. Cela n’était pas nécessaire".

Anne comprend néanmoins que de nombreux membres du parti aient voté en faveur de la grande coalition. "Ils ont eu peur des conséquences d’un vote négatif, d’une possible crise politique et de nouvelles élections".

Pour la jeune femme, avoir été consultée comme les 475.000 autres membres du parti pour décider de la marche à suivre reste une expérience démocratique enthousiasmante. "C’est un acte de confiance important en faveur de la base. C’est génial". Déçue, mais pas surprise par le résultat du vote, Anne va désormais suivre d’un peu plus loin la vie politique du pays, du moins le temps de mettre au monde sa petite fille, en janvier.




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