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Le troisième gouvernement Merkel va-t-il assouplir l’austérité ?

mardi, 17 décembre, 2013 - 16:13

Angela Merkel vient d'être réélue chancelière pour la troisième fois, les électeurs du SPD ayant dit oui à l'union des trois principaux partis allemands. L'évènement fait la Une de la presse européenne. Certains veulent croire à moins de rigueur, d'autres en doutent fortement.

Alors qu'ils étaient nombreux au départ à être hostile à une grande coalition, les adhérents du parti social-démocrate se sont laissés convaincre. Ils ont voté samedi dernier à près de 76% pour le contrat gouvernemental conclu entre les dirigeants du SPD, de la CDU et la CSU bavaroise le 27 novembre. Les semaines de tractations ont été  longues, difficiles et ponctuées de concessions faites aux sociaux-démocrates, comme la mise en place d'un salaire minimum national le 21 novembre.

Dans la presse européenne, certains saluent le savant exercice d'équilibre entre sociaux-démocrates et chrétiens démocrates, d'autres estiment que le chef du SPD mènera la vie dure à Merkel.

Le quotidien libéral suisse Corriere del Ticino se félicite de ce nouveau gouvernement qui ne remettra pas en cause la politique européenne de Berlin:

Il se peut que certains gouvernements de la zone euro pensent qu'avec le nouveau gouvernement CDU/CSU-SPD à Berlin, la réduction de déficits publics indéniablement excessifs peut être remise à plus tard. Mais ces gouvernements se trompent complètement. Merkel ne va pas dévier de son cap, qui voit dans l'assainissement budgétaire la condition d'une croissance économique nouvelle et plus solide. Et ce pour le bien de la monnaie unique, qui, sans la ligne de Berlin, subirait un nouvel effondrement. Cette politique profite à la Suisse, dont l'Allemagne est le principal partenaire commercial."

Quel est le gagnant ? 

En Italie, pour le Corriere della Sera, la grande coalition risque de mettre à mal le parti de la chancelière ainsi que le parti Social-Démocrate: "Le défi est délicat pour le SPD, d'autant plus qu'après la coalition précédente, le parti a connu un échec important. Pour Angela Merkel, le test sera difficile et elle devra montrer toutes ses capacités de médiation."

El Pais en Espagne s'interroge sur le rôle que devra jouer le SPD dans la nouvelle coalition:

Le SPD a su tirer parti des négociations du gouvernement avec Angela Merkel, après ses résultats électoraux déplorables. On peut se demander, toutefois, comment ce parti réagira dans l'ombre de Merkel. En 2009, quatre ans après la première coalition, il a en effet connu une raclée électorale en ne recueillant que 23% des votes."

Le quotidien de centre-gauche ne partage pas l'analyse de son confrère helvétique. Il veut espérer que le nouveau gouvernement allemand mettra fin à la politique d'austérité du précédent cabinet Merkel : 

Tout porte à croire que la période de stricte austérité est révolue. … L'introduction (même si elle se fera par paliers) d'un salaire minimum, trois fois supérieur au SMIC espagnol, est une compensation pour les grands sacrifices que le social-démocrate Gerhard Schröder avait exigé des travailleurs il y a dix ans. (…) C'est probablement la fin de l'austérité illimitée, et une ère de sobriété plus équilibrée et plus adaptée qui commence." 

En République Tchèque, le quotidien conservateur Lidové Noviny met l'accent sur les difficultés que le SPD pourra rencontrer face à ses électeurs: "Le SPD ne peut ressortir que perdant de la coalition avec les conservateurs. Il est compréhensible que Die Linke y voie une opportunité (le parti d'opposition de gauche a proposé aux membres du SPD ayant rejeté l'accord de coalition de rejoindre les rangs de sa formation). En Allemagne de l'Est notamment, il serait douloureux pour les sociaux-démocrates de ne plus être perçus comme les détenteurs principaux des idées de gauche."

Une autre vision nous est proposée de la position du SPD, avec le quotidien libéral Kurier. Selon ce dernier, le chef de file du SPD, Sigmar Gabriel, qui ressort grandi de la consultation des militants de son parti, mènera la vie dure à Angela Merkel :

Le 'oui' clair et inattendu de sa base à l'accord de coalition finit par transformer Gabriel, pourtant perdant des élections, en vainqueur. (…) La chancelière a ainsi à ses côtés un Gabriel plus fort, plus pénible que le reste du SPD de la première coalition, axée sur les réformes 'à la Schröder'. Gabriel veut se démarquer de ce SPD, revenir vers la gauche. Pour lui, ce gouvernement n'est plus qu'un tremplin pour un changement de pouvoir et pour ses propres ambitions de chancelier. Les obstacles à la réussite et à la durée du règne de Merkel III se multiplient." 

Un chien de garde de Merkel au ministère du travail

Au Pays-Bas, la formation du gouvernement fait la Une des journaux. Le quotidien Volkskrant titre ainsi "Une première ministre de la défense en Allemagne’’.  L'accent est mis sur la décision d'installer Ursula Von der Leyen au ministère de la Défense, décision inattendue puisqu’elle est la première femme ministre allemande à la tête d’un secteur dominé par les hommes. Les journaux allemands s'interrogent également sur cette nomination. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung parle de "mission suicidaire’’, tandis que son confrère Frankfurter Rundschau salue cette première.

Au Royaume-Uni, The Guardian, quotidien de centre-gauche, évoque également la nouvelle ministre de la Défense :

Sa nomination a suscité des spéculations, non seulement sur la manière dont une armée dominée par des hommes accueillerait une femme à sa tête, mais aussi sur la question de savoir si, à 55 ans, elle est le futur successeur d’Angela Merkel."

La Stampa en Italie, de centre-droit, salue les choix audacieux de la chancelière quant à la formation de son gouvernement:"Le troisième gouvernement de la chancelière Angela Merkel, le second de ‘grande coalition’, est un intéressant mélange de neuf et de vieux. Fait pour durer."

En Espagne, le quotidien de centre-droit El Mundo s'intéresse à la façon dont les ministères se sont constitués: "Avec la constitution de son nouveau gouvernement, le destin de Merkel est plus que jamais lié à l’euro. Elle a certes confié d’importants ministères à son partenaire de coalition le SPD, mais elle a à nouveau confié les Finances à Wolfgang Schaüble. A 71 ans dont 50 de carrière politique, Schaüble est un soutien important de la chancelière, et le garant que les marchés pouvaient attendre que l’austérité reste le leitmotiv de la politique européenne. (…) Et pour que le SPD ne fasse pas trop de concessions "sociales", la chancelière a installé un homme de la BCE au ministère dirigé par la sociale-démocrate Andrea Nahles (Travail et affaires sociales): Jörg Asmussen. Il était son sherpa pour les affaires financières européennes, lors de son premier gouvernement. Il sera une sorte de chien de garde en matières de dépenses européennes."

En France, le Monde mentionne le poste clé de  Frank-Walter Steinmeier, le nouveau ministre des Affaires étrangères: "A 57 ans, ce poids lourd de la social-démocratie retrouve dans le troisième gouvernement Merkel le portefeuille qu'il occupait déjà dans le premier gouvernement de la chancelière, de 2005 à 2009. Mais le contexte est différent. En quatre ans, le ministère a perdu de sa superbe. Guido Westerwelle, actuel titulaire du poste, ne s'est jamais imposé et a dû laisser Angela Merkel et Wolfgang Schäuble occuper les premiers rôles internationaux."

Libération s'interroge de son côté sur le rôle qu'auront à jouer les sociaux-démocrates dans ce gouvernement de grande coalition: "Le SPD aura aussi des décisions impopulaires à prendre, et Sigmar Gabriel notamment. A la tête d’un ministère de l’Economie aux compétences étendues à la transition énergétique, c’est lui qui devra gérer l’un des dossiers les plus sensibles du prochain gouvernement: tourner le dos au nucléaire et favoriser le développement des énergies renouvelables, tout en évitant la hausse du prix de l’électricité, tant pour le consommateur final que pour l’industrie.

En Turquie, les quotidiens soulignent une première: la nomination d’une femme d’origine turque dans un gouvernement allemand. Aydan Ozoguz, du parti SPD, a en effet été choisie comme secrétaire d'Etat auprès de la chancellerie chargée des Migrations, des Réfugiés et de l'Intégration, dans le nouveau cabinet de la chancelière Angela Merkel.




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